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De l’utilité des cathos dans la cité

Dans Décryptage, Jean-Luc Marion, philosophe et académicien, évoque le rôle des catholiques dans la vie publique et se positionne sur la neutralité de l’Etat vis-à-vis des religions.

Les chrétiens et la logique du don

« Brève apologie pour un moment catholique » est le titre de l’ouvrage de Jean-Luc Marion. Une « apologie » ? Oui, car « il s’agit de s’expliquer et d’expliquer notre rôle » dit-il. La foi ne va pas sans la raison et déjà les premiers auteurs chrétiens répondaient par des arguments aux critiques qui leur étaient faites. Ainsi Justin a été capable de soutenir à l’empereur Marc-Aurèle que « les chrétiens sont les meilleurs citoyens possibles, mais qu’ils ne veulent pas sacrifier aux dieux de la cité », unique point différenciant.

« Tout ce qui n’est pas donné est perdu » entend-t-on souvent, mais pourquoi ? Jean-Luc Marion est clair, « la seule façon de sauver ce que vous possédez, c’est de le donner à quelqu’un qui va le faire vivre ». « Celui qui veut sauver sa vie la perdra » nous dit l’Evangile, le philosophe reconnaît là un paradoxe, « mais à un autre niveau, c’est une évidence ». « La logique de la Croix contredit la logique du monde, mais cela ne veut pas dire que la Croix n’est pas logique », au contraire affirme Jean-Luc Marion, « la logique de la Croix est la plus efficace ». « Si vous voulez construire une civilisation, une famille ou une entreprise, il faut admettre la logique du don ».

« Le problème de la transmission est absolument vital pour l’économie, mais il n’y a pas de solution économique » explique l’académicien, car « le don n’est pas un échange » et il faut accepter que ce que vous donnez ne vous soit jamais rendu.

Laïcité ou séparation ?

La véritable question est celle de la coexistence des citoyens, pour que la vie communautaire soit harmonieuse. Jean-Luc Marion prêche pour « la neutralité de l’Etat » qui « consiste à laisser ce que les groupes religieux peuvent donner de bon s’exprimer, sans les contrôler ». Selon lui, il en va de l’intérêt général. « Dire que les convictions religieuses sont du domaine privé et imaginer un espace public neutre, non seulement c’est impossible, mais c’est ridicule » renchérit le philosophe. L’Etat a tout intérêt à permettre la présence des religions dans le domaine public, car elle est facteur de cohésion. « Le problème, c’est que cette cohésion ne doit pas être exclusive de d’autres communautés et ceci est le travail de l’Etat. L’Etat doit être neutre, parce que la société ne l’est pas ».

« En France, nous ne vivons pas sous une loi de laïcité. La loi de 1905 emploie le terme de séparation, et c’est très sage ». L’alliance entre le politique et le religieux est une erreur, selon Marion. D’ailleurs, « on n’a jamais vu les cathos défiler dans la rue pour revenir sur la loi de 1905 ». Penser que Sens Commun veuille « refaire la France chrétienne, c’est du délire ! Sens Commun, ce sont des chrétiens qui font de la politique, parce qu’ils pensent qu’il faut faire passer certaines lois, ce qui est leur droit le plus strict ».

Le rôle des croyants

« La faiblesse du pouvoir actuel, c’est son incapacité à faire confiance aux citoyens croyants, quelle que soit la religion » déplore Jean-Luc Marion. « Il y a des problèmes dans notre société qui ne peuvent pas être résolus dans le cadre strictement politique ». Heureusement, on admet déjà l’utilité sociale de certaines associations, religieuses ou d’initiative privée, comme l’Abbé Pierre ou les Restos du Cœur, remarque le philosophe.

La question de l’Islam et de sa place en France agite les esprits. « Certains disent que c’est un problème nouveau », or des relations existent depuis le Moyen-Age ! Le problème est l’apparition récente du fondamentalisme « qui vient bouleverser l’état de nos concitoyens musulmans ». « Nous avons un problème à régler, c’est un problème d’éducation en général, un problème d’évolution des doctrines. Il faudra bien que ce travail se fasse ». L’objectif est d’éviter de tomber « dans l’idéologie » ou « dans un nouveau fascisme ». « On souhaite à l’Islam qu’il soit autre chose ». Et pour cela, qui peut aider les musulmans à faire le travail d’unification qu’ils doivent faire ? Jean-Luc Marion en est sûr, « pas l’Etat, mais les autres communautés religieuses qui ont déjà fait ce travail-là ».