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Véronique Le Floc'h, éleveuse du Finistère, au Vatican

Des producteurs de lait au Vatican ! 140 d’entre eux ont été reçus par le pape François mercredi 27 janvier 2016. Hasard du calendrier, cette visite a eu lieu en plein mouvement de colère des agriculteurs en France. Parmi cette délégation, des Français, et notamment Véronique Le Floc’h. Éleveuse de viandes bovines et de vaches laitières dans le Finistère-sud, elle a rencontré le Saint Père.

Une délégation de producteurs de lait au Vatican © EMB
Une délégation de producteurs de lait au Vatican © EMB

L’European Milk Board (EMB), association européenne et indépendante de producteurs laitiers, est à l’origine de cette visite. 140 éleveurs, membres de l’EMB, ont été reçus par le Pape François mercredi 27 janvier 2016, pendant l’audience hebdomadaire. Les éleveurs ont demandé le soutien du Saint-Père. Ils lui ont apporté des lettres, dans lesquelles ils protestent contre la surproduction catastrophique de lait et la chute des prix. Les agriculteurs savent que le souverain pontife est très attentif à la justice sociale, et c’est ce qu’ils demandent. Le prix du lait a chuté de 30 à 40% pour les éleveurs, qui, aujourd’hui, produisent quasiment tous à perte. En conséquent, ils se retrouvent dans des situations financières et humaines dramatiques. Véronique Le Floc’h fait partie de ces éleveurs qui produisent chaque jour à perte. Elle faisait partie de la délégation au Vatican, en tant que présidente de l’Organisation des Producteurs de Lait, la section laitière du syndicat Coordination Rurale. Interview.

Vous avez rencontré le Pape François mercredi 27 janvier avec d’autres éleveurs. Comment s’est passé cet entretien, comment l’avez vécu ?

C’est une expérience que l’on souhaite à tout le monde, c’était formidable ! Il a un charisme hors norme. De tous les Papes que l’on a connus, il est quand même exceptionnel ! Il nous a dit « Priez pour moi, je prierai pour vous », il nous a surtout incités à ne pas baisser les bras. Il nous a confortés dans notre position qui est celle qui va à l’encontre de cet ultra-libéralisme qui aujourd’hui nous tue, tout simplement… Une expérience à partager, à revivre, et même si certains veulent critiquer notre action, je pense que s’ils avaient été des nôtres,  ils n’auraient pas cette position.

Le Pape François s’est engagé depuis son élection en faveur de la justice sociale, de la dignité, de reconnaître la valeur des personnes. C’est tout simplement ce que vous, en tant qu’éleveur, vous demandez et revendiquez aujourd’hui. Le Saint-Père vous a compris ?

Il nous a tout à fait compris. On lui a rappelé aussi la Déclaration universelle des droits de l’Homme, qui prévoit que quiconque travaille a le droit à une rémunération équitable pour lui, pour sa famille, et un statut social équivalent. C’est écrit dans le marbre, mais ce n’est pas respecté. C’est bien sur lui qu’on compte, en tant que chef d’Etat avec une position politique mais surtout morale. On espère qu’il dira aux différents chefs d’Etat que cette situation est inacceptable.

Le Pape vous a dit qu’il allait soutenir votre cause auprès des autres dirigeants européens ?

Il a dit qu’il en parlerait à chaque occasion. Le Saint-Père sait et reconnait que la production laitière demande énormément de travail. Et pour marquer l’importance de ce travail, chaque jour, au Vatican, 250 litres de lait sont offerts aux plus pauvres. Il nous a dit qu’il y tenait et qu’il passerait le message.

Le Saint-Père apparaît comme votre dernier recours face à cette crise agricole ?

Oui, c’est un dernier recours. C’est peut-être insultant pour nos chefs politiques, mais eux n’arrivent pas à régler cette crise. Peut-être que le Pape y arrivera. Jean-Paul II a bien réussi à faire tomber le rideau de fer en Europe, pourquoi François ne parviendrait pas à faire tomber ce mur de l’ultra-libéralisme ? Cela nous donnerait un peu plus de liberté et nous permettrait d’avoir de nouveau de l’ambition pour travailler, mais aussi pour vivre.

A l’issue de l’audience, le Pape François a béni les 140 éleveurs présents, et il leur a promis de les recevoir plus longuement dans les « 6 mois à venir« .

Réécouter Réécouter Décryptage : « La crise agricole, une spécificité française ?« 

Véronique Le Floc'h, productrice de lait dans le Finistère du Sud ©Coordination Rurale
Véronique Le Floc’h, productrice de lait dans le Finistère du Sud ©Coordination Rurale