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Soeur Marie des Anges, dominicaine à Fatima : « Je suis dans la ville la plus merveilleuse du monde »

A 83 ans, Sœur Marie des Anges a toujours des souvenirs intacts de Fatima depuis 50 ans. Religieuse dominicaine depuis l’âge de 26 ans, elle a vu l’évolution de la ville mariale. Nous l’avons rencontré à Casa des Irmas, l’hôtellerie des dominicaines située à quelques encablures du sanctuaire.

Sœur Marie des Anges nous attend, plongée dans sa bible, juste derrière le comptoir d’accueil de l’hôtellerie trois étoiles. « Bom Dia, bonjour » nous lance-t-elle dans un bon français asséné d’un accent espagnol. La sœur est quadrilingue, « sœur langue », c’est ainsi que l’appellent ses sœurs dominicaines, « c’est pour cela que je suis à l’accueil, je parle anglais, espagnol, français et allemand ». Sœur Marie des Anges a été rattrapé par le temps il y a deux ans, une chute, qui l’a affaibli, « depuis je ne sors que très rarement du couvent, fini les ballades dans Fatima ». Il faut que dire qu’elle a accompagné des milliers de pèlerins à travers le sanctuaire, la chapelle des apparitions et le reste de la ville, le « chemin de croix je l’ai fait et raconté des milliers de fois », sourit-elle. Comment a-t-elle atterri à Fatima, elle qui naquit à Madrid sous le régime franquiste ?

« Sous Franco, nous avons vécu dans la pauvreté. Papa et maman ont lutté pendant des années pour que l’on puisse se nourrir. Papa n’était pas pieux, il était anticlérical, alors que maman avait la foi. Les gens se prostituaient autour de nous pour pouvoir se nourrir, j’allais à la messe, aux offices, j’aimais beaucoup mon confesseur, c’était un homme brillant. Quand j’ai eu 17 ans, j’ai commencé à travailler pour le ministère du travail, papa m’a laissé partir en pèlerinage à Fatima avec une amie et sa tante, c’est là que j’ai découvert le sanctuaire et les apparitions de la Sainte Vierge », raconte-elle. Il faut faire des pauses de temps en temps, pour laisser la mémoire mais aussi l’émotion guider son récit. Sœur Marie des Anges vit ce qu’elle nous raconte, « un jour la vierge de Fatima a été à Madrid. Papa m’a alors dit qu’il irait prier et se confesser, ce qui était assez inattendu venant de sa part. Il a même égrené un chapelet, puis il est mort », voilà la deuxième rencontre entre la sœur et la sainte Vierge. Quand on lui demande comment est née sa vocation, la dominicaine nous répond tout simplement : « j’ai voulu aller rendre grâce à la Vierge Marie lorsque j’étais au Portugal. Un prêtre diocésain  qui a enseigné chez les Dominicains, est arrivé à la petite chapelle. Il m’a demandé si je voulais recevoir la communion et il m’a donné un petit bout de papier. En rentrant à Madrid, je lui ai écris pour qu’il me trouve une congrégation religieuse, je sentais un appel, il m’a envoyée chez les dominicaines », sourit-elle. Son noviciat finit, c’est à Fatima qu’elle pose ses valises. « Il n’y avait rien à l’époque, pas d’eau courante, nous couchions sur de la paille », depuis la petite maison est devenue une grande hôtellerie, se transformant au gré des changements de la ville. « Avant il me fallait 5 minutes pour aller jusqu’au sanctuaire, aujourd’hui il y a des bâtiments, des routes, des ronds points, c’est plus long mais il y a tellement le monde qui passe que malheureusement la ville a dû se transformer ».

Quand on lui parle du 13 mai 1967, la sœur lève les mains au ciel « que de monde ce jour là, que de monde, j’étais le sacristain à l’époque, les rues ont été pleines jours et nuits. Des gens ont passé la nuit à prier, dans les rues. Et le lendemain Paul VI a présenté Sœur Lucie au monde entier. Je n’étais pas contente, comme j’avais beaucoup de travail, je ne suis arrivée qu’à la fin… ». Depuis, du monde, Sœur Marie des Anges en voit en permanence, « tous les 13 du mois » précise-t-elle. Et oui au Portugal, les pèlerins commémorent les apparitions de la Vierge chaque 13 du mois, d’ailleurs les prix des hôtelleries et des locations se multiplient par deux, voire trois à cette période.

A 83 ans, Sœur Marie des Anges se déplacent avec difficultés, sa joie maintenant, c’est de pouvoir accueillir les pèlerins et de partager ses souvenirs. Quant à la canonisation de François et Jacinthe Marto, les deux petits bergers de Fatima, « je vais devoir suivre cela à la télévision, je ne peux pas me déplacer… on verra bien« , conclut-elle un peu déçue. Ses deux petits « futurs » saints sont son bonheur depuis 53 ans, « je suis dans la ville la plus merveilleuse du monde ».

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