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Premier tour de la Présidentielle : « une tripolarisation idéologique »

Duel Macron-Le Pen au second tour de la Présidentielle. Quelle nouvelle sociologie électorale ? Quel avenir pour les partis traditionnels de gauche et de droite ? Décryptage d’un « éclatement du paysage politique français ».

« Une France pliée en quatre ». C’est le constat que dresse Gérard Leclerc de France Catholique, au lendemain du premier tour de la Présidentielle. « Ce n’est pas parce que François Fillon et Jean-Luc Mélenchon sont exclus du second tour que leur présence n’est pas avérée sur la scène politique », ajoute-t-il, soulignant l’importance de « la France du refus de la mondialisation » incarnée par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

L’échec du positionnement de Fillon

Le rédacteur en chef de La Croix, François Ernenwein parle quant à lui d’« éclatement du paysage politique français ». « Les deux partis qui ont fait la vie de la Vème République sont désormais en miettes », lance quant à lui Guillaume Bernard. Le politologue qui définit le nouveau paysage politique comme une « tripolarisation idéologique ». D’un côté, « une gauche qui s’affiche socialiste sans être collectiviste » (Hamon-Mélenchon), au milieu « un centre mou libéral (Macron) qui réunifie le libéralisme culturel et le libéralisme économique » et de l’autre côté, « une droite qui se radicalise », sans réelle dynamique pour Marine Le Pen et avec un clivage au sein du parti les Républicains. « François Fillon était un candidat de qualité, mais son raidissement face aux affaires et à sa mise en exament ne l’a pas servi », explique François Ernenwein. Pour Guillaume Bernard, l’échec de Fillon est dû à « l’ambiguïté de son positionnement » : « il a essayé le grand écart, l’association entre le conservatisme et le libéralisme et on voit que ça ne satisfait personne ». Pour le second tour, nous avons donc « deux candidats qui sont le miroir inversé l’un de l’autre », ajoute le politologue : « multiculturalisme/identitarisme, construction européenne/souverainisme, mondialisation/protectionnisme, c’est un choix très binaire ».

Vers une cohabitation new look ?

Les réactions sur les réseaux sociaux sont nombreuses, comme le souligne Camille Meyer. Et c’est le Hashtag #sansmoile7mai qui arrive en top tweet. Pour beaucoup, Le Pen /Macron, c’est le le choix entre « le chaos et le pourrissement », pour reprendre les mots du mouvement Sens Commun qui avait appelé à voter François Fillon. Dès lors, pour les fillonistes et les mélonchonistes se pose la question du vote blanc ou de l’abstention. « Que serait un président ou une présidente élue avec un majorité d’abstentionnistes ? ». Si pour François Ernenwein le choix est clair entre ouverture avec Macron, et fermeture avec Le Pen, il souligne également que beaucoup ne se retrouve pas dans ce choix binaire. Emmanuel Macron doit donc relever un défi, trouver une légitimité : « rassurer tous ceux qui ne se sentent pas portés par l’élan d’ouverture qu’il prétend incarner, d’autant qu’il y a aujourd’hui des exigences sociales dont il n’est pas porteur », analyse le rédacteur en chef de La Croix. « Macron n’a pas encore gagné, les législatives vont être décisives », souligne Gérard Leclerc, « nous entrons dans une période extrêmement sensible, savoir si la France d’aujourd’hui est gouvernable ». Quant à Guillaume Bernard, il pense que le « retour à une cohabitation  new look » qui semble se dessiner, serait « la possibilité pour les deux extrêmes de grossir et de devenir majoritaires ».

Électorat : une déstructuration et un émiettement

Concernant l’électorat, le sociologue Jean-Pierre Le Goff décrypte notamment le vote des jeunes : ils sont de plus en plus nombreux à s’engager en politique « sans grande culture historique, sans filiation ». « Des jeunes qui ont été élevés dans un champ de ruines », ajoute-t-il, « ils ramassent une pierre ici, une pierre là et essaient de se reconstruire une colonne vertébrale patchwork ». Pour Jean-Pierre le Goff, le vote d’adhésion se réalise par « effet de déstabilisation ». « On assiste à une déstructuration et à un émiettement de l’électorat, avec l’émergence d’un individualisme sentimental et des réactions à fleur de peau ». « On est face à des foules sentimentales », renchérit Arnaud Benedetti, spécialiste de la communication politique. Il note lui aussi « l’absence de culture historique de nos hommes politiques qui sont souvent des produits de la télévision » et il évoque le livre « Propagande » de Jacques Ellul : « l’une des conditions de fonctionnement de la propagande est qu’elle s’adresse à un homme qui a été vidé de toute mémoire ».