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11 mai 1940 : Guy de Larigaudie tombe au champ d'honneur

Il y a 76 ans, Guy de Larigaudie tombait au champ d’honneur. Scout, journaliste, écrivain, aventurier, il a laissé un testament spirituel qui a marqué le  scoutisme.

Guy de Larigaudie en 1932
Guy de Larigaudie en 1932

« Tout se joue dans la plénitude de l’amour de Dieu. Peu importe que l’on soit moine ou marié, coureur d’aventure ou biscuitier, il n’est que l’amour qui compte« . Guy Bouille de Larigaudie n’a été ni moine, ni marié, il est mort pour la France sous le regard de Dieu. 

Sa vocation

Quoique la question de la vocation sacerdotale se pose dès ses 18 ans, sa courte expérience au séminaire d’Issy le ramène chez lui, épuisé. Peinant à reprendre ses forces, c’est la montagne qui lui rendra son énergie et son appétit de vie. Guy de Larigaudie se découvre une vocation pour l’écriture. En 1930, il doit faire son service militaire, la vie au grand air lui plaît, il se passionne pour les chevaux, « il faut coller à la vie comme à un cheval » disait-il, mais démobilisé l’année suivante, il se retrouve sans emploi, à 24 ans. 

« Savoir sourire : quelle force d’apaisement, force de douceur,

de calme, force de rayonnement ! »

(Guy de Larigaudie)

N’oubliant pas cette vocation, née dans les Alpes, Guy de Larigaudie se présente chez les Scouts de France, proposant les quelques manuscrits qui se trouvent dans sa besace, il rencontre Maurice de Lansaye, alors rédacteur en chef. Ce dernier lui commande ce qui sera « Yug », les aventures d’un jeune garçon, vivant il y a des milliers d’années, et tentant de rester en vie chaque jour. Une amitié naît, la plume de Larigaudie plaît. C’est à cette époque qu’il va diriger la troupe de Montmartre. Dévoué, proche de ses chefs de patrouille, il prie régulièrement pour eux et organisent de nombreux jeux. Le scoutisme l’inspire, il écrit « l’Ilôt du grand étang » ou encore « Raa la Buse » (éditions Feu de camps). En 1933, il quitte la troupe pour la Route où il découvre les écrits de Badden-Powell (« la Route du succès »). Le 24 décembre, il prend son départ routier recevant ainsi les trois flots. Ce flot rouge, « couleur de dévouement et de sang versé, les deux seules choses dont tu ne dois pas être économe », Guy ne le saura que plus tard…

« Le Ciel sera l’épanouissement de toutes les beautés, la vie nous y conduit par un chemin dont nous ignorons la longueur, mais pourquoi m’attrister d’avancer sur cette route puisque la lumière est au bout » (Guy de Larigaudie)

Le Routier de légende

L’appel de l’aventure le rattrape, il part en Autriche, en Australie, aux Etats-Unis mais sa plus belle aventure restera le raid Paris-Saïgon. Avec le routier Roger Drapier, il prend le risque de traverser une partie du monde avec une Ford d’occasion, de 19 CV affichant 70 000 km au compteur et rebaptisée « Jeannette ». L’aventure folle sera menée à son terme. En uniforme scout, ils vont passer par Genève, Vienne, Budapest, Belgrade,l’Afghanistan, traverser le delta du Gange, franchir la chaîne Birmane, un véritable exploit. Lors de son retour, il racontera son voyage à un journaliste de Radio Paris et sortira un livre qui décrira leurs aventures (« La route aux aventures »). Même si il a « mené l’aventure d’un bord à l’autre des cinq continents » avec cette vitalité et cette sensibilité à la Création, Guy de Larigaudie n’en ai pas pour autant libéré. Prisonnier de lui-même, il publie « Etoile au grand large ». Un recueil de ses pensées, de ses rencontres, de cette vie spirituelle intérieure qui marquera, plus tard, le scoutisme.  

En septembre 1939, il rejoint le 11 ème régiment de cuirassier du camp de Mailly lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate. Affecté, à sa demande, à un groupe de reconnaissance, il se retrouve en combat rapproché, le 11 mai 1940 près de Musson (Belgique) face à l’armée allemande. Touché, il tomba au champ d’honneur, sur lui on retrouvera cette lettre, adressée à sa confidente spirituelle : 

« Ma Sœur,

Me voici maintenant au baroud. Peut-être n’en reviendrais-je pas.

J’avais de beaux rêves et de beaux projets, mais, n’était la peine immense que cela va faire à ma pauvre maman et aux miens, j’exulte de joie. J’avais tellement la nostalgie du Ciel et voilà que la porte va bientôt s’ouvrir.

Le sacrifice de ma vie n’est même pas un sacrifice, tant mon désir du Ciel et de la possession de Dieu est vaste.

J’avais rêvé de devenir un saint et d’être un modèle pour les louveteaux, les scouts et les routiers. L’ambition était peut-être trop grande pour ma taille, mais c’était mon rêve.

… Il n’est plus maintenant que de courir joyeusement ma dernière aventure »