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Amoris laetitia, les grandes lignes de l'exhortation apostolique sur la famille

Sortie ce vendredi 8 avril, l’exhortation apostolique Amoris laetitia vient synthétiser et conclure les deux sessions de « synode sur la famille » qui ont eu lieu en octobre 2014 et 2015, sans bouleverser le dogme, ni  la théologie.

Avec Marion Duchêne, Juliette Loiseau et Antoine Merminod

Consistant, certes, mais les 325 paragraphes et 260 pages de cette exhortation prouvent bien qu’on ne peut parler d’un sujet aussi primordial, sans un minimum de fond. Radio Notre Dame a décrypté pour vous, cet hymne à la famille du pape François. Pour rappel, à la différence d’une encyclique qui a le plus souvent une valeur d’enseignement et qui peut rappeler la doctrine de l’Église, l’exhortation apostolique présente quant à elle les conclusions du pape à la suite d’une réflexion collective, comme c’est aujourd’hui le cas avec le texte post-synodal.

Le mariage, un sacrement

« Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer » (Mt 19,6). Et c’est d’abord sur le couple que le pape François pose son regard, rappelant, dans un premier temps, l’indissolubilité du mariage. « Cette indissolubilité ne doit pas avant tout être comprise comme un ‘joug’ imposé aux hommes », écrit le Saint-Père, « mais bien plutôt comme un ‘don’ fait aux personnes unies par le mariage ». Faisant référence à Gaudium et spes, le pontife rappelle que pour l’Eglise, le mariage est une « communauté de vie et d’amour ». Une communauté qui trouve ses racines dans le Christ. « Les époux sont consacrés et, par une grâce spécifique, ils édifient le Corps du Christ et constituent une Eglise domestique » (Lumen Gentium). « Le sacrement de mariage n’est pas une convention sociale, un rite vide ni le simple signe extérieur d’un engagement », souligne le pape François, « le sacrement est un don pour la sanctification et le salut des époux, car s’appartenant l’un à l’autre, ils représentent réellement par le signe sacramental, le rapport du Christ à son Eglise ». Aux yeux du Saint-Père, il serait donc approprié de redonner son sens sacré au mariage et à son rituel. Une piste serait, selon lui, à étudier : « nous avons besoin de réfléchir davantage sur l’action divine dans le rite nuptial, qui est bien mise en exergue dans les Églises orientales, par l’accent placé sur l’importance de la bénédiction sur ceux qui contractent le mariage, en signe du don de l’Esprit ». La Sainte Famille de Nazareth, alliance d’amour et de fidélité, comme « leçon de vie familiale », rappelant que la famille a un caractère sacré et inviolable. Le pape en appelle au discernement des pasteurs : « Les pasteurs doivent savoir que, par amour de la vérité, ils ont l’obligation de bien discerner les diverses situations… Tout en exprimant clairement la doctrine, il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition ».

La question des divorcés-remariés

« Accompagner, discerner et intégrer la fragilité ». Voilà en somme ce qui pourrait résumer la question des divorcés-remariés, telle qu’elle est abordée dans le 8ème chapitre de cette exhortation. Sans surprise, même si le pape ne le dit pas explicitement, la question de la communion eucharistique ne change pas. Néanmoins François rappelle « qu’il est important de faire en sorte que les personnes divorcées, engagées dans une union sentent qu’elles font partie de l’Église, qu’elles « ne sont pas excommuniées » et qu’elles se sont pas traitées comme telles, car elles sont inclues dans la communion ecclésiale ». Appelant à davantage d’intégration, les Pères ont signalé « qu’un discernement particulier est indispensable pour accompagner pastoralement les personnes séparées, divorcées ou abandonnées » soulignant la nécessité d’une pastorale et d’une médiation au sein de « centres d’écoute spécialisés qu’il faut organiser dans les diocèses« , précisant un peu plus loin que les divorcés mais non remariées doivent trouver dans l’Eucharistie un soutien. Enfin, le pape souligne la nécessité de « l’intégration pour le soin et l’éducation chrétienne de leurs enfants, qui doivent être considérés comme les plus importants ». Enfin, le pape souhaite que toutes ses personnes se sentent « objet d’une miséricorde imméritée, inconditionnelle et gratuite ».

 

 « on ne devait pas attendre du synode ou de cette exhortation une

nouvelle législation du genre canonique, applicable à tous les cas »

Procréation

La question de la procréation est également un sujet qui a été débattue lors du synode, mais ici encore, la pape n’a pas souhaité changer le dogme. Sur la procréation médicalement assistée (PMA), François est clair : « les époux auxquels Dieu n’a pas donné d’avoir des enfants peuvent néanmoins avoir une vie conjugale pleine de sens, humainement et chrétiennement ». L’enfant « n’est pas un dû, mais un don », insiste le pontife. Sur la Gestation pour autrui (GPA), pas question non plus de changer la position de l’Eglise à ce sujet : « Selon l’ordre de la création, l’amour conjugal entre un homme et une femme et la transmission de la vie sont ordonnés l’un à l’autre »Enfin, sur l’avortement, l’évêque de Rome a également été catégorique : « La famille protège la vie à toutes ses étapes, y compris dès ses débuts ».

 

Sur l’éducation de la sexualité

« On prend trop à la légère l’éducation sexuelle » des enfants et adolescents, dénonce le pape dans son exhortation apostolique. Aujourd’hui, personne n’aide sérieusement les jeunes à se préparer à« un amour grand et généreux » . Le pape reconnait que l’époque dans laquelle nous vivons, où le sexe est banalisé, rend difficile une véritable éducation sexuelle. Cette éducation ne peut « être comprise que dans le cadre d’une éducation à l’amour »Pour le Saint-Père, l’éducation sexuelle faite par les institutions éducatives aujourd’hui, apporte certes des informations aux jeunes, mais comporte plusieurs travers.

Tout d’abord, le pape dénonce que « l’éducation sexuelle se focalise sur l’invitation à se « protéger », en cherchant du « sexe sûr » . Ces messages traduisent pour le Saint-Père une « attitude négative » quant à la finalité de la sexualité. Les jeunes sont ainsi bombardés de messages, pour « qu’ils jouent avec leurs corps et leurs sentiments, comme s’ils avaient la maturité » . Ce qui est totalement irresponsable, pour le Saint-Père, car les jeunes n’ont pas cette maturité. L’éducation sexuelle doit aider les jeunes à développer « un sens critique face à l’invasion de propositions, face à la pornographie incontrôlée et à la surcharge d’excitations ». Toutes ces informations, déforme la capacité d’aimer des jeunes. Pour cela, le pape appelle à enseigner aux jeunes les « diverses expressions de l’amour » : « l’attention réciproque, la tendresse respectueuse, la communication riche de sens » . Tous ces apprentissages sont indispensables pour préparer les enfants et adolescents « au don de soi total et généreux qui s’exprimera après un engagement public. […] L’union sexuelle dans le mariage se présentera ainsi comme un signe d’engagement plénier »Pour le pape, cette éducation sexuelle, mais également affective, doit préserver « une saine pudeur » (virginité), même si « aujourd’hui certains considèrent qu’elle est une question d’un autre âge » .

« l’éducation sexuelle se focalise sur l’invitation à se

« protéger », en cherchant du « sexe sûr » »

L’éducation sexuelle, où l’apprentissage ne doit pas être celui de la sexualité, mais de l’amour et du don de soi, doit également inclure « le respect et la valorisation de la différence » pour le Saint-Père. Féminin ou masculin, chacun doit apprendre à accepter son corps tel qu’il est, tel que Dieu la créé, et à le valoriser, dans sa féminité ou sa masculinité. Cependant, le pape reconnaît que « le masculin et le féminin ne sont pas quelque chose de rigide« , malgré les nombreux facteurs biologiques ou génétiques, mais aussi culturels, familiaux, qui différencie le masculin du féminin. Ainsi pour le Pape, la manière d’être homme du mari, peut s’adapter à la situation de l’épouse, notamment en ce qui concerne le travail. Le pape explique alors que « s’occuper de certains travaux de maison ou de certains aspects des soins aux enfants » ne rend pas le mari moins masculin. Ce n’est ni un échec, ni une honte. Pour le Saint-Père, ces échanges entre l’homme et la femme sont même nécessaires pour le développement de l’enfant. Une rigidité exagérée du masculin ou du féminin n’éduque pas les enfants et les jeunes à une réciprocité concrète, notamment dans les conditions du mariage. Cette rigidité peut également fausser les conceptions, au point « d’amener à considérer comme peu masculin de se dédier à l’art ou à la danse, et peu féminin de s’adonner à une activité de conduite de voitures » . Si ces conceptions n’existent plus dans de nombreuses sociétés, le pape alerte qu’il reste dans ces endroits où elles existent toujours, et où elles nuisent à la liberté et au développement des jeunes. Cette réciprocité et ces échanges entre masculin et féminin font tout aussi partie de l’éducation sexuelle, selon le Saint-Père, que l’éducation à la sexualité et à l’amour.

  Le mariage homosexuel

 Si le pape reconnaît qu’une union civile est possible pour les couples hétérosexuels, il n’y a en l’occurrence aucune sur la question d’un mariage gay. « On ne se rend plus clairement compte que seule l’union exclusive et indissoluble entre un homme et une femme remplit une fonction sociale pleine, du fait qu’elle est un engagement stable et permet la fécondité. Nous devons reconnaître la grande variété des situations familiales qui peuvent offrir une certaine protection, mais les unions de fait, ou entre personnes du même sexe, par exemple, ne peuvent pas être placidement comparées au mariage. Aucune union précaire ou excluant la procréation n’assure l’avenir de la société ». Dans le deuxième chapitre de l’exhortation apostolique, consacrée à la situation actuelle des familles, l’évêque de Rome a insisté sur la protection de la famille, dont la défense de ces droits est « un appel prophétique en faveur de l’institution familiale qui doit être respectée et défendue contre toute atteinte ». Concernant les questions sensibles de l’avortement et de la contraception, François a rappelé la ferme position de l’Église qui « rejette de toutes ses forces les interventions coercitives de l’Etat en faveur de la contraception, de la stérilisation ou même de l’avortement ». Le pontife a également traité dans ce même chapitre la question de l’amour au sein du couple. « L’amour cohabite avec l’imperfection, il l’excuse, et il sait garder le silence devant les limites de l’être aimé ». Le pape a ainsi insisté sur le fait que l’amour conjugal provoque irrémédiablement des péchés mais que ceux-ci sont pardonnés.