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Le père Bernard Devert, entrepreneur social de l'année

Avec son projet « Entreprendre pour humaniser la dépendance », le père Bernard Devert a remporté le prix de l’entrepreneur social de l’année. Portrait du fondateur d’Habitat et humanisme.

Bernard DEVERT 12 Guillaume Atger

Sa voix vous est familière, et pour cause : vous l’entendez sur Radio Notre Dame tous les mercredis sur notre antenne dans la chronique qu’il consacre au logement et à l’insertion des personnes en difficultés. Le père Bernard Devert s’est vu remettre à Paris, le 3 février dernier, le prix de l’entrepreneur social de l’année, prix décerné par le Boston Consulting Group et la Fondation Schwab. Il l’a reçu des mains d’Hugues Sibille, président de l’Avise et vice-président du crédit coopératif, pour son projet « Entreprendre pour humaniser la dépendance » qui répond à trois critères : l’innovation (création d’habitats bigénérationnels), la portée de son impact social en France et la viabilité économique du projet.

« Ne surtout pas s’habituer à l’intolérable ! » : voilà plus que jamais le moteur du père Bernard Devert. Né à Lyon en 1947, il est, avec sa sœur jumelle, l’aîné de cinq enfants. Une famille profondément catholique, « un catholicisme à la fois traditionnel », dit-il, « et ouvert sur les questions sociales », sans doute là où les prémices de sa vocation sacerdotale ont vu le jour. « Une vocation sacerdotale qui a mûri durant 20 ans », raconte le père Bernard Devert. « Je pense avoir découvert le Christ, dès l’âge de 20 ans, à un moment donné, il y a eu comme un déclic que je ne peux exprimer par des mots. Mon regard a changé, ma perception de la vie aussi : je suis passé de la foi cérébrale, à la foi tout court, une évidence ». Avant d’être ordonné prêtre en 1987 et de commencer des études de théologie, Bernard Devert a pourtant vécu une autre vie. Des études de droit, en 1973, il devient agent immobilier. Dans un monde où règne la loi du plus fort, il s’impose rapidement au point de monter sa propre société de promotion. Au milieu des années 80, il fait une rencontre décisive : « Je devais reloger une personne âgée pour pouvoir construire, après démolition, un immeuble de standing. Elle s’est retrouvée à l’hôpital suite à une tentative de suicide. Et là, elle m’a dit : ‘Votre argent vos permet de déplacer les personnes sans tenir compte de leur histoire' ». Pour Bernard Devert, c’est l’électrochoc : deux ans avant son ordination sacerdotale, il crée l’association Habitat et Humanisme pour développer le logement des plus démunis dans les quartiers favorisés. Il demande alors à l’abbé Pierre de le parrainer. « Il m’a répondu que je devais aller moi-même au bout de cette idée nouvelle et formidable », se souvient le père Bernard Devert, « en homme de Dieu, il m’encourageait à prendre des risques pour les autres ». 1990 : la loi Besson change la donne et permet à Habitat et Humanisme d’acheter et de réhabiliter des logements pour les personnes en difficultés. Aujourd’hui, l’association gère plus de 3000 logements, rassemble 48 associations locales, 2000 bénévoles, 170 salariés et a permis de reloger plus de 10 mille familles. « Celui qui a l’art de transformer l’impossible en possible » selon ses collègues, poursuit également sa mission pastorale. Il a été aumônier d’un centre anti-cancéreux et il a été chargé par le cardinal Barbarin de développer une pastorale pour les toxicomanes.

Bernard Devert a publié : « Un toit pour mes frères », aux éditions CLB et « Une ville pour l’homme », aux éditions du Cerf.

>> Le père Bernard Devert sera l’invité d’En Quête de sens ce vendredi 26 février à 9h05 : Doit-on inscrire le droit au Logement dans la Constitution ?