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Pédophilie : "ne pas confondre l'affaire de Boston avec l'affaire Barbarin"

L’archevêque de Lyon est-il victime d’un acharnement médiatique étayé par des preuves recevables ou d’un procès d’intention délibérément malveillant ? Décryptage.

Ils étaient tous deux les invités de Philippe Delaroche dans décryptage, ce jeudi 17 mars 2016, Jean-Marie Guénois, rédacteur en chef au Figaro, vaticaniste, et Gérard Leclerc, éditorialiste sur radio Notre Dame et journaliste à France Catholiquesont revenus sur les scandales de pédophilie qui ont plongé le diocèse de Lyon et le cardinal Philippe Barbarin dans la tourmente.

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Le cardinal Barbarin, « symboliquement, l’homme le plus en vue de l’épiscopat français »

Gérard-leclerc
Gérard Leclerc

« J’ai des relations d’amitié avec lui qui datent de plus de 30 ans, il a baptisé deux de mes enfants », souligne d’emblée Gérard Leclerc, « j’ai connu l’extraordinaire rayonnement de ce prêtre dans tous ses ministères… Je connais sa personnalité et sa force intérieure, faire de cet homme un malfaiteur laxiste c’est invraisemblable. C’est un élément personnel qui joue peut-être contre moi, on va dire que je suis trop proche pour être impartial. Je crois savoir que c’est un homme d’une rectitude morale et d’une force spirituelle exceptionnelles ».

Jean-Marie Guénois
Jean-Marie Guénois

Jean-Marie Guénois, lui, ajoute : « Le cardinal Barbarin est symboliquement l’homme le plus en vue de l’épiscopat français et voilà la cible à laquelle on s’attaque. Cela dit », souligne le journaliste du Figaro, « le cardinal Barbarin n’est pas le cardinal Law de l’affaire Spotlight, ou les autres évêques qui ont couvert des actes pédophiles ».

Et le vaticaniste de rappeler qu’il y a deux époques à distinguer : « Jusqu’au début des années 90, on renvoyait dans les diocèses avec une estampille ‘guérie’, des prêtres qui ne l’étaient pas, car on pensait que la pédophilie était guérissable. Cela s’est avérée inexact et dangereux », explique-t-il, « Autour des années 2005-2010, le pape Benoît XVI a renforcé les mesures anti-pédophilie ; il s’est érigé contre cette mentalité de protéger le clergé comme une caste. Il a été l’homme qui a changé la culture à cet égard dans l’Eglise catholique ».

Revenant sur l’affaire Preynat, Jean-Marie Guénois la juge « éminemment complexe ». « Le cardinal Barbarin a hérité d’une situation, trois archevêques avant lui ont confirmé leur confiance au prêtre », rappelle-t-il, « Il n’ y a pas apparemment, sous réserve d’enquête, jusqu’à ce jour, de faits de récidive, donc sur ces éléments-là, le cardinal Barbarin prend la décision de le maintenir ». Et le journaliste du Figaro d’ajouter : « La question n’est pas qu’il ait couvert le prêtre, c’est qu’il ait fait confiance à ce prêtre, c’est la question du principe de précaution, pas celle de la couverture : y a-t-il eu imprudence ? La question est posée ». Autre point en cause selon Jean-Marie Guénois : le mal qui a été fait à ces jeunes. « Ces jeunes sont en droit  de demander réparation ».

« Un fait social majeur »

Gérard Leclerc décrypte des temps forts dans les rapports de notre société à la pédophilie : « Dans les années 80-90, il y a eu une révolution dans la psychanalyse et la psychiatrie », dit-il, « avant tout était imputé à l’œdipe, les enfants étaient les agents des perversions. Il y a eu un retournement de la théorie les parents sont devenus les agents, à l’encontre du courant libertaire des années 70 ». Autre temps fort : l’affaire Dutroux. « Un événement très important qui a bouleversé les opinions européennes et amené tous les gouvernements à réviser leur législation », analyse l’éditorialiste de Radio Notre Dame. Et Gérard Leclerc de rappeler que les actes de pédophilie ont lieu dans d’autres sphères de la société. Exemple : dans les milieux sportifs. Il cite un article paru sur ce sujet dans le blog Bernard Lecomte. « C’est un fait social majeur », explique Gérard Leclerc, qui n’entend en rien dédouaner l’Eglise. « Je ne veux pas disculper l’Eglise, ni sous-estimer la gravité d’actes de cette nature commis par un ministre sacré, c’est encore beaucoup plus grave évidemment. Cela a des conséquences abyssales… Là, on a le droit et le devoir de souligner la responsabilité de l’Eglise dans ce domaine ».

Gérard Leclerc dénonce cependant un « phénomène d’emballement ». « Dans certains médias, on fait le procès de l’Eglise, il est question de ‘complaisance’ de la hiérarchie catholique avec les faits de pédophilie, ça veut dire qu’il y a plus que de la complicité. Ce sont des attaques directes contre l’institution« , s’insurge-t-il. « Les gens qu’ils aiment ou non l’Eglise, sentent bien qu’il y a un problème grave », ajoute de son côté Jean-Marie Guénois, « Ensuite, il y a des amalgames, des récupérations, des instrumentalisations de toutes sortes.  Mais il y a aussi une grande prudence et un grand sérieux sur les faits ». Et le journaliste du Figaro de conclure : « On confond l’affaire de Boston avec l’affaire Barbarin, ça n’a rien à voir. Spotlight a sans doute accéléré le procès d’intention ».

Tribune de soutien au cardinal Barbarin à paraître dans Le Figaro

La campagne médiatique contre le cardinal-archevêque de Lyon, suite à l’ouverture d’informations judiciaires consécutives aux plaintes d’anciennes victimes de prêtres pédophiles, appelle quelques observations. L’initiative des victimes est à respecter et même à saluer. En ces affaires, le silence et le déni ne sauraient ni prendre en compte les blessures des victimes, ni assurer la prévention indispensable, comme le requiert la loi qui libère en apportant les clarifications dont il est besoin.
La parole est dès lors à la justice. C’est à elle seule qu’il revient d’établir les faits et de déterminer si les premiers coupables peuvent encore être poursuivis et si les supérieurs successifs de l’institution à laquelle ils appartiennent peuvent également l’être pour n’avoir pas pris leurs responsabilités en fonction des informations dont ils disposaient et des règles en vigueur, et pour avoir ainsi manqué à leur devoir et causé ou perpétué de graves préjudices.
L’emportement médiatique actuel n’a rien à voir avec la justice. Chacun est libre de penser et de dire ce qu’il veut. Mais les déclarations d’hommes politiques de haut niveau qui préjugent des résultats des enquêtes ou prétendent dicter sa conduite au cardinal reflètent des a priori inavoués, qui, au-delà de la personne du cardinal, ont sans doute pour objet un monde catholique jugé trop peu malléable.
Il est permis d’estimer que le scandale pour l’heure n’est pas uniquement la révélation d’actes de pédophilie après des décennies de refoulement, mais aussi l’opprobre que l’on s’empresse de jeter sans vergogne sur un homme qui entend ne rien cacher, ni esquiver et qui a dit sa confiance en la justice de son pays.
C’est la raison pour laquelle nous tenons à exprimer notre estime, notre reconnaissance et notre amitié au cardinal Philippe Barbarin en ces moments très éprouvants pour lui.

Premières signatures
Rémi Brague, de l’Institut
Jean Duchesne, Exécuteur littéraire du cardinal Lustiger
Jean-Noël Dumont, philosophe
Rémi Sentis, directeur de recherche en mathématiques, président des AFC des Hauts-de-Seine