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Bakhita, de l’esclavage à la sainteté : le roman d’un saisissant destin

La vie de Bakhita, c’est l’histoire d’une esclave soudanaise devenue religieuse en Italie puis proclamée sainte par le pape Jean-Paul II. Un destin hors du commun qui est sorti de l’ombre grâce au roman de Véronique Olmi, Bakhita (Albin Michel). A écouter dans Vox Libri.

Avec : Véronique Olmi, écrivain, pour Bakhita  (Albin Michel)

Mathilde Mahieux, responsable du secteur religieux de La Procure

Véronique OlmiAu hasard d’une visite de l’église Saint Jean-Baptiste à Langeais (Touraine), Véronique Olmi découvre la vie de Bakhita, sainte patronne de la paroisse. Saisie et intriguée, l’écrivain décide « d’essayer de comprendre l’intériorité, la force et la complexité » de la sainte.

Naissance d’un roman

Commence un travail dense, parfois désordonné. « J’ai tout fait en même temps », confie Véronique : « un travail de documentation », l’étude de « beaucoup de films, de livres », la rencontre d’ « une historienne du Soudan » et de femmes ayant connu Bakhita lorsqu’elle était religieuse canossienne à Schio, en Italie. « C’était un fracas, j’ai foncé tête baissée. En tout, ça m’a pris deux ans ». Deux années qui comptent aussi un intense travail d’écriture pour faire venir au jour les 450 pages de la biographie. « J’ai recommencé ce roman quatre fois », explique Véronique Olmi,  avant de trouver la bonne distance lui permettant d’être « au plus près de Bakhita, avec un narrateur extérieur mais surtout avec le temps présent ».

De l’esclavage à la liberté

Les premières années de Bakhita sont marquées par la violence : esclave dès l’âge de 9 ans, régulièrement battue et vendue sur des marchés, la jeune fille quitte son Soudan natal à l’âge de 14 ans pour suivre son maître en Italie. Des années difficiles retranscrites avec « poésie et espérance », selon Mathilde Mahieux. Cela tient à la force d’âme de Bakhita. La jeune femme « est prise dans un monde qui, au-delà de la violence, est beau », et « il y a une telle lumière dans Bakhita que cela induit une écriture qui ne soit pas sèche, mais qui essaie de s’ouvrir sur la perception du monde », commente Véronique Olmi.

Véronique Olmi photo

De la liberté à la sainteté

L’arrivée en Italie signifie la fin de la condition d’esclave pour Bakhita. Mais pas l’avènement d’un monde sans injustice ni férocité. Dans la péninsule italienne, Bakhita  voit « des paysans mourir des mêmes maladies, la Première guerre mondiale, l’avènement du fascisme »,  « elle se rend compte que le chaos du monde est partout le même ». La liberté ne traduit pas un passage « de l’ombre à la lumière » ; la deuxième partie du roman, celle de la vie de Bakhita après les années africaines, est plutôt « grisâtre », pour ne pas occulter « ce tourment intérieur » qui habitera la sainte jusqu’à sa mort. Même si, preuve de sa sainteté, le rayonnement de Bakhita est visible, « tourné vers les autres ».

Une lecture pour aujourd’hui

Le roman de Véronique Olmi raconte une histoire passée, mais trouve du sens dans notre monde présent.  Cela « donne une conscience très forte que la vie est un sacré cadeau », souligne son auteur. « Dans ce monde en mouvement, en proie au terrorisme, aux guerres, il y a des repères d’énergie, des femmes comme Bakhita, qui perdurent », ajoute-t-elle. Véronique Olmi rend hommage à la « force de ces héroïnes au quotidien, des femmes qui dépassent leur condition humaine, qui subliment la souffrance. Cela donne des repères, et des points d’espoir et d’ancrage. »

Sainte Joséphine Bakhita « a beaucoup de choses à dire au monde d’aujourd’hui », même au-delà de son pays d’origine, le Soudan, dont elle est la sainte patronne.

Ecouter l’émission dans son intégralité :

Propositions de lecture :

  • Claire de Saint Lager, La voie de l’amoureuse. Libérer le féminin : désir, intériorité, alliance – éd. Artège

  • Père Pascal Ide, Puissance de la gratitude, vers la vraie joie, éd. de l’Emmanuel