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Les présidentielles à gauche : entre héritage et avenir

Laurent Bouvet, politologue et auteur de « La Gauche zombie », revient avec nous dans Le Grand Témoin sur la fin du quinquennat Hollande et la perspective des présidentielles.

Laurent Bouvet 3 avril 2017La fonction présidentielle mise à mal

« François Hollande paye aujourd’hui au prix fort une note politique qu’il n’a jamais voulue solder jusqu’ici » selon Laurent Bouvet, politologue ayant inspiré le fameux discours du Bourget au moment de la campagne présidentielle de 2012. « Contrairement à ce que l’on a dit, il a une capacité à décider », par exemple en envoyant les troupes françaises au Mali. Pendant sa campagne, il parle de la Finance comme étant son « ennemie », évoque la taxe à 75%, promet 60000 emplois au Ministère de l’Education Nationale, le tout sans déficit budgétaire supplémentaire. Cependant, voulant mettre tout le monde d’accord, « l’homme de synthèse, tacticien hors-pair s’effondre, lorsqu’il est à l’Elysée ». Pourquoi ? Parce qu’excepté lors des évènements tragiques des attentats, « Hollande n’a pas su incarner la fonction de chef de l’Etat », tout comme son prédécesseur Sarkozy. En effet, Laurent Bouvet constate que « les deux derniers présidents ont cassé en quelque sorte la fonction présidentielle en devenant le chef de l’Exécutif avec un Premier Ministre collaborateur ».

Quelles perspectives pour la Gauche ?

« Sous le quinquennat de François Hollande, le Parti Socialiste a été battu à toutes les élections locales, et sévèrement battu ». Pour Laurent Bouvet, nous sommes dans une période de transition, c’est « inquiétant, mais il n’est pas forcément mauvais que le système s’effondre ». « Avec cette campagne, il s’est passé quelque chose de très particulier : les primaires sont la négation même de ce que sont les partis politiques, puisqu’on ouvre [le choix du candidat] à tous les Français ».

Résultat ? Benoît Hamon, frondeur depuis 2014, sort vainqueur de la primaire. « C’est la première fois que pour l’élection présidentielle, le PS a un candidat issu de son aile gauche et non pas de son centre de gravité ».

Une élite déconnectée du peuple

« La Gauche a perdu le peuple et le sens du peuple » affirme Laurent Bouvet. Désormais, il faut « bricoler une coalition électorale qui remplacerait les catégories populaires » reportant leurs voix vers l’Extrême-Droite. En mai 2011, la Fondation Terra Nova authentifie par une note que le PS doit se repositionner et capturer un autre électorat : « les bobos des grandes métropoles, les intellectuels et CSP supérieures, les femmes, les jeunes, les banlieues ». Or, « c’est à la fois inefficace électoralement et dangereux politiquement » prévient Bouvet.

Ayant compris le ras-le-bol général, Mélenchon lance « les gens ont soif d’humanité ». « Il est important que les responsables politiques gardent une certaine morale publique, à droite comme à gauche » ajoute Bouvet. Les élites ne peuvent prôner une « morale exemplaire », si elles ne se plient pas aux mêmes règles que celles qu’elles imposent à la population. Ce décalage, associé à un manque de mobilité sociale, fait perdre toute légitimité aux personnages publics dont la vie est « complètement détachée de la réalité que vit l’immense majorité de nos concitoyens ».