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Législatives : « la France reste un pays profondément malade et désorienté »

Les Français sont-ils lassés de la politique ? Dimanche, les élections législatives ont enregistré un taux d’abstention historique avec seulement 48,71% de participation. Benoît Pellistrandi et Arnaud Benedetti étaient ce matin les invités de Louis Daufresne dans Le Grand Témoin

Crédit : Service infographie du Figaro
Crédit : Service infographie du Figaro

L’abstention devient comme une habitude. Pour Benoît Pellistrandi, normalien agrégé d’histoire, « c’est une très mauvaise nouvelle qui montre aussi qu’on a renoncé à toute pédagogie sur ce qu’est l’élection, sur ce que sont les choix ». Du fait de cette désertion électorale, le président de la République devient alors l’unique responsable des affaires politiques du pays. Un problème de légitimité démocratique selon Arnaud Benedetti.

« Ce taux d’abstention continue de dire que la France reste un pays profondément malade et désorienté ». Benoît Pellistrandi

Pour mieux comprendre les raisons de cette abstention, Arnaud Benedetti remet en question le calendrier électoral. Les Français seraient arrivés à la fin de ce cycle électoral « un peu essoufflés » après une campagne soutenue politiquement et plus encore médiatiquement. Va-t-on vers une américanisation de la vie politique ? C’est ce qu’estime Benoît Pellistrandi : « Il y a une hybridation entre notre culture et une importation de pratiques américaines qui servent un nouveau champ de la consommation et de la production économique, et la politique risque de souffrir de cela ». Il tient également un discours critique vis à vis du rôle de la presse dont il conteste l’indépendance : « Quand on regarde à qui appartiennent les hebdomadaires, la presse adossée à des grands groupes industriels, on a là quelque chose qui fabrique de l’intérêt » .

L’attention est également portée sur la personnalisation de la vie politique. L’image d’Emmanuel Macron a définitivement dépolitisé le débat durant la campagne présidentielle. En quelques semaines, le candidat En Marche est devenu l’incarnation d’un apparent changement, d’une apparente jeunesse : cette jeunesse qui fait oublier le passé. « Mais Emmanuel Macron n’est pas né en 2017, il a été secrétaire général adjoint de l’Elysée, ministre de l’économie de François Hollande… mais il a su faire oublier son passé politique ». Cette nouvelle stratégie de communication peut-elle perdurer ? Loin de la spontanéité de Nicolas Sarkozy, du dilettantisme de François Hollande, Emmanuel Macron maîtrise, millimètre et contrôle. « La performance de la communication ne veut pas dire performance politique » tacle Benoît Pellistrandi. Arnaud Benedetti déplore quant à lui : « La politique devient une forme de produit marketing » .

Benoît Pellistrandi conclut : « On dit toujours que c’est la fin des partis, mais on est en pleine phase de reconstruction ».