le direct Musique sacrée

Chronique Lyrique        

Un souvenir très émouvant : De la Maison des Morts de Janacek à l’opéra Bastille.

J’ai revu avec la même fascination De la Maison des Morts mise en scène en son temps par Patrice Chéreau. Cet opéra d’après Dostoïevski (Les Carnets de la Maison Morte) est un sombre tableau du bagne sibérien. Stéphane Lissner, directeur de l’opéra de Paris a eu la grande idée de programmer cette production mythique à Paris, l’une des plus impressionnantes, des plus extraordinaires de ces dernières années. Je craignais en revoyant cette production que j’avais vue au festival d’Aix en Provence, d’être déçue. Cette reprise a gardé la même intensité, la même puissance dramatique. « De la Maison des Morts » est l’adaptation par le compositeur Janacek de l’expérience du bagne de Dostoïevski, qui y fut envoyé pendant quatre ans. Ici c’est l’atmosphère de toutes les prisons du monde qui est évoquée. Toute la palette des sentiments des hommes se déploie dans l’enfermement de ces grands murs : la cruauté côtoie la tendresse, le désespoir l’espérance… Une distribution exemplaire, donne à chacun sa singularité, malgré la situation commune de tous les prisonniers. Le chœur ponctue efficacement certaines scènes et l’orchestre magistral de l’opéra de Paris, sous la direction du grand chef Esa-Pekka Salonen, donne toute sa dimension à ce drame épique.

 

Fin d’année à l’opéra de Paris.

La beauté et l’exigence au rendez-vous

L’opéra de Paris termine l’année 2017 avec une programmation éclectique et audacieuse. Deux opéras : La Clémence de Titus (Mozart) à l’opéra Garnier et La nouvelle production de La Bohême (Puccini) à l’opéra Bastille. Avec une mise en scène qui fait grincer les dents de nombreux « pucciniens » et autres amoureux d’opéra, mais qui séduit une partie du public sensible à l’originalité d’une vision audacieuse et poétique. Avec la programmation de ces deux opéras on est loin du souci impératif du divertissement qui caractérise les programmations aux abords de Noël. Mais en misant sur les qualités exemplaires des deux productions vous ne vous tromperez pas.

 

La bohème de Puccini à l’Opéra Bastille

J’ai assisté à la présentation de la générale de cette Bohème et à la projection en direct d’une représentation de la Bastille au cinéma UGC Danton. La perception n’est pas la même et j’apprécie toujours la complémentarité des deux visions. Dans la salle on a une vue plus globale et surtout on partage la simultanéité de l’instant, la présence effective des interprètes… Avec la projection au cinéma les gros plans permettent l’illusion impressionnante d’une véritable proximité. Curieusement j’ai été plus envoûtée la seconde fois par la poésie indéniable de ce spectacle. Est ce que le metteur en scène Claus Guth trahit Puccini en modifiant l’histoire de cette splendide musique ? Les points de vue diffèrent. Le Figaro (Christian Merlin) développe une argumentation très négative alors que Le Monde (Marie-Aude Roux) définit brillamment les raisons de son appréciation. Personnellement, comme tous les critiques musicaux, j’ai assisté à un grand nombre de Bohème et cette production imprévisible qui situe l’histoire dans un vaisseau spatial m’a permis de redécouvrir cet opéra, dont le coté misérabiliste, éternellement illustré dans un réalisme au premier degré, devenait lassant. L’élargissement du cadre jusqu’à la lune, le froid glacial que l’on ressent quand la mort rode, l’intensité de l’émotion due à l’évocation de ce grand amour juste avant la dernière respiration, illustre bien le pouvoir émotionnel de cette musique bouleversante. Il faut bien dire qu’elle est magnifiée par le somptueux orchestre dirigé par jeune chef Vénézuélien Gustavo Dudamel et une distribution talentueuse et homogène. On a regretté la présence de Sonya Yoncheva victime d’une bronchite mais Nicole Car avec sa voix claire, égale dans le médium comme dans l’aigu, avec sa jolie silhouette de somnambule passant comme une ombre, incarne bien cette Mimi sortie du monde des souvenirs rêvés. Gageons que l’intelligence, la beauté et la poésie de cette production deviendront dans pas si longtemps une référence. En attendant, on découvrira au mois de janvier, avec beaucoup d’intérêt, la prochaine mise en scène de Claus Guth avec l’oratorio Jephtha de Haendel salle Garnier.

Mimi : Nicole Car

Rodolfo : Benjamin Bernheim

Opéra Bastille, les 23, 26, 29, 31 décembre à 19h30

Janvier 2018

Une nouvelle production pour l’oratorio de Haendel : Jephtha, dirigé par William Christie mise en scène de Claus Guth salle Garnier

L’histoire de cet oratorio est inspirée du célèbre récit du Livre des Juges concernant le serment imprudent de Jephté s’engageant à sacrifier le premier être vivant qu’il rencontrerait après la bataille. Et, lorsqu’il revient chez lui victorieux, c’est Iphis sa fille unique, qui vient à sa rencontre. Iphis doit donc être impérativement sacrifiée. Heureusement, avant le coup fatal, un ange fait son apparition, porteur d’une bonne nouvelle : Iphis vivra, mais pure et vierge, à jamais vouée à Dieu.

Haendel écrit cet oratorio à un moment où il apprend que la cécité dont il souffre est irréversible. Jephtha est la dernière grande œuvre qu’il compose, elle est d’une expression dramatique admirable confiée ici à un des plus grands chefs d’orchestre de la musique baroque.

Jephtha : Ian Bostridge

Storgè : Marie-Nicole Lemieux

Iphis : Katherine Watson

Palais Garnier, les 13, 15, 17, 20, 22, 24, 30 janvier à 19h30, le 28 janvier à 14h30

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *