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Le diable à travers l’Histoire (2/4)

Le diable a traversé les siècle, certes, mais comment ? Satan du Moyen-Âge aux Lumières avec l’abbé de Tanoüarn.

 Avec Camille Meyer

Martin Luther. Crédit : biography.com
Martin Luther. Crédit : biography.com

Pour l’abbé Guillaume de Tanoüarn, les XVIème et  XVIIème siècles changent la conception du diable. Le monde médiéval est derrière, le pessimisme triomphe. « On voit le pessimisme de Luther ou celui de Calvin pour lesquels l’âme humaine est essentiellement marquée par le mal. Pour Luther, l’Homme ne peut jamais vraiment se convertir, il est à la fois  juste et pêcheur, il ne peut pas sortir de son péché et se convertir. Pour Calvin, chaque individu, avant même le péché originel, est destiné au bien ou au mal. Il y a une rationalisation totale à travers l’idée de prédestination et donc il y a l’idée que certains Hommes sont de toute façon prédestinés au mal et donc la proie de Satan sur la Terre » explique-t-il.

 

Pour le prêtre, ce pessimisme anthropologique va mener à un pessimisme eschatologique. Cela va alors donner à Satan, une crédibilité qu’il n’avait pas au Moyen-Âge, où la liberté chrétienne demeurait la plus forte. « On le prend très au sérieux, parce qu’on a une conception de Dieu, d’un Dieu qui est responsable de tout, qui a tout programmé, le bien comme le mal. Il fait de Satan un auxiliaire dans une justice incompréhensible et parfois monstrueuse ».

La Théodicée de Leibnitz. Crédits : en.wikipedia.org
La Théodicée de Leibnitz. Crédits : en.wikipedia.org

A partir de la Renaissance et de Descartes, il y a une élaboration de différentes métaphysiques qui vont rendre le mal plus ou moins nécessaire.  « Leibniz et sa théodicée (1710 NDLR), dans son ouvrage sur la justification de Dieu, une justification de quoi ? Justification du mal. Et au fond que ce soit au travers le protestantisme et de la plume extraordinairement perçante de Calvin, que ce soit à travers le jansénisme, avec le rationalisme d’Antoine Arnaud, que ce soit à travers les métaphysiques allemandes ou la tentation métaphysique allemande, il y a une rationalisation du mal. Satan, lui-même, devient le nom folklorique d’un processus rationnel impitoyable » explique Guillaume de Tanoüarn.

Dieu a décidé du mal de tous temps, et le mal a quelque chose de divin contre lequel, on ne peut rien si l’on est prédestiné.

L’abbé raconte, qu’à l’époque, le mode de pensée tend à mettre Dieu comme cause de tout, voire dans les extrêmes.  » Surtout parce qu’il y a Dieu, c’est Dieu qui est responsable du mal ». A la Renaissance, il y a cette théorie de la prédestination, voire de la prédétermination au mal de certains êtres humains et donc de certains anges, explique le cofondateur de l’Institut du Bon-Pasteur. « On est dans un monde où le mal garde une force étrange, il s’est laïcisé. Satan est une figure folklorique mais il est bien présent d’une manière transcendante à la contingence de la création. Les gens en ont donc peur, d’où les sorcières. Il y a une diabolisation d’individus. Et puis il y a aussi cette idée de la purification. Cette idée de purification, c’est si on l’a tué, si on l’a tué tous ensemble, c’est que l’on est tous purs ».

Les « Lumières » ou l’obsession de l’égalité

« La raison des Lumières se caractérise de deux manières. Premièrement, elle est toujours issue de l’expérience sensible, et deuxièmement elle ne progresse qu’à travers le principe d’identité. Identité, c’est A = B, B = C, donc A = C «  commence l’abbé de Tanoüarn. L’idée de rationalisation va commencer à faire son effet dans la société française et un peu partout dans la Chrétienté. « La période des Lumières, après les grands progrès scientifiques du XVIIème siècles et du XVIIIème siècles,  c’est de dire que la raison est la seule capacité humaine de connaissance ». Toute connaissance humaine doit passer par la raison, or qu’est-ce que la raison ? Quand Saint Thomas d’Aquin parle de Ratio, il ne parle pas de la raison des Lumières. La raison va devenir une nouvelle Foi et conduit à une rationalisation du diable.

Blaise Pascal. DR : alalettre.com
Blaise Pascal. DR : alalettre.com

« On ne peut déterminer l’identité qu’en la mesurant et on arrive à une raison qui est purement calculatrice » ajoute-t-il.

Cette raison, elle n’a que faire du mal et encore plus de Satan. Donc on revient à l’idée platonicienne que le mal c’est l’ignorance. Le siècle des Lumières semble se débarrasser de Satan définitivement.

« Le diable, c’est l’expression de l’ignorance. Or, on ne peut tenir cette noétique des Lumières, cette épistémologie purement rationnelle, et on sait très bien que 80% de nos connaissances ne sont pas issues d’égalité mais de ressemblance, ou par approximation, par analogie. Et en particulier toutes les connaissances qui tiennent à la vie et la manière de vivre, sont issues non pas du principe d’identité mais du principe de ressemblance et donc de l’intuition et d’autres appréhensions comme celui de l’esprit de finesse, comme dit Pascal, que l’appréhension purement scientifique des choses » dénonce le fondateur de l’Institut du Bon-Pasteur.

« Il faut comprendre le côté extrêmement restreint du rationalisme des Lumières et en même temps la dictature que ce rationalisme va exercer au XVIème siècle ainsi qu’au XXème siècle » rappelle l’abbé de Tanoüarn.