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Le tourisme en mutation : des voyageurs et des territoires

Le tourisme change, des séjours plus courts et plus fréquents. Maria Gravari-Barbas, Jean-Pierre Mas et Cécile Lepelletier nous en parlent dans En Quête de Sens.

Un tourisme difficile à cerner

« Il y a une vingtaine d’années, on était touriste dans des zones réservées aux touristes et dans un temps réservé aux touristes » indique Jean-Pierre Mas, président des Entreprises Du Voyage, syndicat professionnel du secteur. « Aujourd’hui, le tourisme se mêle à la vie quotidienne » dit-il et il est très fréquent désormais d’associer « tourisme de farniente et dîner chez l’habitant ». Chez Ictus Voyages, les chargés de clientèle comme Cécile Lepelletier proposent aux pèlerins ou aux voyageurs « d’aller dans les bivouacs en Israël ou chez les Bédouins au Maroc », des rencontres humaines toujours très appréciées !

« Une envie d’ailleurs et un tourisme beaucoup plus curieux » qu’avant constituent une nouvelle demande. Il y a une véritable mutation des attentes. « Monolithiques » par le passé, elles sont maintenant « très diversifiées » rapporte Maria Gravari-Barbas, professeur à la Sorbonne, directrice de l’IREST et de la chaire UNESCO « Culture, Tourisme, Développement ». « On ne parle plus du tourisme, mais des tourismes » remarque-t-elle, tandis que Cécile Lepelletier souligne la quête d’authenticité des voyageurs devenus plus exigeants.

Une envie de se distinguer… et de partager

« Que ce soit les Français qui se déplacent en France ou à l’étranger, ils ont envie de découvrir quelque chose et d’avoir une expérience exclusive qu’ils pourront partager à leur retour » explique Jean-Pierre Mas. Il y a, note Maria Gravari-Barbas, « une envie de découvrir autre chose, autrement », « une approche qui accepte l’aventure, une aventure contrôlée, mais une aventure quand même ». On sort du tourisme de masse pour découvrir la vraie vie et entrer en contact avec les gens, comme en témoigne le succès du « CouchSurfing ». Maria Gravari-Barbas voit donc une « volonté de se distinguer » par la destination touristique, mais aussi la « volonté d’évoluer dans sa carrière touristique », pour construire un parcours « à la lumière des expériences vécues » précédemment.

Dans la nouvelle offre et pour se garder de toute dérive, Jean-Pierre Mas redit l’importance de « la multiplicité des acteurs ». Il constate d’ailleurs que les locaux s’investissent eux-mêmes, car « on a beaucoup plus envie, que par le passé, de faire connaître ce qui nous entoure et de le partager ». « Chez Airbnb, le loueur se transforme de plus en plus fréquemment en guide ». Néanmoins, Jean-Pierre Mas alerte sur la possible industrialisation de ce fonctionnement qui saperait le côté convivial de la rencontre.

Un impact sur les territoires

« Sortir du monumental, du lieu de visite » par excellence, « pour s’aventurer dans la ville du quotidien », fait émerger « un nouveau patrimoine » affirme Maria Gravari-Barbas. « La curiosité des touristes encourage les initiatives locales qui valorisent ce patrimoine négligé ou non-reconnu ». « Valoriser les territoires, élargir le périmètre touristique, retravailler des équilibres spatiaux », tout cela concourt à une « logique de justice spatiale » et à une « réappropriation des territoires » par la population. « Dès le début, le regard touristique a été un regard valorisant » ajoute Maria Gravari-Barbas. « Très souvent, la patrimonialisation est le fait de cette reconnaissance touristique, beaucoup plus que d’une reconnaissance locale ».

Cependant, « le tourisme peut devenir très perturbateur » nuance Jean-Pierre Mas. Aujourd’hui, « la maire de Barcelone mène une guerre contre le tourisme, car elle considère que le tourisme dégrade la qualité de vie et que le touriste marginal coûte plus cher qu’il ne rapporte ». Même des villes comme Paris, ayant une certaine « maturité » touristique, sont confrontées à la fragilisation de leurs équilibres. Circulation, stationnement, quartiers entiers devenus des parcs locatifs, tout ceci amène nos invités à conclure sur la nécessité de la régulation de ce phénomène, pour protéger patrimoine, environnement et vie locale.