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Jacques Fesch : "dans cinq heures, je verrai Jésus !"

« Dans cinq heures, je verrai Jésus ! Qu’il est bon Notre Seigneur ». Parole d’un condamné à mort, qui en prison, va redécouvrir sa foi. Une affaire, dans les années 50, qui va défrayer la chronique.  Aujourd’hui, Jacques Fesch a une procédure canonique de béatification à son nom.

Le 25 février 1954, à Paris, Jacques Fesch est un jeune bourgeois qui veut deux millions de francs. Sa dernière lubie, c’est un voilier pour partir sur les îles, son père refuse de le financer alors Jacques va braquer un courtier en monnaie. Sauf que rien ne se passe comme prévu. S’il parvient à fuir avec l’argent qu’il vient de voler à Silberstein, il va croiser le gardien de la paix, Jean-Baptiste Vergne. Avec l’arme dans sa poche, alors qu’il ne voit plus rien (Jacques Fesch est myope et ses lunettes sont tombées dans sa fuite), il tire, sans vraiment viser. Vergne prendra la balle en plein cœur et tombe, mort sur le coup. Jacques Fesch sera interpellé quelques minutes plus tard. A son procès, le verdict est sans appel, ce sera la peine de mort. Il attendra trois ans que le couperet tombe.

Réécouter Réécouter Le Grand Témoin avec Quentin Toury-Fesch, petit-fils de Jacques Fesch. Il présente les Œuvres complètes de Jacques Fesch (Cerf).

Une conversion fulgurante

En prison, à la première visite du père Devoyod, aumônier du lieu, Jacques Fesch affirme qu’il n’a pas la foi et dit : « je pensais que le chaos final engloutirait tout et que rien n’est bon ni mauvais dans le monde où les sensations fortes ont de la valeur« . Et pourtant à Dieu rien d’impossible ! Si certains disent que ce rapprochement avec Dieu est le seul secours dans son isolement, Fesch s’en défend:  » ils ont tous l’air de considérer ma foi comme un phénomène auto-suggestif, amplifié par le moment présent exceptionnel que je suis en train de vivre ! « . Les apparitions de Fatima seront son premier livre de chevet « catho ». Un livre qui le pousse à déposer les armes et amorce son retour à la foi. Le 28 février 1955, après un temps au parloir, Jacques « évoque une douleur affective très forte (…) certaines choses de famille » (…) « Ce soir-là, je souffrais réellement pour la première fois de ma vie avec une intensité rare (…) c’est alors qu’un cri jaillit de ma poitrine, un appel au secours: Mon Dieu ! , et instantanément comme un vent violent qui passe sans qu’on sache d’où il vient, l’esprit du Seigneur me prit la gorge (…) j’ai cru, avec une conviction inébranlable qui ne m’a pas quitté depuis…« . Dès lors, se sentant enfin libre, Fesch va vouloir renoncer « à son orgueil aveugle et à ses instincts d’égoïste jouissance« 

Redécouvrant la vie des Saints, il va vivre une véritable rencontre avec Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Fesch vivra ensuite des moments de grandes joies et traversera des déserts et pourtant il n’abandonne pas. S’accrochant à la Bible il dira d’ailleurs que « les vérités ardentes que l’évangile renferme ne le sont que si on les lit avec les yeux de la grâce ». Son procès va dès lors débuter, nous sommes en mars 1957.

Jacques Fesch est conscient de ses actes, veut se repentir et sait qu’il va être condamné. D’ailleurs, il dira qu’il n’attend pas grand chose de la justice et sait quelque part, son sort scellé. Tous les journalistes ne le voient d’ailleurs pas comme un assassin. Dans Libération, Madeleine Jacob dit « que c’est un criminel accidentel. Un récupérable…« . Pas pour la justice, la veille de Pâques, Jacques Fesch est condamné à mort.

 Vivre le présent

Il n’est plus maître de son avenir, seulement du présent. La bataille est rude, Fesch est en plein désert, en colère. Il se bat contre Satan, qu’il nommera 11 fois dans son journal. Il va finir par s’abandonner totalement à Dieu et écrira « Joie, joie, joie, et grâces soient rendues à Dieu. Depuis trois jours, j’ai de nouveau la foi (…) pour la deuxième fois dans ma vie les écailles me tombent des paupières et je connais à nouveau combien le Seigneur est doux ».

Jacques Fesch est comme le « bon larron sacrifié« , (St Luc 23,39-43) « L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! ». Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »  Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. ». 

Dans les dernières heures de sa vie, il écrira. D’abord à son aumônier, Fesch se sent « l’âme en paix et le cœur ferme » au terme de sa vie. Dans son journal, il est passé de la joie à des périodes d’angoisse et se confie à la Sainte Vierge. Le 1er octobre à 5 heures du matin, on vient le chercher pour l’échafaud. Sans haine, il marchera dignement vers la potence, offrant sa vie. Ses écrits donneront « Lumière sur l’échafaud » qui touche de nombreux jeunes. Mgr Lustiger parle de la possible béatification de Fesch en 1986. En 1993, les journaux se déchaînent, le Figaro titre « Tout criminel peut-il devenir saint ? « . Et pourtant, son cheminement spirituel est un voyage, le dossier de béatification est en cours mais il reste quelques centaines de lettres à vérifier avant que le dossier aille à Rome.