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L'étau se resserre sur les chrétiens en Inde

Les chrétiens sont de plus en plus souvent  la cible de violences dans certains Etats de l’Inde. Le droit fondamental à la religion est remis en cause par les hindous nationalistes. Témoignage de John Dayal, défenseur des droits de l’homme, lui-même chrétien.

« Mon épouse, ma fille et moi avons reçu des menaces de mort », s’insurge John, venu témoigner, ce 12 janvier 2016 à la Maison de l’Europe à Paris, lors de la présentation de l’Index mondial de persécution des chrétiens en 2015 (L’Inde occupe tristement la 17ème place sur 50 pays). L’occasion pour cet inlassable défenseur des droits de l’homme de tirer la sonnette d’alarme sur une forme de persécution particulière, « une situation ni normale, ni familière en Inde ». « Nous ne parlons pas d’une persécution telle qu’elle a lieu dans un régime dictatorial comme la Corée du Nord », explique-t-il, « il n’est pas non plus question d’une persécution liée à l’extrémisme comme au Moyen-Orient ou en Afrique subsaharienne. Nous parlons là d’une persécution provenant d’une religion de paix. Le christianisme est présent dans mon pays depuis près de 2000 ans », ajoute John Dayam, « nous sommes entre 25 et 26 millions de chrétiens ». Pour l’ancien président de l’All India Catholic Union (AICU), cette persécution est d’autant plus alarmante.

Un persécution qui a donc augmenté avec l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi et le parti des nationalistes hindous du BJP (Bharatiya Janata Party). Et John Dayal d’expliquer que « tout chrétien qui se convertit à l’hindouisme sera payé 200 à 300 mille roupies et que toute personne se convertissant au christianisme se verra privé de son droit de vote ». Les violences à l’encontre des chrétiens ? Dans certains Etats de l’Inde, elles se font en toute impunité. Il faut dire que que 36 d’entre eux, 6 ont d’ores et déjà des lois anti-conversion. « Dans l’église où je suis », raconte John Dayal, « les policiers surveillent jour et nuit l’édifice avec des armes automatiques ». Pour autant, ajoute-t-il, la police est passive , « lorsqu’une église est attaquée, ce sont les pasteurs et les fidèles qui sont arrêtés… L’impunité est totale pour les agresseurs, rien n’est dit, rien n’est enregistré, et si cela va en justice, cela traîne ». Exemple, dans l’Etat de l’Orissa.

Ainsi, le 24 décembre dernier, dans un village de l’Orissa, pas un chrétien n’était là pour célébrer Noël, « les nationalistes ont converti tout le monde et la police n’a rien fait », souligne John Dayal qui parle d’un « état de terreur vis-à-vis des chrétiens », alors que l’Inde est « une démocratie constitutionnelle avec le droit à la religion comme droit fondamental« . Le défenseur des droits de l’homme appelle la communauté internationale à réagir : « elle doit faire pression, nous avons une responsabilité universelle quant au droit à la religion ».

>> Index mondial de la persécution des chrétiens en 2014