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Journées du patrimoine, à la découverte de l’église de la Madeleine

Dans le cadre des journées du patrimoine, la Madeleine laisse évidemment ses portes ouvertes. L’occasion de redécouvrir l’histoire de cette église qui a bien failli ne jamais voir le jour.

Avec Amaury Coutansais-Pervinquière

Elle devait être un temple maçonnique sous Napoléon I er, un temple à la gloire de sa grande Armée, puis une gare. Il faudra attendre 1845 pour qu’elle devienne l’église de la Madeleine. Avec une architecture atypique, la Madeleine est gigantesque: 108 mètres de long, une hauteur de 30 mètres soutenues par les 52 colonnes corinthiennes qui entourent l’édifice actuelle.

Monter, démonter, remonter

En 1757, il n’y a plus d’églises dans le quartier. Le Duc d’Orléans demande alors à Pierre Contant d’Ivry, son architecte, de dessiner les plans de la futur Madeleine. Il opte pour une église en croix latine surmontée par un dôme. Louis XV posera la première pierre six ans plus tard. Seulement voilà Pierre d’Ivry meurt, les nouveaux architectes se multiplient mais l’arrivée de la Révolution Française stoppera tout travaux. Puis vient l’ère Napoléonienne… Un temple, dans un premier temps, est dessiné pour son armée, pour cela on rase tout ce qui a été fait précédemment. Puis Napoléon décide que ce sera finalement une église, « c’est aux prêtres qu’il faut donner nos temples à garder : ils s’entendent mieux que nous à faire des cérémonies et à conserver un culte. Que le Temple de la Gloire soit désormais une Église : c’est le moyen d’achever et de conserver ce monument. » dira-t-il à l’intendant général Montalivet. Quand les Bourbons reviennent sur le trône, les fondations sont faites, et les murs commencent à peine à s’ériger.  Louis Philippe songea à en faire une gare avant de confirmer que ce sera une église. Quinze ans plus tard, la Madeleine fait enfin face au Palais Bourbon.

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Un bloc d’1m50 s’est décroché d’une des corniches. ©Amaury Coutansais-Pervinquière – Radio Notre Dame

La Madeleine vieillit mal

Entre la construction de ses fondations et aujourd’hui il y a eu les lignes 8 et 12 du métro, un parking et un magasin Darty. Autant souligner que tout s’affaisse un brin. Le légendaire échafaudage de l’entrée de la Madeleine a été « posée en août 1999. Ce n’est pas un échafaudage pour faire des travaux, c’est un échafaudage de sécurité. Pour réparer et enlever cet échafaudage, c’est environ 3,5 millions d’euros. Cela permettrait de refaire le linteau. Si on refaisait l’ensemble de la façade, c’est dans les 10 millions. » explique le Père Horaist, curé de la paroisse. Quand aux portes, qui ont été coulées dans trois tonnes de bronze, elles n’ont l’autorisation d’être ouverte parce que cet échafaudage existe, « ça évite que le linteau s’affaisse sur la partie sommitale, ce qui empêcherait le maniement des portes »Tout autour, même problème, les pierres se décrochent, « il y a des filets pour la mise aux norme des barrières européennes. Sur la corniche qui va être refaite, les filets ont été rajoutés. Ils tiennent des pierres qui faisaient 1m50 de long. Ça a été rajouté il y a deux ans, à cette occasion ils ont remis ces casemates pour protéger les entrées des portes du soubassement, pour éviter que des pierres tombent sur les gens. » explique Pierre-Jacques Goujon, vice-président de l’association Madeleine 2000.

La Madeleine est propriété de la Mairie de Paris. C’est à ce titre qu’Anne Hidalgo et son conseil ont décidé d’allouer un budget à l’église. C’est la ville qui paye pour les réparations qui vont être réalisé sur les corniches.

Peu de peintures, beaucoup de sculptures

Le maître-autel ©Amaury Coutansais-Pervinquière - Radio Notre Dame
Le maître-autel ©Amaury Coutansais-Pervinquière – Radio Notre Dame

Une fois rentrée dans l’église, même constat. Des filets recouvrent les coupoles,  » ils sont la depuis une vingtaine d’années. La mairie les a fait nettoyer il n’y a pas longtemps, du coup on voit un plus au dessus de nous. Elle a aussi fait nettoyer les fonds baptismaux » rajoute le père Horaist. Gris sale avant, les voilà redevenus comme neuf. A gauche, le baptême du Christ surplombe l’entrée. Sculpture de Rude ( sculpteur aussi du Départ des volontaires à l’arc de triomphe), c’est un des chefs d’oeuvre dont regorge l’église avec le mariage de la Vierge de Pradier (XIX ème siècle). Les statuts ont été nettoyé par, là encore, la mairie, pour la partie technique mais la note a été réglée par l’association Avenir Paris Madeleine, créée par la paroisse.  Au fond, c’est le maître-autel qui a aussi retrouvé de sa superbe grâce à la fondation Sainte Opportune. Chef d’oeuvre du sculpteur italien Carlo Maroccheti, « les travaux ont été réalisés par des services de la ville de Paris  mais la prise en charge financière, c’est la fondation » complète le Père Horaist. Mais avant d’arriver à ce maître-autel, il faut parcourir la centaine de plaques de marbre qui recouvre le sol. Elles sont en bon état et pour cause, la ville « a pris sur son budget pour les restaurer . A la Madeleine il y a beaucoup de marbres différents, cela a nécessité un travail de recherche minutieux. On apprécie beaucoup cette restauration qui a été faite l’année dernière » nous explique le curé.

Il reste un dernier bijou dans l’église, son orgue, classé monument historique. Construit par le célèbre Aristide Cavaillé- Coll, c’est la troisième production de l’organier après Saint Denis et Notre Dame de Lorette à Paris . La musique est une composante importante de la Madeleine. Bien qu’encore marqué par l’esthétique classique du XVIII ème siècle, l’orgue de La Madeleine, par ses sonorités et ses innovations, est, plus que ses prédécesseurs, un instrument nettement orienté vers ce que sera l’Orgue Français de la seconde moitié du XIX° siècle. L’organiste actuel est François-Henri Houbart.

Si vous souhaitez voir toutes ses œuvres, n’hésitez plus, la Madeleine organise des visites pour la journées du patrimoine. Et pas d’inquiétude, l’église est sécurisée, il sera peut-être  l’occasion de venir voir de plus près les dégâts du temps et pourquoi pas, contribuer à rendre, à la Madeleine, son âme d’antan.

 

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