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Pédophilie : "il n'y a pas de prescription pour la souffrance"

« Nous sommes et serons toujours du côté des victimes ». Alors que l’Eglise est ébranlée par des scandales de pédophilie, plusieurs prêtres et évêques ont pris la parole dans les médias.

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L’abbé Pierre-Hervé Grosjean

« Je donnerai ma vie pour réparer ce qui peut être réparable, si cela pouvait être réparable ». C’est « avec la rage au ventre et avec une colère sourde et douloureuse » que l’abbé Grosjean, prêtre pour le diocèse de Versailles et membre du Padre Blog s’est rendu sur la plateau du Grand Journal de Canal + , ce mardi 15 mars 2016 au soir. Les mains tremblantes, utilisant des mots durs, il a d’abord rappelé que ses frères prêtres, évêques et lui-même pensaient avant tout aux victimes, « ces enfants qui avaient confiance en ces prêtres, parce qu’on leur avait appris qu’un prêtre c’est quelqu’un qui fait le bien, quelqu’un qui a donné sa vie pour servir ». Ces enfants « ont été trompés », a ajouté l’abbé Grosjean, « ils ont été blessés dans la confiance qu’ils avaient dans ce prêtre ». Des actes qui, à ses yeux, sont encore pires quand « cela vient d’un prêtre ». « Nous portons tous cette honte douloureusement ». « Le Dieu auquel nous croyons n’est pas un Dieu qui veut le mal des enfants », a quant à lui déclaré, ce mercredi matin sur Europe 1, Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général de la Conférence des Évêques de France. « Un prêtre qui n’a touché ne serait-ce qu’une seule fois un gamin ne peut pas être mis en service, il doit être mis hors d’état de nuire, il n’y a pas de seconde chance possible« , a bien insisté l’abbé Grosjean. « Il n’y a pas de prescription pour la souffrance… On doit protéger les plus faibles« , a, sur l’antenne de France Inter, ajouté de son côté Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise et responsable de la cellule de veille de l’Eglise contre la pédophilie. Et c’est une parole du Christ dans l’Evangile de Luc que le père Pierre-Hervé Grosjean a choisi de citer : « Malheur à celui par qui le scandale arrive, malheur à celui qui blesse l’un des ces petits qui sont mes frères. Il vaudrait mieux pour lui qu’il soit jeté à la mer avec une meule de pierre autour du cou ». « La douleur ne se prescrit jamais », a redit Mgr Ribadeau-Dumas, « Au-delà d’une prescription et du respect des droits, il y a une responsabilité morale et pastorale qui n’a pas de prescription ».

La tolérance zéro de l’Eglise

Mgr Olivier Ribadeau-Dumas
Mgr Olivier Ribadeau-Dumas

Rendre justice aux victimes est et sera donc toujours la priorité de l’Eglise, « quel que soit le prix à payer », a lancé le père Pierre-Hervé Grosjean : « Moi, je ne viens pas défendre une institution, je viens défendre ces gamins », a-t-il ajouté, rendant hommage à Benoît XVI et à son « opération vérité, zéro tolérance ». « On a encore du travail à faire, du côté des victimes, d’éducation et de prévention », a souligné au micro de Léa Salamé, Mgr Lalanne. Pour Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, il n’y a pas d’omerta au sein de l’Eglise. « Sans doute il y a 30 ans, pas parce qu’on pensait que ça préserverait l’Eglise mais parce que les familles elles-mêmes disaient parfois qu’il ne fallait pas faire quelque chose contre ce prêtre, parce que ce prêtre était aimé des gens. Cette omerta« , a ajouté le secrétaire général de la CEF, « elle n’était pas que celle de l’Eglise, c’était celle de la société toute entière« .

Le cardinal Barbarin a-t-il commis une faute ?

Mgr Stanislas Lalanne 19 octobre 2015
Mgr Stanislas Lalanne

« Je connais bien le cardinal Barbarin », a expliqué l’abbé Grosjean, « comme beaucoup je l’admire. Que l’on soit d’accord ou pas avec ses engagements, on ne peut pas le suspecter, l’accuser de la moindre complaisance avec ces crimes« . Et de rappeler que la cardinal a été « intransigeant et clair » pour toutes les affaires qui ont eu lieu sous son mandat. De son côté, Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise et responsable de la cellule de veille de l’Eglise contre la pédophilie, a répété qu’il revenait à la justice de dire si Mgr Philippe Barbarin avait été négligent.  « Il ne faut pas faire un procès par médias interposés. On fait confiance à la Justice pour que justice soit faite ». « J’ai eu ce type de situation similaire », a-t-il également expliqué, « Chaque cas est différent. Mgr Barbarin n’était pas évêque de Lyon lorsque les faits ont été commis… Lorsqu’il a appris les faits, par deux fois, il a été extrêmement ferme, d’abord on demande aux victimes de porter plainte, deuxièmement on demande au prêtre d’aller se déclarer devant la police,  s’il ne le fait pas, on a le devoir de le faire nous-même ». Le retrait du cardinal Barbarin ? « Je ne sais pas si ça suffirait à alléger une souffrance qui est énorme », a conclu Mgr Olivier Ribadeau-Dumas.

Mgr Stanislas Lalanne sera l’invité de Marie-Ange de Monstesquieu ce jeudi 17 mars à 10h3 dans Un jour, un évêque