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Des femmes diacres ? Le pape François veut une commission pour étudier la question

Publié le par Marion Duchene

La question avait déjà été soulevée lors du synode sur la famille. Le Saint-Père annonce la mise en place d’une commission chargée d’étudier l’ordination des femmes au diaconat.

pape françois femmes diacres
@Filippo Monteforte – AFP

Une surprise ? Pas vaiment quand on se souvient que la question avait déjà été soulevée le 6 octobre dernier par l’archevêque de Gatineau, Mgr Paul-André Durocher, lors du Synode sur la famille : le pape François a donc annoncé la mise en place d’une commission pour étudier la question de l’ordination diaconale des femmes. Ce jeudi 12 mai 2016, le Saint-Père rencontrait en effet les dirigeantes de congrégations et d’odres religieux féminins. Tout est parti d’une interpellation de l’une des participantes demandant au pape François pourquoi l’Eglise n’acceptait pas les femmes au diaconat. Elle a alors suggéré la création d’une commission. Suggestion aussitôt reprise par le Saint-Père : « Constituer une commission officielle pour étudier la question ? Je crois, oui. il serait bon pour l’Eglise de clarifier ce point… Je ferai en sorte qu’on fasse quelque chose comme ça… Il me semble utile qu’une commission étudie la question », a-t-il ajouté.

Le diaconat des femmes dans l’histoire

La diaconat s’est rapidement dévelopé, avec le christianisme naissant, pour répondre à l’ensemble des besoins d’une communauté dans un lieu donné : enseignement, charité, administration, liturgie, soin des malades,… autant de domaines attestés dans l’Eglise orientale dès le IVe siècle. Du côté de l’Occident, des femmes diacres sont mentionnées dans des écrits datant du Ve et Vie siècles, mais par la suite, trois conciles vont interdir l’ordination des femmes au diaconat. Au Moyen Âge, le diaconat devient une étape transitoire vers la prêtrise, avalé par l’émergence des ordres religieux. Le diaconat permanent n’est instauré qu’en 1965 avant le Concile Vatican II : il est défini comme un ministère ordonné pour les hommes mariés et pour les hommes célibataires. En 1994, dans sa Lettre apostolique « Ordinatio Sacerdotalis », Jean-Paul II rappelait que l’Eglise n’avait « aucune autorité du tout » pour ordonner des femmes prêtres, un texte marqué par l’infaillibilité pontificale selon la Congrégation de la doctrine de la foi. De quoi fermer définitivement la porte à toute réflexion sur le sujet. Pourtant, en 2009, Benoît XVI a modifié l’article 1009 du droit canonique, dissociant ainsi la définition du diaconat de celle concernant les prêtres et les évêques (Motu proprio Omnium in mentem) : « Ceux qui sont constitués dans l’Ordre de l’épiscopat ou du presbytérat reçoivent la mission et la faculté d’agir en la personne de Christ Chef, les diacres en revanche deviennent habilités à servir le Peuple de Dieu dans la diaconie de la liturgie, de la Parole et de la charité ». On le voit, la question est donc loin d’être tranchée.

La réponse du pape François, publiée par le Saint-Siège :

« Cette question va dans le sens du ‘faire’: les femmes consacrées travaillent déjà tant pour les pauvres, elles font tant de choses… dans le ‘faire’. Et cela touche le problème du diaconat permanent. Quelqu’un pourra dire que les ‘diaconesses permanentes’ dans la vie de l’Eglise sont les belles-mères [rires]. En effet il y a cela dans l’antiquité : c’était un début… Je me souviens que c’était un thème qui m’intéressait assez quand je venais à Rome pour les réunions, et que je logeais à la Domus Paul VI; là il y avait un théologien syrien qui a fait l’édition critique et la traduction des Hymnes d’Ephrem le Syrien. Et un jour je lui ai posé des questions sur cela, et il m’a expliqué que dans les premiers temps de l’Eglise il y avait quelques ‘diaconesses’. Mais qu’est-ce que sont ces diaconesses ? Avaient-elles l’ordination ou non ? Le Concile de Chalcédoine (451) en parlait mais c’est un peu obscur. Quel était le rôle des diaconesses en ces temps ? Il semble – me disait cet homme, qui est mort, c’était un bon professeur, sage, érudit – que le rôle des diaconesses était d’aider au baptême des femmes, l’immersion, elles les baptisaient, pour les convenances, aussi pour faire les onctions sur le corps des femmes, lors du baptême. Et aussi une chose curieuse : quand il y avait un jugement matrimonial, que le mari frappait la femme qui allait se plaindre à l’évêque, les diaconesses étaient chargées de voir les bleus laissés sur le corps de la femme par les coups du mari et d’informer l’évêque. Cela, je m’en souviens. Il y a quelques publications sur le diaconat dans l’Eglise, mais ce n’est pas clair sur comment c’était (à l’époque). Je crois que je demanderai à la Congrégation pour la doctrine de la foi qu’elle me fasse un compte-rendu des études sur ce thème, car je vous ai répondu seulement sur la base de ce que j’avais entendu de ce prêtre qui était un chercheur érudit et reconnu, sur le diaconat permanent. Et en outre je voudrais constituer une commission officielle qui puisse étudier la question : je crois que cela fera du bien à l’Eglise d’éclairer ce point; je suis d’accord, et j’en parlerai pour faire quelque chose de ce genre ».

Sources : Atlantico, I.Media