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Saint Thomas Beckett, Dieu et l’Église avant tout

Thomas Beckett (1120-1170) n’a rien gardé de la cour quand il est nommé évêque de Cantorbéry par Henri II de Plantagenêt. Il va vivre une incroyable conversion faisant de lui un fervent défenseur et martyr de l’Église. 

Né en 1117 et originaire de Londres, Thomas Beckett est le fils de riches marchands roturiers. Après des études à Cantorbéry puis à Bologne (Italie), le jeune homme rentre en Angleterre. Talentueux, il attire l’attention de Thibaut du Bec, archevêque de Cantorbéry qui l’envoie à Rome en mission puis le nomme archidiacre de la cité royale du Kent.

Le conseiller d’Henri II d’Angleterre

La place de conseiller du roi d’Angleterre est vacante. Avec l’appui de l’archevêque, Thomas va devenir le nouveau chancelier du royaume. Grand ami du roi, ferme diplomate, administrateur efficace et redouté, ceux qui entourent Beckett obéissent au roi. Âgé d’une dizaine d’années de plus qu’Henri, il sait gouverner et a un fort ascendant sur lui, ce qui déplaît fortement à Aliénor d’Aquitaine, mère de Richard Cœur de Lion et reine d’Angleterre. Cette dernière va d’ailleurs tout faire pour l’évincer. En 1162, Thibaut du Bec meurt. Henri II s’arrange alors pour nommer (ce qui va à l’encontre du droit ecclésiastique et canonique) Thomas Beckett archevêque de Cantorbéry, le 3 juin 1162, charge la plus importante de l’Église anglaise. Dès lors, les deux amis détiennent l’un le pouvoir spirituel et l’autre le pouvoir temporel. Cette décision aurait dû faire d’Henri II un monarque absolu .

Sa conversion

Mais Thomas Beckett change. Il va vivre une réelle conversion en recevant les ordres sacerdotaux et épiscopaux. Il prend conscience de toute la signification de sa charge et souhaite poursuivre sur le chemin du Christ. Il ne veut plus servir Henri II mais l’Église et cela, le roi va très mal le prendre. Portant le cilice, l’homme mondain devient austère et donne tous ses biens aux plus démunis. Désormais il veut vivre modestement et se consacre entièrement aux affaires de son Église. A l’époque, un archevêque à la charge d’un vaste territoire et de beaucoup de biens. Beckett est donc garant de l’éducation, de la santé et de l’assistance données à tous ceux qui vivent sur le comté de Cantorbéry.

Vitrail de la vie de St Thomas Beckett dans la Cathédrale St Etienne de Sens
Vitrail de la vie de St Thomas Beckett dans la Cathédrale St Etienne de Sens

Beckett prend position

L’Église est divisée au 12 ème siècle, Alexandre III est élu pape à la suite d’Adrien IV. Mais une petite minorité d’évêque pro germanique préfère le cardinal prêtre Octavien. Beckett prend position et se soumet à l’autorité d’Alexandre III. De retour en Angleterre, il souhaite mettre en place les recommandations faites par le nouveau pape: libérer l’Église d’Angleterre de la monarchie en demandant l’exemption complète de toute juridiction civile et demandant le contrôle exclusif de sa juridiction par le clergé. Henri II est furieux. Il convoque l’assemblée à Clarendon et lui soumet seize demandes, limitant notamment le pouvoir ecclésial et revenant sur les accords passés par Henri Ier en 1107 et par Étienne d’Angleterre en 1136. Si le clergé accepte, Beckett refuse de signer, la guerre entre les deux est déclarée.

Henri II veut se débarrasser cet archevêque gênant. Il tente de le faire condamner et le convoque à Northampton le 8 octobre 1164, l’accusant de contester l’autorité royale. L’autre désaccord vient du refus de l’archevêque de marier Guillaume Plantagenêt (frère d’Henri II) et Isabelle de Warenne pour consanguinité.

Beckett doit alors quitter l’Angleterre. Il s’embarque incognito pour la France où le pape Alexandre III (exilé de Rome) et Louis VII, roi de France, l’accueillent. La France voyant aussi et surtout le moyen de se venger d’Aliénor d’Aquitaine. Il passera par l’abbaye cistercienne de Pontigny et à l’Abbaye Sainte Colombe de Saint Denis les Sens.

la châsse de St Thomas Beckett
la châsse de St Thomas Beckett au musée de Cluny à Paris

La tentative de réconciliation

Voyant le mécontentement du clergé anglais, Henri II doit se réconcilier avec Thomas Beckett. Un seul moyen au Moyen-Age, le « baiser de paix » mais le roi refuse. Le « baiser de paix »  se fait sur la bouche, le principe étant d’échanger les souffles et de permettre aux âmes de chacun de se rencontrer. En soit, un geste hautement symbolique. Il faudra qu’Alexandre III menace Henri II d’excommunication, pour qu’un semblant de paix se fasse.  L’archevêque revient donc en Angleterre.

Son assassinat

Le roi refuse de rendre à l’Église les propriétés ecclésiastiques malgré les demandes de Beckett. Henri II a alors cette phrase malheureuse: « n’y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce clerc roturier ? ». Quatre chevaliers du roi le prirent comme un ordre. Pénétrant dans la cathédrale de Cantorbéry le 29 décembre 1170, ils massacrèrent Thomas Beckett peu avant l’office des vêpres. Les témoins accuseront immédiatement le roi d’avoir commandité cet assassinat.

Henri II, mal vu par l’Église, malmené par son peuple, n’a d’autres choix, en 1172, que d’obéir à Alexandre III et de faire pénitence en public, à genoux sur la tombe du futur saint. Canonisé en 1173, Saint Thomas Beckett est mort sans se défendre et pour la liberté de l’Église d’Angleterre.