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« Corruption de deuxième division » : plaidoyer pour lever l’omerta

« Il vaut mieux pratiquer la corruption que voler des mobylettes », car « il y a une sorte d’indulgence pour la délinquance en col blanc », voilà le bilan que dressent nos invités Guillaume de Morant et Jacques Duplessy ce matin, dans Le Grand Témoin.

Tour de France de la Corruption - photoAuteurs de l’ouvrage « Le tour de France de la corruption » aux Editions Grasset, les deux journalistes ont mené l’enquête et nous partagent leurs conclusions.

La corruption, un bon calcul

Les sommes sont loin d’être négligeables, et le système semble cautionner ce fonctionnement par un immobilisme. Morant et Duplessy évoquent « la corruption de tous les jours, celle qu’on ne voit pas, parce qu’elle est devenue complètement ordinaire, invisible ».

Mais où commence la corruption ? Selon Transparency International, il s’agit de « l’abus de pouvoir reçu en délégation à des fins privées ». La corruption se caractérise par l’obtention d’avantages personnels, l’évitement des procédures, le retour d’ascenseur, plus ou moins perceptibles immédiatement.

La corruption : tolérance dans un système bloqué

Indéniablement, il y a « la force de l’habitude, d’années et d’années de la vie politique », note Guillaume de Morant, « dans un certain monde, les frontières n’existent plus ». Jacques Duplessy explique cela par « un fond de pouvoir monarchique en France »le sentiment d’impunité perdure encore grâce au populisme. La sédentarisation du monde politique ne favorise pas la transparence et encourage presque la corruption. Effectivement, dans un système bloqué, « la débrouille l’emporte, puisque beaucoup de choses sont régies via le copinage et le retour d’ascenseur ».

Face aux comportements de certains élus ou dirigeants, transgresser, aménager la loi à sa façon, n’est finalement pas si gênant que cela. Pourtant, la société est demandeuse d’éthique, une question qui promet de peser de tout son poids aux prochaines présidentielles.

Quel rôle pour les médias en démocratie ?

« Si vous parlez de ces affaires, vous allez faire le jeu du FN », telle est la réponse aux journalistes, lorsqu’ils enquêtent sur Gérard Dalongeville et sa gestion de Hénin-Beaumont. Tout est fait pour décourager le travail des journalistes. Mais « si on ne le fait pas, le travail de sape de la démocratie continue de manière souterraine ». Signaler les dérives fait donc partie des missions du journaliste, mais pas seulement. Au niveau individuel, la loi Sapin 2 a fait avancer les choses en reconnaissant le statut de « lanceur d’alerte » ; tandis qu’au niveau institutionnel, les Chambres Régionales des Comptes contrôlent l’attribution de l’argent public.