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Macron et Le Pen au second tour : quelles perspectives ?

Au lendemain du premier tour de la présidentielle, Le Grand Témoin vous propose de revenir sur les résultats et les perspectives de l’entre-deux-tours avec Jean-Pierre Le Goff, Benoît Pellistrandi, Arnaud Benedetti et Arnaud Le Clere.

Une situation inédite

« Miroir d’une décomposition et non d’une recomposition en cours », pour le sociologue Jean-Pierre Le Goff, « les deux candidats auraient tort de se réjouir, car cette élection est le symptôme et l’expression d’une France morcelée et désorientée ». La campagne présidentielle marque « la disqualification des deux partis de gouvernement : PS et LR », associée à « un silence assourdissant de la majorité sortante sur le bilan et la situation de la France » note l’historien Benoît Pellistrandi.

Pour Arnaud Benedetti, professeur en histoire de la communication, la gestion du pays sera très complexe. « On est sur un champ de ruines et il y a une accumulation de frustrations », accumulation créant un « mécontentement pluriel ». Tout cela semble expliquer la victoire de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron.

Un détournement de l’attention

« C’est un coup de maître » nous dit Arnaud Le Clere, vice-président de Sens Commun. « Macron est le produit de François Hollande, ce n’est pas une formule marketing », ainsi le président sortant « prolonge son quinquennat ». « Emmanuel Macron, c’est un projet de déconstruction, tout autant que le projet du Front National qui nous effraie également. La Droite a une responsabilité énorme et le grand danger aujourd’hui est de ne faire que de l’anti-FN dans les deux semaines qui viennent ».

« Il y a une correspondance quasi-organique entre Emmanuel Macron et les médias » remarque Arnaud Benedetti, « un certain nombre ont, quoi qu’ils en disent, poussé et permis de construire politiquement la candidature d’Emmanuel Macron ». Il émet d’ailleurs une réserve quant à la cohérence du candidat qui, selon lui, tient un discours de « majorité de compromis », un positionnement « très IVème République dans un système institutionnel de Vème République ».

« Quoi qu’il arrive, le quinquennat est fragilisé par les conditions mêmes de l’élection » nous dit Benoît Pellistrandi. Aujourd’hui, « les leviers politiques pour régler les problèmes de fond ne sont pas là » affirme-t-il. Arnaud Le Clere revient sur la proposition du candidat de la Droite et du Centre « on a beaucoup dit que François Fillon avait un programme radical, cela a été relayé massivement par les journaux. Mais en fait, tous les programmes étaient radicaux ».

Objectif de la Droite : imposer une cohabitation

« A l’exception de Laurent Wauquiez qui n’a pas donné de consigne de vote, le soutien des Républicains à Emmanuel Macron risque d’inhiber ou d’empêcher la stratégie qui consiste à essayer de gagner les législatives » explique Arnaud Benedetti. « Plus le score d’Emmanuel Macron sera important au second tour, plus il bénéficiera d’une légitimité et d’une dynamique qui lui donneront les outils potentiels pour construire une majorité ».

Benoît Pellistrandi parle de la « division des Droites », une division de l’appareil, mais pas de l’électorat. C’est pourquoi, face à « deux projets gravement antinomiques avec celui que portait François Fillon », Arnaud Le Clere, vice-président de Sens Commun, ne donne pas de consigne de vote. Il appelle donc à « garder la tête froide et à se constituer comme un parti d’opposition, mais pas comme un parti qui se rallie à Emmanuel Macron ». L’objectif est « un positionnement conservateur libéral », afin d’envisager « un projet pour demain et les législatives » à venir.