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Frédéric Saint Clair : la droite doit « minimiser les tensions jusqu’aux législatives »

François Fillon évincé du deuxième tour de la présidentielle. Quelles perspectives d’avenir pour la droite ? Réponses avec Frédéric Saint Clair, auteur de « La refondation de la droite » (Salvator).

la refondation de la droiteFillon, responsable de la défaite

« La faille qui s’est créée au moment des affaires a disqualifié François Fillon à la fois au sein d’une partie de l’électorat de droite mais aussi au sein de sa famille déjà tripartite », a expliqué Frédéric Saint Clair, invité de Louis Daufresne dans Le Grand TémoinAutre analyse, sur sa communicaiton cette fois : elle a été « défaillante » concernant son programme, à l’image de l’épisode sur l’assurance-maladie. A partir du rassemblement du Trocadéro, sa « communication de crise a été plus péchue mais trop tardive et insuffisante », ajoute Frédéric Saint Clair. Là où beaucoup ont parlé d’une succession de ratages, lui se veut cependant plus nuancé. « Fillon a été surpris par sa fulgurance au moment des primaires, il a mal négocié ce virage de popularité, il n’a pas vu les failles et les lignes de force de son programme ».  Et c’est bien son positionnement moral depuis août 2016 qui a été décisif : aujourd’hui, l’homme politique est jugé sur « ses vertus privées » alors que « l’histoire du monde montre que les plus grands réformateurs ne sont pas forcément les plus honnêtes », explique Frédéric Saint Clair.

Qui pour refonder la droite ?

François Fillon a donc dit qu’il voterait Emmanuel Macron. Un vote à titre personnel, « sans se dérober », souligne le spécialiste en communication politique, mais ce n’est en rien un appel à sa famille politique à voter Macron. « Il se prononce par défaut contre l’extrême-droite ». Frédéric Saint Clair note également que le coeur du programme de Fillon était économique et qu’en la matière, il a une « proximité plus évidente avec Macron ». Mais attention, ajoute Frédéric Saint Clair, ce serait « une illusion d’imaginer qu’Emmanuel Macron recouvre idéologiquement et électoralement à la fois la gauche et la droite ». L’enjeu collectif pour la droite est dès lors clair : proposer un socle de droite puissant aux législatives. Il leur faut « arriver à minimiser les tensions qui peuvent exister entre les différentes familles, de manière à préserver une forme d’unité jusqu’aux législatives… Partir aujourd’hui chez Macron serait une faute politique« . « Ensuite je crains un déchirement plutôt violent, déjà connu il y a quelques années entre Fillon et Copé », reconnaît Frédéric Saint Clair.

Macron et le refus de la verticalité

« Je pense que Macron pourrait arriver à obtenir une majorité », souligne Frédéric Saint Clair, « ma question porte plus sur sa capacité à la conserver… Pour l’acquisition du pouvoir, il va utiliser sa dynamique méditatique plutôt positive, cela pourrait s’étendre jusqu’aux législatives, en revanche, sur l’exercice du pouvoir, je doute qu’il ait les mêmes capacités ». Pour Frédéric Saint Clair, « c’est un ministre de l’économie qui ve devenir Président de la République ». Du coup, insiste-t-il, « sur le plan régalien, il y des fortes interrogations qui pèsent ». Emmanuel Macron est « un garçon intelligent issu brillamment de la société civile qui travaille dans l’horizontalité mais refuse toute verticalité », explique-t-il, « il n’a pas les codes de réflexion politique, la philosophie politique lui est bizarrement étrangère ». Avec Macron va émerger un « social-libéralisme » né à la fin du XIXème sicècle en Angleterre.

Le FN, incompétent politiquement

« Voter Marine Le Pen au second tour et être chrétien ou catholique, c’est possible », pense Frédéric Saint Clair. « On fait une grosse erreur avec la condamnation morale du FN, je pense que c’est inefficace parce que le problème du FN n’est pas qu’il soit dangereux moralement, mais incompétent politiquement, c’est mon point de vueLa distance entre ce que propose Marine Le Pen et ce que l’on vit est trop grande », ajoute-t-il. Il y a bien un clivage politique entre la droite et l’extrême-droite notammment sur le rapport à l’international, à la politique européenne, à la monnaie ou encore au budget. Idéologiquement, « la droite a renoncé à un certain nombre de prérogatives », répète l’analyste politique, « elle a abandonné la possibilité d’un nationalisme modéré, donc elle a laissé à l’extrême-droite toute la question des frontières ». L’enjeu se cache sans doute derrière la question de la souveraineté qui voit s’affronter deux théories économiques : « une théorie libérale qui dit qu’il faut tout laisser fluctuer en évitant l’inflation », dit-il, « et une théorie keynésienne qui pense qu’il est très important d’avoir la la maîtrise de son budget et de sa monnaie. C’est cette dernière logique que veut récupérer Marine Le Pen ». Mais pour Frédéric Saint Clair, on s’exempte d’une vraie « réflexion sur une sortie du capitalisme« . « C’est ça », conclut-il, « qui devrait guider notre réflexion sur le libéralisme ».