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Laurent Gay : "je n'avais pas le passeport pour aller au Ciel" / partie 1

Héroïne, shit, cannabis ont été son quotidien pendant des années. Aujourd’hui loin de tout ça, Laurent Gay raconte son parcours incroyable jusqu’au Seigneur. Témoignage

« Au fond de mon coeur, il n’y avait rien, un vide intérieur« . Laurent a 12 ans quand il pète son premier joint. Une famille sans histoire, qui ne manque de rien, « on a été élevé comme deux enfants uniques, mon frère est parti assez tôt de la maison ». Le petit dernier vit mal l’idée de voir son aîné partir. Encore plus seul, Laurent veut devenir quelqu’un, il se drogue, appartient à un groupe, veut ressembler aux autres… le début d’une longue descente aux enfers.  « Le problème quand on commence là dedans,  je suis rentré dans un mensonge sur ma propre vie, et puis plus je commençais à me droguer et plus la réalité… je vivais dans un monde qui n’était pas une réalité. C’est terrible à dire mais ça me rassurait de me droguer. C’est là que le fossé a commencé à se creuser ; entre ce que je vivais dans le monde des drogues et ce que je vivais dans ma vie et la réalité autour de moi. Ma famille, j’ai commencé à leur mentir, je suis devenu un « mauvais garçon ». j’ai ouvert des portes à des choses mauvaises et c’est rentré en moi et ça m’a volé beaucoup de choses et du coup j’étais complètement perdu. » La drogue pour donner un sens à sa vie, l’héroïne va en faire un caïd. Voler pour se payer sa dose, Laurent le fait régulièrement. Ses parents sont dépassés, déscolarisé dès la 4 ème, il est envoyé dans un lycée professionnel « sûrement le premier clin d’œil de Dieu, c’était un lycée juif, j’étais le seul « goy » mais bon l’école c’était pas mon truc, et j’ai eu des ennuis avec la justice à 17 ans pour une affaire de cambriolage, on me mettait 13 mois ferme… » 

« Il y a une phase quand on est drogué que j’appelle lune de miel,

c’est-à-dire qu’on pense qu’il n’y a pas véritablement de problèmes »

Une mise au vert

Laurent veut échapper à la case prison, il demande alors son service militaire anticipé, « l’armée n’a pas voulu de moi, passé de délinquant, ça a été terrible pour mon père« . Finalement il échappera à la prison mais sa situation ne s’arrange pas, vivant parfois dans la rue, en situation de manque, il est poussé vers une cure de désintox. « Il y a une phase quand on est drogué que j’appelle lune de miel, c’est à dire qu’on pense qu’il n’y a pas véritablement de problèmes, qu’on gère son produit alors qu’en fait on est dans le déni et il y a cette deuxième phase où on se rend compte de la dépendance et on se retrouve dans des situations de manque ». Ses parents le voyant plonger, l’envoient à la campagne, dans de la famille éloignée. Là-bas, Laurent reprend des forces et rencontre une jeune femme, « j’ai toujours eu l’impression d’être né du mauvais côté de la rue, j’ai toujours pensé que le bonheur était une option et pourtant avec cette fille, on a commencé une belle histoire mais ça n’a pas duré ». Voulant construire quelque chose ensemble, Laurent et Florence retournent sur Paris mais il faut de l’argent. Laurent retourne dans le trafic de drogues et replonge. « Ce qui est terrible c’est qu’on va vivre ensemble avec Florence, elle va demander de choisir entre elle et la drogue et malheureusement c’est un choix que je n’ai pas pu faire. Alors, elle a voulu ressentir ce qu’on sentait et même si je sentais ce que la drogue faisait à mon corps, comment elle l’abîmait, je ne voulais pas que Florence s’abîme mais c’est dure de dire non à quelqu’un quand vous vous le faites. Du coup, elle a commencé à toucher à la drogue. Et là ça a été une descente aux enfers, parce qu’un toxico seul c’est déjà un problème, un toxico en couple…. notre vie est devenue un fait divers au quotidien. On a goutté la rue tous les deux, c’était insupportable. » Un traitement de substitution va leur permettre de retoucher terre, avoir une vie « normale ». Le matin, Laurent boit de l’alcool pour ne pas trembler mais au fur et à mesure, ils retrouvent une vie sociale, se projettent, et veulent un enfant. Il a 23, elle en a 20, « à son quatrième mois de grossesse, j’étais fier, j’avais l’impression de faire quelque chose de bien, sauf que le couperet est tombé, à cause de la drogue« . Florence a le SIDA, les médecins estiment que c’est trop risqué pour le bébé, elle subit une intervention thérapeutique de grossesse, leurs vies basculent. 

« Je me posais des questions, je me disais que j’avais fait tellement de mal que je ne savais pas

si je méritais d’aller là-haut, je n’avais pas le passeport pour aller au Ciel. »

L’Ascension

A même pas 25 ans, le couple ne voit plus qu’un seul choix : choisir comment ils vont mourir. Ils n’attendent plus rien de la vie, Laurent alterne entre overdoses et problèmes avec la justice. Cette fois, il n’échappe pas à la prison, « ils détectent les toxicos quand on arrive là-bas, j’apprends que je suis aussi séropositif. Fresnes, c’est le choc, la saleté, c’est une prison dure, là-bas, j’ai commencé à avoir des envies de mort, des angoisses« . Il ne veut pas mourir en prison et prévoit de se suicider, « je me posais des questions, je me disais que j’avais fait tellement de mal que je ne savais pas si je méritais d’aller là-haut, j’avais pas le passeport pour aller au Ciel. J’avais un cas de conscience, je me disais si je ne vais pas au paradis, je vais aller où ». Cette question du salut le torture. « C’était horrible, je me disais que ça se trouve j’allais aller dans un endroit encore pire qu’en prison. Alors là j’ai crié vers Dieu, sans même savoir si c’était lui et je me suis mis à chialer, j’ai pleuré comme un enfant ». Touché au cœur par l’amour d’un Dieu qu’il ne connaît pas, deux mots viennent se graver : confiance et espérance. Des mots qui, à ses yeux, ne veulent rien dire et qui vont pourtant le marquer. Une expérience de foi qui va le transformer « Jésus m’a sauvé la vie parce que je ne voulais plus m’ouvrir les veines et du coup chaque soir je me m’étais dans une attitude de prière c’est-à-dire dire que je me concentrais…. ça me rassurais et en même temps je ne ressentais rien d’autre des choses que j’avais pu ressentir le fameux soir. Mais voilà je parlais, c’était ma prière. J’avais cette petite lumière au fond de mon cœur mais ce n’était pas totalement éclairé parce que je ne n’avais aucune connaissance de Dieu. » Une lueur c’est allumée, une lueur qui ne cessera jamais…. 

La suite du témoignage de Laurent Gay à venir.

 

Mise en page 1

 

Arraché à l’enfer

La résurrection d’un toxico

Date de parution : 28-05-2007

Editions des Béatitudes
Livre papier : 10,10 €
Livre numérique : 7.49 €