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Le Vatican et l’islam : des relations qui s’améliorent

Le 23 mai 2016, le pape François va recevoir pour la première fois au Vatican le cheikh Ahmed al-Tayeb, grand imam d’Al-Azhar, plus haute autorité de l’islam sunnite dans le monde. Retour sur trente ans de relations entre le Saint-Siège et l’islam.

Le cheikh Ahmed el-Tayeb, Grand Imam de l'Université d'Al-Azhar / CC
Le cheikh Ahmed al-Tayeb, Grand Imam de l’Université d’Al-Azhar / CC

Jean-Paul II : un pontificat porté sur le dialogue interreligieux

Depuis 1985, le Vatican a multiplié les signes de rapprochement avec les autres religions, notamment l’islam. Jean-Paul II fut le premier pontife à s’adresser directement aux musulmans. ce fut le 19 août 1985, au stade de Casablanca au Maroc. Devant 60 000 jeunes Marocains réunis pour les jeux pan-arabes, il a rappelé que « c’est en Lui que nous croyons, vous, musulmans, nous, catholiques « . En 1986, à Assise, le futur saint instaura la Journée interreligieuse pour la paix.

L’année 2000, celle du Jubilé, verra des visites marquantes du Saint-Père au Moyen-Orient.  En février, il se rendit au Caire, à l’université d’al-Azhar, le plus important centre théologique de l’islam sunnite (sans pour autant rencontrer le Grand Imam), puis en mars, il effectua un voyage en Terre sainte et visita l’esplanade des Mosquées à Jérusalem. « Haram al-Sharif est liée à la mémoire d’Abraham qui pour tous les croyants est un modèle de foi en Dieu tout puissant », déclara alors Jean-Paul II, accueilli sur l’esplanade par le Grand mufti de Jérusalem. En 2001, il se rendit à la mosquée des Omeyyades à Damas.

Des comités permanents pour le dialogue interreligieux ont été créés en 1995 et 1998 entre le Saint-Siège, les organisations islamiques internationales et l’université du Caire Al-Azhar. Lors de son voyage en Syrie, en mai 2001, Jean-Paul II visita la Grande Mosquée des Omeyyades, à Damas.

Benoît XVI : l’erreur de Ratisbonne

Les relations entre la Vatican et la Grande Université du Caire étaient interrompues depuis 2011, celle-ci ayant ayant réagi avec force à une prise de position publique de Benoît XVI après un attentat meurtrier contre une église copte orthodoxe d’Alexandrie. La pape émérite avait alors dénoncé « les discriminations, les abus et l’intolérance religieuse qui frappent aujourd’hui en particulier les chrétiens » et appelé les autorités égyptiennes à mieux assurer leur protection.

Déjà en 2006, lors d’un discours à l’Université de Ratisbonne en Allemagne, Benoît XVI avait « choqué » le monde musulman pour des propos jugés « maladroits ». En effet, il cita et discuta un argument fait par l’empereur byzantin Manuel II Paléologue tiré d’un dialogue qu’il avait avec un érudit persan en 1391 à propos du djihad, mais aussi sur des commentaires faits par Théodore Khoury, qui publia le dialogue de l’empereur auquel le Souverain Pontife se référait. Benoît XVI utilisa l’argument de Manuel II pour décrire une distinction entre le point de vue chrétien, tel que l’exprime Manuel II, selon laquelle « ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu » et du point de vue de l’islam, comme l’explique Khoury, que Dieu transcende les concepts tels que la rationalité.

On pouvait en effet comprendre que Dieu, qui est amour, ne peut voir la vraie foi se répandre par la guerre (le Djihad) et la violence. Benoît XVI était alors accusé d’avoir lié la foi musulmane à la violence.

François : la relance du dialogue

Le dialogue a repris petit à petit après l’arrivée de François au trône de Saint-Pierre. Quelques mois après son élection, il décida « comme expression d’estime et d’amitié envers tous les musulmans » de signer lui-même le traditionnel message envoyé à l’occasion du Ramadan. En octobre 2013, François reçoit le grand mufti du Caire au Vatican.

En mars 2014, un représentant de la mosquée, Mahmoud Azab, avait ainsi participé à une initiative interconfessionnelle pour lancer un réseau de lutte contre toutes les formes d’esclavage moderne et de traite des personnes. « Le dialogue n’a jamais été coupé, il était juste suspendu », avait-il alors assuré.

En novembre 2014, de retour de Turquie, François fit le vœu que « tous les dirigeants musulmans du monde, politiques, religieux, universitaires, se prononcent clairement et condamnent la violence [djihadiste] qui nuit à l’islam ». Un mois plus tard, le cheikh Ahmed al-Tayeb dénonce le faux islam et la barbarie de Daesh au terme d’une conférence internationale sur « la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme » organisée à Al-Azhar en présence de plus de plus 700 chercheurs, responsables politiques ou religieux venant de 120 pays.