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Hommage à Tzvetan Todorov : « J’ai mené une vie de passeur »

Il fut l’un des Grands Témoins sur notre antenne en décembre 2008. Le penseur humaniste Tzvetan Todorov est décédé ce 7 février à l’âge de 77 ans, à Paris. Portrait.

Como, Italy, 2008 - portrait of Tzvetan Todorov, Bulgarian philosopher - ©Leonardo Cendamo/Leemage
Como, Italy, 2008 – portrait of Tzvetan Todorov, Bulgarian philosopher – ©Leonardo Cendamo/Leemage

C’est à Sofia en Bulgarie que Tzvetan Todorov voit le jour en 1939, dans une famille de bibliothécaires. Une jeunesse passée sous un régime totalitaire. Pour y échapper, il obtient un visa pour un séjour d’études en France, en 1963. La France qu’il n’a plus jamais quittée. « Quand je vivais en Bulgarie, l’enseignement était pétri d’idéologie marxiste », expliquait Tzvetan Todorov, « quand je suis venu en France, j’ai découvert peu à peu que l’on pouvait défendre des opinions sans mensonge ni cynisme ». En 1973, il acquiert ainsi la nationalité française. Cofondateur de la revue Poétique, ce représentant du structuralisme, étudie les techniques narratives mises en œuvre dans les textes littéraires. Entre 1983 et 1987, il dirige le Centre de Recherches sur les arts et le langage au CNRS. C’est aussi à cette époque que Tzvetan Todorov commence à se consacrer à l’histoire des idées et des mentalités. Au cœur de sa réflexion : le problème de la compréhension de l’Autre et la question de la mémoire. Une réflexion qui l’amène à relire Montaigne, Benjamin Constant, Tocqueville ou encore Rousseau. Tzvetan Todorov se veut humaniste. « Nous et les autres », publié au Seuil en 1989, « Mémoire du mal, tentation du bien », paru en 2000 chez Robert Laffont, « Les Aventuriers de l’absolu » un an plus tard… Les livres du philosophe sont traduits dans plus de 25 langues. Dans « La peur des barbares », Tzvetan Todorov s’attaque à la théorie du choc des civilisations. On parle bien souvent de « conflits de religions, c’est une fausse terminologie », disait-il, « un lieu commun derrière lequel se cachent en fait des intérêts politiques ». Par le passé, cet Européen convaincu s’était déjà mobilisé contre l’intervention de l’Otan au Kosovo et avait vigoureusement réagi contre l’invasion de l’Irak par l’armée américaine et les alliés. « J’ai mené une vie de passeur », répètait ce père de trois enfants marié jusqu’en 2014 à la romancière Nancy Huston, « après avoir traversé moi-même les frontières, j’ai essayé d’en faciliter le passage à d’autres. Frontières entre pays, langues cultures… Mais frontières aussi entre le banal et l’essentiel, le quotidien et le sublime, la vie matérielle et la vie de l’esprit ». Le philosophe ajoutait : « Dans les débats, j’aspire au rôle de médiateur. Le manichéisme et les rideaux de fer sont ce que j’aime le moins ».