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Qui étaient les sept frères de Tibhirine ?

Pour mieux comprendre l’héritage laissé par les sept frères de Tibhirine, il est nécessaire de les connaître.

« Les meurtriers ne leur ont pas pris la vie : ils l’avaient donnée par avance ». Les moines de Tibhirine « n’ont pas fui la violence : ils l’ont combattue avec les armes de l’amour, de l’accueil fraternel, de la prière communautaire ». C’est ce qu’a écrit le pape François dans l’introduction du livre « Tibhirine, l’héritage », paru aux éditions Bayard. Il est nécessaire de se plonger dans la vie et le testament des frères trappistes pour mieux appréhender le message qu’ils nous laissent.

>> Un site complet consacré aux moines de Tibhirine

Frère Christian, le mystique

C’est à Colmar dans le Haut-Rhin que Christian de Chergé voit le jour le 18 janvier 1938. Elevé dans la foi et la prière par ses parents, à 7 ans déjà il sait qu’il sera prêtre. Une enfance durant laquelle il passe quelques années non loin d’Alger découvrant « la foi de l’autre déifférent ». En 1956, à 19 ans, il entre au Séminaire des Carmes. Un service militaire en Algérie, une forte amitié le lie à Mohamed, un grade champêtre musulman. « C’était la première fois que je pouvais, en adulte, parler de Dieu aussi simplement, dans la conscience claire qu’il était musulman et dans l’affirmation simple que j’étais chrétien« . Homme de charité, Mohamed est assassiné quelque temps plus tard. Un événement qui marquera Christian de Chergé à jamais. Suivre le Christ oui, mais en Algérie. Ordonné prêtre le 21 mars 1964 avant d’être nommé chapelain de la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre.

Le 20 août 1969, il entre au noviciat du monastère d’Aiguebelle. Janvier 197 : il arrive à Notre-Dame de l’Atlas qu’il quitte quelques temps pour étudier  la langue et la culture arabes ainsi que la religion musulmane, à l’Institut Pontifical d’Études Arabes et Islamiques des Pères Blancs, à Rome. Christian est élu Prieur titulaire de l’Atlas en 1984 et réélu en 1990. Il fut un des piliers du groupe « Ribat es-Salam » (Le Lien de la Paix). Christian était aussi très attaché à « la double exigence » du travail et de la prière, le « ora et labora » des moines.

Frère Christian a longuement médité sur la place de l’Islam dans le mystère de Dieu. Sa foi chrétienne n’avait de cesse de croître au fil des contacts avec les villageois musulmans.

Parmi ses écrits, son Testament spirituel – « Quand un A-Dieu s’envisage » – rédigé fin 1993, année où, pendant la nuit de Noël, un groupe du GIA a envahi le monastère, tentant d’imposer ses règles. Pour seule réponse, frère Christian explique alors que les moines fêtent la venue du Prince de la Paix, le Christ. le groupe finit alors par se retirer.

 

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Quand un A-DIEU s'envisage...
S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ? Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes, laissées dans l'indifférence de l'anonymat. 

Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J'aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m'aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C'est trop cher payer ce qu'on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam.
Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église. Précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : « Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l'Islam tels qu'Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion investis par le Don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences. 

Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô mes amis d'ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis ! Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "À-DIEU" envisagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.

AMEN ! Inch'Allah ! "
Alger, 1er décembre 1993
Tibhirine, 1er janvier 1994
Christian

 

 

 

 

Frère Luc, le médecin des âmes

 

« La Miséricorde de Dieu est infinie et son Amour immense. C’est donc sans crainte que l’on doit aborder à l’autre rive »

 

Pfrère Luc aul Dochier, frère Luc en religion, est né le 31 janvier 1914 à Bourg de Péage dans la Drôme. Sa première vocation est la médecine qu’il étudie dès 1934 à Lyon. C’est à cette époque également que mûrit sa vocation religieuse. Premiers contacts avec l’abbaye d’Aiguebelle. Il termine ses études de médecine, tout en étant chez les cisterciens à temps partiel. Affecté dans le sud marocain pour son service militaire, il se prend d’amour pour le Maghreb. 1941 : il entre complètement das la vie monastique à Aiguebelle. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il est fait prisonnier dans un camp en Allemagne. De retour à Aiguebelle, il est envoyé en 1946 à Notre-Dame de l’Atlas. Très vite, il se consacre à la cuisine, et monte un dispensaire où il reçoit la population apuvre. Durant la guerre d’indépendance, il est enlevé par l’ALN durant deux semaines avec d’être libéré. 

 

 

 

 

 

 

 

Frère Paul, le service de l’autre

« J’ai connu et aimé ce pays dans lequel vit la communauté de Notre Dame de l’Atlas dans les circonstances douloureuses de la guerre d’indépendance et j’ai désiré y revenir »

Paul Favre-Miville, qui deviendra Frère Paul, est né le 17 avril 1939 à Vinzier (Haute-Savoie). A 20 ans, c’est en Amégrioe qu’il fait son service militaire. Artisan plombier, en 1984, après avoir longurment mûri sa vocation, il rejoint l’abbaye de Tamié en savoie. Cinq ans plus tard, il décide de rejoindre la communauté de Tibhirine. C’est lui qui met en place le système d’irriguation du monastère. Le frère Paul est connu pour son grand humour.

 

 

 

 

 

Frère Bruno, abandon et contemplation

 » Je suis toujours heureux de ma vie monastique et de la vivre en terre d’Islam.
Tout se simplifie : Ici c’est Nazareth avec Jésus, Marie et Joseph… »

Né le 1er mars 1930 à Saint-Maixent dans les Deux-Sèvres, Chrsitian Lemarchand ressentit l’appel à la vie monastique dès ses 15 ans.Ordonné prêtre en 1956, ce n’est qu’en 1981 qu’il entre au monastère de Bellefontaine. 8 ans plus tard, il rejoint Notre-Dame de l’Atlas avant de devenir le Supérieur de son annexe à Fès au Maroc.

« Ma prière est devenue gratuite pour rejoindre celle de mes frères et sœurs musulmans. Mon seul but est de mettre la prière de Jésus en cette terre dans l’esprit du Père de Foucauld ». 

 

 

 

 

 

Frère Michel, le jardinier

“…S’il nous arrive quelque chose – je ne le souhaite pas – nous voulons le vivre ici en solidarité de tous ces algériens (et algériennes) qui ont déjà payé de leur vie, seulement solidaires de tous ces inconnus, innocents…” 

C’est à Sainte-Anne en Loire-Atlantique que Michel Fleury voit le jour en 1944 dans une famille d’agriculteurs. Il a 17 ans lorsqu’il dit pour la première fois son désir d’être prêtre. Il rejoint le séminaire de La Flocellière (Vendée) et y reste cinq ans avant d’entrer au Grand Séminaire de Nantes. 1979 : il est à l’abbaye de Lérins : c’est là qu’il choisit de s’orienter vers la vie monastique. Il choisit l’abbaye de Bellefontaine. 1984 : nouvelle orientation, cette fois il ressent l’appel de Notre-Dame de l’Atlas où un nouveau Prieuré vient de voir le jour. Arrivé à Tibhirine, le « lecteur » de la communauté côtoie quotidiennement la population musulmane. Il vivra ses dernières années de manière très intense.

 

 

 

 

 

 

 

Frère Célestin, au service des plus défavorisé et des marginaux

« Les liens humains sont quelque chose d’unique, voire de divin, et cela nous y croyons depuis la venue historique de Dieu sur notre terre, en Jésus de Nazareth ! INOUÏE cette Foi qui est nôtre, et qui pourtant doit mystérieusement rester « ouverte » à nos frères humains musulmans [terroristes ou non], bouddhistes, incroyants, ou athées convaincus ! »

Célestin Ringeard est né le 29 juillet 1933 dans la commune et paroisse de Touvois en Loire-Atlantique. Il a 50 ans lorsqu’il entre au monastère de Bellefontaine. Mais l’appel sacerdotal lui, est ressenti dès l’âge de 12 ans. Entré au Grand Séminaire de Nantes en 1953, il est ordonné prêtre le 17 décembre 1960. Entre-temps, lui aussi a effectué un séjour en Algérie lors de son service militaire. Alors infirmier, il sauve la vie d’un officier du FLN. Quelques années pluas tard, le fils de cet officier algérien le contacte pour le remercier : de quoi conforter son appel à rejoindre Notre-Dame de l’Atlas.

« En posant le pied sur la terre d’Algérie, je demanderai à Notre Dame de me donner la force d’y vivre le reste de ma vie, jusqu’à mon dernier souffle ! . ce moment est pour moi une véritable “re-naissance” (à 53 ans !) ; je suis un “tout-petit” qui ne sait pas parler qui ne sait ni parler ni écrire ! J’ai tout à apprendre, à accueillir !… « 

 C’est en 1986 que frère Célestin rejoint donc la communauté à Tibhirine. Opéré à plusieurs reprises en 1994 suite à des problèmes cardiaques, les dernières années se révèlent pour lui difficiles du lr plan physique mais aussi moral. Il trouve pourtant un équilibre.

 

 

Frère Christophe, un chemin de foi tumultueux

« On habite ensemble une terre d’espérance. On la travaille. On est les habitants de ta maison. On y vit. On y prie. On y demeure jusqu’à l’heure de mourir. Ensemble, on habite ta main.
De ce bonheur ouvert, qui pourrait nous déloger ? « 

Christophe LebretonNé le 11 octobre 1950 à Blois, Chrsitophe à 11 frères et soeurs. Entré au petit séminaire en sixième,  ce pasionné de philosophie choisit finalement d’abandonner la vocation sacerdotale pour suivre des études de droit à Tours. Il se coupe alors de toute pratique religieuse Une vie d’étudiant débridée. « Mais à la fin de cette année 1972, je prends conscience que seul le Christ peut accueillir l’amour qui est en moi, le désir de justice et de paix. C’est un grand changement dans ma vie. Je rentre à la maison, l’Église, dont je m’étais séparé – la confession – l’Eucharistie ». Christophe découvre alors le père de Foucauld. C’est l’étincelle et l’éveil d’un désir fou de suivre Jésus.

1972-1974 : il fait sa ccopération à Alger.

« Je suis monté plusieurs fois à Notre-Dame-de-l’Atlas, et j’ai aimé cette communauté sans éclat, simple et très vraie : des hommes qui s’obstinent humblement et paisiblement à témoigner que Dieu vaut la peine qu’on donne, ensemble, sa vie pour lui, pour le prier, l’adorer, accueillir les Béatitudes et apprendre ainsi à aimer, à aimer jusqu’au bout, jusqu’au bout du quotidien. J’ai donc choisi la vie à l’Atlas ». 

Après avoir rejoint l’abbaye de Tamié en 1974, il s’installe une première fois à Tibhirine en 1976. Un premier essai tumultueux, ce n’est qque 11 ans plus tard qu’il revient à Tibhirine comme responsable de la liturgie et du jardin avec frère Paul.

« Je chanterai justice et bonté… J’irai par le chemin le plus parfait. Quand viendras-tu jusqu’à moi…Je marcherai d’un cœur parfait » – 19 mars 1996, dernières lignes de Frère Christophe dans son journal.