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Éduquer par le football : « créer des champions et non des vedettes »

L’Euro 2016, c’est parti jusqu’au 10 juillet. Le diocèse de Paris a organisé ce 9 juin une table-ronde au Collège des Bernardins. Le thème : « Comment éduquer par le foot, aujourd’hui ? », en présence de personnalités du monde du sport et de l’éducation.

« Tous les talents que j’ai c’est grâce à mes parents et grâce à Dieu ». Ces paroles sont celles d’Anthony Martial, le joueur de Manchester United et de l’Equipe de France. Cette déclaration est significative des liens que peuvent avoir la foi et le sport, thème central de la table-ronde qui s’est déroulée au Collège des Bernardins le 9 juin. Autour d’Arnaud Bouthéon, le co-fondateur de « Sens Commun » (le mouvement politique issu de la Manif pour tous) étaient conviés l’ancien entraîneur de Liverpool Gérard Houllier, la déléguée générale de la « FondaCtion du football » Nathalie Boye de la Tour, l’ancien gardien du RC Lens Guillaume Warmuz ainsi qu’un prêtre spécialiste des relations entre le football et la foi, le père René Pichon.

Conduire les jeunes, mais vers quel univers ?

« L’éducation par le foot est une réalité », insiste Nathalie Boye de la Tour. Ce sport dont 1 million des licenciés ont moins de 18 ans est en effet le troisième milieu éducatif en France. Pour Guillaume Warmuz, l’éducation cela veut dire « délaisser sa première nature animale » pour ainsi « contrôler ses passions ». Le père René Pichon est plus catégorique : pour lui, éduquer c’est « conduire vers et au-delà » pour arriver à un « dépassement de soi ». Une bonne éducation serait alors selon lui « un effort doublé d’un entraînement et d’une ouverture à la grâce ». Mais dans le sport, il y a aussi la notion d’adversité. « Un bon adversaire, c’est quelqu’un qui me permet de me dépasser », admet ce curé champion de cross-country.

La souffrance : une pédagogie

Gérard Houllier a rappelé les cinq points qui font que le football est le meilleur des sports et que s’il avait eu des enfants aujourd’hui, il leur « ferait jouer au foot ». Premier point, le football est une activité physique, « donc c’est bon pour la santé ». Ensuite, c’est un jeu « donc il y a de la joie ». Mais c’est également un facteur d’intégration, or « il n’y a pas mieux en terme de social » selon l’ancien sélectionneur de l’Equipe de France. Enfin, cela « ne coûte pas cher » et « ce n’est pas aussi agressif que certains autres sport ! » assure celui qui fut champion de France avec le PSG en 1986 et avec l’Olympique lyonnais en 2006 et en 2007.

Les valeurs du football se résument en cinq points, appelé le « PRETS » : Plaisir, Respect, Engagement, Tolérance, Solidarité.

Il y a certes de la joie dans le sport, mais il y a aussi des souffrances… et Guillaume Warmuz peut en témoigner. Victime d’une rupture des croisés antérieurs au genou lorsqu’il était joueur, le champion de France 1998 avec le RC Lens s’est dit qu’il « n’allait peut-être plus jamais jouer ». Cette conscience soudaine, l’a alors ramené vers son baptême, il s’est alors converti : « Je me suis ouvert à la prière et à une vie plus spirituelle », admet-il.

La souffrance, c’est quelque chose qui est très présent dans l’Eglise, par l’aspect de la Croix du Christ notamment et cela montre encore ici à quel point la foi et le sport sont liés. Mais, « à l’inverse parfois des paroisses, les sportifs ont du souffle, du caractère », note le père René Pichon. Il y a un plaisir dans la souffrance qui permet d’aller au-delà de soi-même. Si tu n’éprouves du plaisir dans la souffrance alors tu dois t’arrêter », poursuit l’auteur de L’âme du sport et le sport de l’âme, sport et spiritualité (éditions La Bruyère).

Les idoles : un besoin des jeunes de s’identifier ?

« Ibrahimovic me fascine », admet en riant Gérard Houllier. Ce référant à attaquant suédois et au milieu du FC Barcelone Andres Iniesta, le vainqueur avec Liverpool de la Coupe de l’UEFA en 2001 a remarqué trois types d’égo chez les joueurs : celui qui est « sûr de lui », celui qui n’est « jamais satisfait » et enfin celui qui « a besoin de reconnaissance ». Le rôle de l’entraîneur est ainsi de « lire à travers le joueur » afin de déceler sa personnalité.

Du point de vue des éducateurs du football français, Nathalie Boye de la Tour admet qu’après l’affaire Knysna (lorsque les Bleus avaient refusés de descendre du bus et de s’entraîner lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud en 2010) ces personnes étaient « terrorisées » et qu’ils « avaient honte de dire qu’ils travaillaient dans le foot ». La membre du conseil d’administration de la Ligue nationale de football (LNF) rappelle que le football français compte 400 000 bénévoles dans ses rangs et que c’est donc la première association française en terme de bénévolat.

Dans la gestion des égos, le rôle du capitaine est tout aussi important que celui d’un entraîneur. « Avant, il n’y avait pas de discussion, admet Gérard Houllier. Le rapport a changé entre entraîneurs et entraînés. Le maître-mot c’est savoir dire pourquoi on fait ça. L’entraîneur n’est ni le frère, ni le père, ni le copain« .

Le rôle de l’Eglise dans le sport

Le père René Pichon admet qu’il faudrait « envisager la spiritualité comme un sport » sans oublier que « la vie spirituelle est un entraînement ». Aujourd’hui, les footballeurs ont tendance à afficher leur foi sans complexe. Pour Guillaume Warmuz, la foi catholique c’est « l’ouverture à l’autre » et l’ancien gardien professionnel appelle à « transmettre le message du pape François ». Et comme le note le père Cherrier, FFF c’est aussi « Famille, Foi, Football ». 

Le dimanche 19 juin, environ vingt-cinq paroisses mobiliseront leurs fidèles et leurs voisinages autour de la projection, en leurs murs, du grand match France-Suisse. Pendant l’après-midi, des matchs, des animations, des prières et témoignages seront proposés à tous les participants. Plus d’infos ici.

François Morinière, ancien directeur de la publication de L’Equipe et Cyril Tisserand, fondateur du Rocher étaient les invités de Louis Daufresne dans Le Grand Témoin le 7 juin dernier. Le podcast de l’émission est à réécouter ici.