le direct Musique sacrée

"Les chrétiens du Pakistan sont pris en otages"

Les chrétiens délibérément visés par les talibans pakistanais, en plein dimanche de Pâques. L’attentat à Lahore a fait 72 morts. Michel Varton, directeur de Portes ouvertes France, ONG au service des chrétiens persécutés, revient pour Radio Notre Dame sur l’enfer des chrétiens du Pakistan.

Une femme qui a perdu son fils dans l'attentat perpétré par les talibans dimanche, à Lahore lundi. Photo K.M Chaudary. AP

Dimanche 27 mars, les chrétiens pakistanais ont une nouvelle fois été la cible de terroristes. Un kamikaze s’est fait exploser en plein milieu d’un parc de Lahore, au nord-est du Pakistan, très fréquenté en ce dimanche de Pâques par la communauté chrétienne de la ville. Un attentat malheureux, 72 personnes sont mortes, principalement des femmes et des enfants, qui n’a pas étonné Michel Varton, le directeur de l’ONG Portes Ouvertes :

« L’Eglise au Pakistan vit de façon permanente dans la crainte d’attentats. Toutes les grandes églises du pays sont gardées par des hommes armés, le dimanche matin, à l’heure du culte ».

Déjà, en mars 2015, la communauté chrétienne de Lahore avait été visée par des attentats. Deux kamikazes s’étaient fait exploser à la sortie du culte, l’un devant une église catholique, l’autre devant une église protestante. L’attentat de dimanche dernier était donc prévisible pour Michel Varton, mais le lieu de l’attaque est particulièrement vicieux :

« Les gens ne pouvaient pas savoir que cet attentat allait avoir lieu en plein après-midi, en public. Le parc de Gulshan-i-Iqbal, à Lahore, est un parc bien connu. Cet après-midi là s’y trouvaient des familles. Elles sortaient de la messe de Pâques et voulaient y passer l’après-midi en famille, pour célébrer cette fête. Même si des musulmans ont été touchés, la cible, c’était les chrétiens, la plupart des victimes sont chrétiennes ». 

De plus, le kamikaze s’est fait exploser à proximité d’une aire de jeu, visant principalement les femmes et les enfants.

A quelques centaines de kilomètres de Lahore, à Islamabad, la capitale du Pakistan,

Le jour de l’attentat de Lahore et dans les jours qui ont suivis, des milliers d’islamistes ont campé avenue de la Constitution, là où se trouvent toutes les institutions, à Islamabad, la capitale du Pakistan. Alors que la communauté chrétienne venait de connaître une nouvelle tragédie, ces manifestants réclamaient au gouvernement de ne pas assouplir les lois anti-blasphèmes, et d’exécuter Asia Bibi, chrétienne accusée de blasphème. Pour Michel Varton, si les lois anti-blasphèmes ne sont pas nouvelles, le cas d’Asia Bibi a changé la donne :

« Dans les années 1990, déjà, j’ai rencontré des chrétiens accusés de blasphème. C’était des hommes, parfois des jeunes hommes, parfois des enfants aussi, mais toujours des hommes. Ils étaient rarement exécutés. Souvent, le gouvernement les libérait en douce. Alors, ils devaient quitter le pays car ils savaient que s’ils restaient au Pakistan, ils seraient assassinés par un islamiste qui appliquerait lui-même la peine de mort. Avec Asia Bibi, les choses ont changé. C’est la première fois qu’une femme était visée par cette accusation de blasphème. Son cas a frappé le monde entier, elle est devenue l’emblème des persécutions commises au nom de cette loi anti-blasphème. Tous ceux qui ont voulu la défendre ont été assassinés. »

Le gouverneur du Penjab, Salman Taseer, et le ministre des minorités religieuses du Pakistan, Shabhaz Bhatti, ont tous les deux étaient assassinés en 2011 car ils avaient défendus publiquement Asia Bibi. L’assassin de Salman Taseer, a été attrapé et exécuté par le gouvernement il y a quelques semaines, le 29 février 2016. Il avait été acclamé contre un héro par la plupart des islamistes. Depuis, ces islamistes mènent une vengeance contre la population chrétienne du pays.

La vengeance, c’est bien ça que craignent les chrétiens du Pakistan. Depuis plusieurs mois, le gouvernement pakistanais a lancé son armée contre des groupes terroristes, des islamistes au Penjab. Et les chrétiens craignent désormais des représailles, comme en témoigne l’attentat de Lahore :

« La crainte aujourd’hui, c’est que les chrétiens soient les victimes de ces groupes. A Portes Ouvertes, on reçoit beaucoup d’appels au secours de chrétiens sur place. Ils nous disent « c’est bien que le gouvernement agisse, mais c’est nous qui allons payer ». Dès que le gouvernement fait quelque chose contre les islamistes, Al Qaida ou les talibans, ces derniers se vengent contre les chrétiens. Ils sont pris en otage, les chrétiens sont toujours les victimes. »

Les chrétiens du Pakistan vivent ainsi sous une menace permanente. Les lois anti-blasphèmes sont une véritable épée de Damoclès au dessus de leur tête. Michel Varton dit également craindre pour la vie d’Asia Bibi. Le gouvernement pakistanais est sous pression, d’un côté avec la communauté internationale qui demande sa libération, et de l’autre, à l’intérieur du pays, avec les islamistes, qui demandent son exécution. Sa vie ne tient qu’à un fil, même en prison, où elle pourrait être assassinée, en représailles.


A relire :
Article sur l’attentat de Lahore, le dimanche 27 mars 2016 : Attentat de Lahore : les chrétiens étaient visés
Article : Au Pakistan, les chrétiens persécutés au nom de la loi anti-blasphème