le direct Musique sacrée

« La chapelle de l’ancien hôpital Laennec a perdu son âme »

La chapelle de l’ancien hôpital Laennec a ouvert ses portes à l’occasion des Journées européennes du patrimoine 2016. C’était la première fois depuis les travaux en 2011.

Visiter la chapelle de l’ancien hôpital Laennec, c’est impossible depuis plus d’une dizaine d’années. Le bâtiment a beau être un monument historique, il est désormais dans le domaine privé, et son propriétaire en interdit l’accès au public.

La chapelle Laennec au 42 rue de Sèvres à Paris. Crédits : Camille Meyer - Radio Notre Dame
La chapelle Laennec au 42 rue de Sèvres à Paris. Crédits : Camille Meyer – Radio Notre Dame

En 2002, l’hôpital Laennec est vendu, ainsi que les hôpitaux Broussais et Boucicaut, par l’AP-HP. Les ventes permettent de financer l’hôpital européen Pompidou. L’ancien hôpital Laennec est acquis par le groupe Allianz, un groupe d’assurances international. L’objectif est d’aménager des logements, des bureaux, des salles de conférences et d’expositions. A partir de ce moment là, Allianz ferme les portes de la chapelle et en refuse l’accès aux visiteurs. C’est désormais un monument privé. Plus personne n’y entre.

Une chapelle toujours sacralisée

En 2006, le comité Laennec-Turgot se met en place. L’association revendique la préservation du site et l’accès au public. Arlette Vidal-Naquet est un des membres les plus fervents du comité. Le plus important, le plus scandaleux pour elle : la chapelle n’a pas été désacralisée depuis son passage dans le domaine privé.

« Elle est à la fois toujours sacralisée, toujours cultuelle et c’est maintenant une salle polyvalente dans laquelle repose des hommes qui ont participé à l’histoire de France ».

Parmi eux : Turgot, le célèbre ministre des Finances de Louis XIV. Mais il n’est pas le seul à reposer dans la chapelle Laennec. Jean-Pierre Camus, l’évêque de Belley, Madame de la Sablière, le cardinal de la Rochefoucauld… Autant de personnages illustres de France dont la sépulture se trouve dans la chapelle. Une chapelle qui a bien changé. Aujourd’hui, c’est une salle polyvalente où ont lieu des expositions photos et des défilés.

« Nous tenons à ce que le public puisse pénétrer dans son patrimoine »

L’histoire de l’hôpital et de la chapelle Laennec n’est pas anodine. Les bâtiments furent construit en 1634, pour le peuple. Arlette Vidal-Naquet :

« Le cardinal de la Rochefoucauld a donné au peuple de Paris au 17e siècle ce périmètre de 2 hectares, pour permettre aux nécessiteux d’avoir un fin décente. La chapelle est au milieu du site, et c’est le point stratégique. Grâce à sa situation, les malades pouvaient entendre la messe, peu importe où ils étaient sur le site ».

La chapelle, offerte au peuple, lui est aujourd’hui fermée.

La chapelle Laennec. Crédits : Camille Meyer - Radio Notre Dame
La chapelle Laennec. Crédits : Camille Meyer – Radio Notre Dame

« Nous ne savons absolument pas dans quel état elle est »

La dernière fois qu’Arlette Vidal-Naquet a pu entrer dans la chapelle Laennec, c’était à l’automne 2011.

« La chapelle était nue. Il y avait les sépultures, celle de l’évêque de Belley, les 4 générations de Turgot… Il y avait encore deux peintures. Elles ont du être rendu au musée de l’AP-HP. Mais c’était vide, totalement vide… »

Depuis, les travaux ont commencé, respectant le cahier des charges des monuments historiques. Pourtant, en 2011, la sacristie est totalement détruite. L’information n’est révélée qu’en 2013. Allianz défend une « erreur humaine » : un échafaud s’est effondré lors des travaux. Un scandale pour le comité Laennec-Turgot. Aujourd’hui, les travaux sont terminés.

« La chapelle Laennec a perdu son âme ! »

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, la chapelle a exceptionnellement été ouverte au public. Comme prévu par le groupe Kering, locataire des lieux, lors des travaux, la chapelle est devenue un lieu dédié aux expositions. Ainsi, dans la nef, l’exposition « Echos » s’affiche, avec une sélection de pièce de la collection Pinault.

Vue de l'exposition "Echos". © Diane Arques / ADAGP
Vue de l’exposition « Echos ». © Diane Arques / ADAGP

Arlette Vidal-Naquet a pu se rendre dans la chapelle à l’occasion de ces journées du patrimoine.

« Quand vous arrivez dans la cour d’honneur, le buste de Turgot a disparu. A la place, il y a une maquette montrant les travaux réalisés. En entrant dans la chapelle, il y a quatre Christ crucifiés sur le mur de gauche. Ce sont des Christs en lames de métal tranchant réalisés par Adel Abdessemed. »

Vue de l'exposition "Echos". Hiroshi Sugimoto, The Last Supper. © Diane Arques / ADAGP
Vue de l’exposition « Echos ». Hiroshi Sugimoto, The Last Supper. © Diane Arques / ADAGP

« En face, une autre oeuvre d’un artiste contemporain est exposée : neuf linceuls alignés et sculptés en marbre. C’est une réalisation d’un italien, Maurizio Cattelan. Sur la droite, la salle où reposaient avant les nécessiteux, est désormais dédiée à la maison Balenciaga. 10 années de créations y sont exposées. Et puis, il y a une extrapolation de la dernière Cène de Léonard de Vinci, réalisé par Andres Serrano. »

Le constat d’Arlette Vidal-Naquet et du comité Laennec-Turgot est sans appel.

« Ainsi, l’autel de la chapelle n’est plus visible, toute référence aux malades et au culte est effacée. Cette chapelle toujours cultuelle et sacralisée n’est plus qu’une salle polyvalente. L’exposition dans ce lieu est effroyable, insupportable. La chapelle Laennec a perdu son âme ».  

Au lendemain de cette visite, le combat du comité est plus que jamais d’actualité. « Le pot de terre a fort à faire » conclut Arlette Vidal-Naquet.

Toutes les informations sur le comité et la chapelle Laennec sont à retrouver sur le site : « Laennec-Turgot« 

 


A réécouter

En quête de sensLes pouvoirs publics ont-ils encore les moyens d’entretenir leur patrimoine religieux ?

Rencontre : Patrick Besse, l’homme qui vendait des églises