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La pensée de Paul Ricœur chez Emmanuel Macron

François Dosse et Olivier Abel ont tous deux très bien connu le philosophe Paul Ricœur. Dans Décryptage, ils nous apportent leur éclairage quant à l’influence du philosophe sur l’homme politique qu’est Emmanuel Macron.

Fascination entre les deux hommes

Nos deux invités s’accordent à dire que Ricœur est à la fois un « philosophe du dialogue » et un « philosophe de l’action ». Dans une de ses lettres au philosophe, le jeune Macron lui écrit : « Je suis comme l’enfant fasciné à la sortie d’un concert ou d’une grande symphonie » et reconnaît que la pensée de Ricœur « fait naître des questions » en lui.

C’est François Dosse, professeur d’Epistémologie à Sciences Po, qui permet la rencontre entre l’étudiant de 21 ans et le philosophe de 86 ans. Macron a « un talent intellectuel hors du commun » dit-il, ce qui ne l’empêche pas d’être « très sympathique, curieux et très souriant ». De son côté, Olivier Abel connaît Paul Ricœur depuis sa jeunesse et leur rencontre à Châtenay-Malabry avec Les murs blancs, une « agora intellectuelle ». « Paul Ricœur admire les hommes d’action qui ont le sens du moment opportun ».

Apports de Ricœur à Macron

Macron affirme que Ricœur l’a « rééduqué sur le plan philosophique ». Pour Olivier Abel, l’explication réside dans le fait que « Ricœur a pointé la possible intersection de l’éthique et du politique ; la conception du Bien, du Bon, en politique ; du souhaitable et du réalisable ». Emmanuel Macron est convaincu qu’« en politique, il n’y a ni vérité absolue, ni relativisme, il n’y a plus que des opinions qui s’affrontent ». Au fond, la pensée politique serait l’aboutissement d’une construction collective.

« Je ne vois pas comment on pourrait penser la démocratie, si l’on ne peut dire ce qu’est un être de décision » disait Paul Ricœur. « Toute la difficulté du politique aujourd’hui réside dans ce paradoxe entre la demande permanente de délibération et l’urgence de la décision » analyse Emmanuel Macron. Pour parvenir à nos fins, Olivier Abel nous affirme qu’il faut « articuler une très grande transparence horizontale, nécessaire à la délibération, et recourir à des rapports plus verticaux, nécessaires à la décision. Sinon, c’est soit l’autoritarisme, soit l’inaction politique ».

Chez Ricœur, « la dimension verticale » permet à la fois de « juguler la violence et protéger les plus faibles », mais elle est aussi liée à « l’antérieur, à l’Histoire et à la Mémoire » conclut Olivier Abel. « C’est en découvrant son endettement envers tout le passé, le passé des institutions, de la France, de la société… que justement [l’homme] est autorisé à son tour ».

Le « et en même temps » de Macron

« La pensée de Ricœur n’est pas une pensée systématique, c’est une pensée ouverte » explique François Dosse. En 1957, Ricœur refuse de tomber dans le scepticisme ambiant comme les autres intellectuels de Gauche, aussi il développe sa pensée autour du « paradoxe politique ». On est toujours entre « la tradition du contrat social de Rousseau et la tradition de critique de la domination de l’Etat de Machiavel ou de Marx » constate François Dosse. « On est dans l’idée fausse du « ni- ni- », or pas du tout. Pour Macron, c’est « et la Droite » ». « Pour être réformiste, il faut être révolutionnaire » disait Paul Ricœur en soutenant Cohn-Bendit, en 68. Un clin d’œil peut-être au livre de campagne d’Emmanuel Macron intitulé Révolution.

Elu par « la France qui gagne », Macron doit être vigilant au « danger d’une politique de clientèle » prévient Olivier Abel. Il est important de « ne pas faire le deuil de la vérité en politique ». Abel rappelle également l’importance de la « vulnérabilité écologique » et de la « vulnérabilité culturelle ». « Nous sommes responsables du fragile », car comme le disait Paul Ricœur « A pouvoir inédit, puissance inédite, responsabilité inédite ».