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La pollution : « une crise sanitaire majeure »

La France suffoque… Aujourd’hui, la pollution provoque 48 000 décès par an, elle est pourtant bien loin d’être au coeur des préoccupations politiques et citoyennes. Eclairages.

La circulation alternée ? « Ce sont des mesurettes au bilan modeste », affirment le docteur Gilles Dixsaut, médecin membre de la Fondation du Souffle et Olivier Blond, président de l’association Respire (pour la préservation et la qualité de l’air) et membre du conseil d’adminsitration d’Air Parif. Ils étaient tous deux les invités d’En Quête de Sens ce jeudi 15 décembre et ils ne sont pas très optimistes quant à la prise de conscience du danger encouru à long terme. « On omet de parler de la pollution de fond, les médias ne s’intéressent à la question qu’en cas de pic », explique Le docteur Dixsaut, « pourtant les conséquences sur les enfants se feront sentir pour toutes les années à venir ». La pollution est bien « une crise sanitaire majeure », ajoute Olivier Blond.

Des microparticules tueuses

« Au repos, nous respirons 15 000 litres d’air par jour », explique le Dr Dixsaut. « Le système respiratoire se comporte comme un filtre mécanique. Les particules de 0,1 à 0,5 microns sont très mal filtrées. Elles sont immesurables mais responsables d’un certain nombre de pathologies ».  Pire, ajoute le médecin, « il y a des interactions entre les polluants mais aussi entre les polluants et les ultra-violets, en particulier en été, c’est un énorme réacteur chimique dont personne ne tient compte ». Conséquences visibles ou non : la pollution favorise le phénomène allergisant et la fragilité des poumons. Une étude de santé publique l’a récemment mis en exergue : les problèmes respiratoires entraînent un surcoût annuel de 1 à 2 milliards par an dans les dépenses de l’assurance maladie. Chaque année, la pollution fait directement ou indirectement 48 000 victimes. « C’est un peu moins que la cigarette », souligne Olivier Blond, « mais la route fait 10 fois moins de morts que la pollution… L’exemple de la Sécurité Routière est très parlant, nous devrions faire la même chose pour la pollution de l’air ».

Les sources majeurs de la pollution de l’air

Elles sont au nombre de quatre, explique Olivier Blond :

  • Le trafic automobile.
  • Les pollutions industrielles, celles des grandes usines : « en France, c’est modeste », dit-il, « mais pas négligeable notamment dans la Vallée du Rhône et en région parisienne à Porcheville ».
  • Les pollutions agricoles, notammant les pesticides lors des périodes d’épendage, sans oublier les fumiers et les fertilisants.
  • Les combustions, notamment les feux de cheminée.

Lutte contre la pollution : pas de demi-mesure

Pour lutter contre cette pollution, « il ne faut pas des mesures contre-productives, mais radicales », lance le Dr Dixsaut qui voit dans les nouvelles pastilles distribuées aux véhicules un « déni de réalité » : « On donne un certificat à des véhicules qui ne sont pas du tout propres ! ». Le médecin de la Fondation du Souffle cite en exemple la ville de Tokyo au Japon qui a interdit tous les véhicules diesel. Les pays nordiques, eux, « ont un autre état d’esprit que le nôtre, depuis 30 ans, ils privilégient l’intérêt collectif sur l’intérêt particulier ». Pourquoi cela ne marcherait-il pas en France ? « En partie à cause des lobbies », répond Olivier Blond de l’Association Respire. Il estime que si « une révolution technologique est nécessaire, il faut également une révolution des usages » : développer le covoiturage, le vélo électrique et les transports en commun.

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Quand on étouffe au pied du Mont-Blanc : l’exemple de Sallanches

Nathalie Gex est la directrice de l’école primaire Saint Joseph de Sallanches. La ville est située au pays du Mont Blanc au fond de la Vallée de Chamonix. Depuis une dizaine de jours, elle est asphyxiée. « Les récréations sont raccourcies et la course est interdite aux enfants. La confinement est de rigueur à l’intérieur de l’école chaque après-midi », témoigne-t-elle, « les parents se disent inquiets et se sentent impuissants ».

Membre de Annonymoches, Dorothée est maman de deux enfants asthmatiques. Son fils de 7 ans se déplace depuis 11 jours avec un masque. « C’est infernal, on n’ouvre pas les fenêtres. Il est privé de récréation… On a même songé à déménagé. Moi je veux des dispositions qui soient mises en application rapidement, pas de la poudre aux yeux ».