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Poisson-Bellamy : le pluralisme, condition pour le débat démocratique

Dans Le Grand Témoin, Jean-Frédéric Poisson et François-Xavier Bellamy dressent le bilan du premier tour des législatives et alertent sur l’illusion du phénomène En Marche.

En Marche, un phénomène de séduction fragile

« Un discours d’exigence et de vérité est très au-delà de ce que les Français sont capables de porter aujourd’hui, parce qu’ils n’en peuvent plus » explique Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Démocrate Chrétien et candidat dans la 10ème circonscription des Yvelines. Les Français se sont tournés vers « un projet de paix sociale, de prospérité, d’union nationale à portée de main, sans beaucoup d’exigence ». « Pour l’instant tout le monde fait la fête, mais lorsque le rêve touchera la réalité, ce sera un peu plus compliqué ».

« Ce qui se passe en ce moment, ce n’est pas le triomphe d’Emmanuel Macron, mais c’est la défaite absolue des familles politiques traditionnelles qui ne sont plus capables de mobiliser et de rassembler les Français » affirme François-Xavier Bellamy, candidat LR dans la 1ère circonscription des Yvelines. « Les partis politiques traditionnels se sont arrêtés de penser, ils sont restés figés dans des clivages qui étaient structurés par le mur de Berlin ».

Pour JF Poisson, le débat pour ces législatives s’est résumé à la question « donner ou pas une majorité à Macron ? ». Sans vision claire, les Français ont voté « pour le logo Macron », sans savoir quel serait le contenu de son programme, et le tout sur fond de « musellement de la presse ».

En Marche, pour un chèque en blanc

Le succès d’En Marche se fonde sur le désintérêt de la chose publique chez une partie majoritaire de l’électorat. « On n’a jamais autant voté pour des étiquettes que pendant cette élection législative, beaucoup d’électeurs sont entrés dans les bureaux de vote, en demandant qui était le candidat de Macron » déplore FX Bellamy. Selon lui, il y a une véritable « immaturité » du corps électoral qui n’a « pas fait l’effort de s’intéresser aux propositions, aux personnalités et à la cohérence de leurs itinéraires ». C’est ainsi que les Français en viennent à élire des candidats marqués par le sceau de l’incompétence, de la corruption et de l’opportunisme. « Je comprends » dit-il « qu’on ait été en colère contre François Fillon, j’ai du mal à comprendre que la colère légitime contre François Fillon aboutisse à l’élection de Richard Ferrand ».

« Le cas de Richard Ferrand, la situation de François Bayrou, sont insupportables » ajoute JF Poisson, « dans n’importe quel autre régime, ils seraient déjà partis ! ». Nous aurons sans doute « la majorité la moins bien assise de la Vème République à l’Assemblée Nationale, même si ce sera quantitativement probablement la plus importante ». Un paradoxe, puisque « plus il y a de députés dans une majorité, moins on écoute cette majorité » note JF Poisson qui se remémore le raz-de-marée RPR-UDF en 1993. « Ce qui sert, c’est une majorité réduite, parce que là, on est obligé d’écouter ceux qui la composent ».

L’unique solution : réinstaurer le débat démocratique

« La politique, c’est du dialogue, et le dialogue suppose le pluralisme » affirme FX Bellamy. La politique ne consiste pas seulement à « décider du taux d’imposition, non, la politique c’est une vision de l’Homme et de la société » et en cela, le dialogue est nécessaire. « Emmanuel Macron a eu l’audace de s’engager dans le renouvellement des clivages » habituels Gauche-Droite, en promettant une concorde et un travail en bonne intelligence.

Or, pour JF Poisson, « le clivage reviendra tout seul, car les sujets ressurgissent spontanément quand ils ne sont pas traités », et les avis – par nature – divergent, ne serait-ce que pour l’euthanasie ou la PMA. D’ailleurs, FX Bellamy alerte, « derrière cela, il y a une mutation très profonde. Nous n’utilisons plus la médecine pour réparer le vivant, mais pour l’augmenter et pour mettre au premier plan le désir individuel ».

« Capitalisme ou anticapitalisme, ce n’est plus le sujet aujourd’hui » insiste FX Bellamy. Il faut « repenser le monde qui vient et les défis du monde à venir qui sont profondément liés à cette question du progrès. La question est aussi de savoir si nous acceptons de recevoir quelque chose qui nous précède ou si nous voulons, dans ce projet de l’émancipation de l’individu, être les inventeurs de nous-mêmes ». « Ce débat est majeur pour notre avenir » conclut-il, en espérant qu’il puisse exister et « contribuer à reconstituer des familles politiques plus cohérentes ».