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Abbaye de Cluny, c’était il y a 1106 ans

Fondée, le 11 septembre 910 par une charte rédigée à Bourges par le duc d’Aquitaine, Guillaume 1er, l’abbaye de Cluny eut un rayonnement sur toute l’Europe durant tout le Moyen-Âge. Retour sur 1100 ans d’histoire.

Reconstitution de ce qu'était l'abbaye de Cluny avec l'abbatiale. Image DR: lemonde.fr
Reconstitution de ce qu’était l’abbaye de Cluny avec l’abbatiale.
Image DR: lemonde.fr

Située près de la Saône, car les abbayes bénédictines devait avoir un cours d’eau à côté afin de pouvoir se laver ou arroser les champs en toute autarcie, l’abbaye de Cluny (Saône-et-Loire) fût fondée en 910. Elle eut une charte qui comporte quatre clauses capitales: la stricte observation de la règle de Saint Benoît qui demande l’alternance entre la prière et le travail, l’exemption de toute sujétion temporelle et spirituelle, elle dépendra directement du Saint-Siège. Mais également, d’aider le plus possible les plus pauvres qui viennent demander de l’aide, et enfin la garde des reliques des apôtres Saint Pierre et Saint Paul, ainsi que la défense du Saint Père. L’abbaye s’appellera alors l’abbaye de Saint-Pierre et Saint-Paul de Cluny. Ne dépendant ni de l’évêque, ni des seigneurs de la région, l’abbaye est dit immunitaire, cela jouera un rôle important dans son développement.

Dès 927, et l’abbatiat d’Odon de Cluny, l’abbaye pris de l’ampleur, l’abbaye reçut le droit de battre monnaie, ainsi plusieurs autres monastères vinrent se mettre sous sa protection. Des privilèges lui furent de plus en plus accordés tel que celui d’exemption, confirmé par le pape Grégoire V en 998 ou l’édification de l’abbé de Cluny en seigneur. En 1058, le pape Etienne IX confirma le privilège monétaire de l’abbaye. De nombreuses abbayes continuèrent de se mettre sous la protection de Cluny, on les appelle les abbayes clunisiennes. Bientôt, Cluny compta plus de 10 000 moines repartit dans 1 200 établissements différents, des dons importants de fidèles lui permirent de s’enrichirent rapidement. Elle devint un lieu de pèlerinage, plus de 1 000 reliques y étant vénérées, et les reliques de Saint-Pierre de de saint Paul y étaient conservées.

L'abbaye de Cluny au XVIIIème siècle. Image : DR : bourgogneromane.com
L’abbaye de Cluny au XVIIIème siècle.
Image : DR : bourgogneromane.com

Elle fût un foyer culturel très important dans la chrétienté moyenâgeuse, en effet elle possédait l’une des bibliothèques les plus importantes d’Europe.  En 1088, il est décidé de la construction de la « Maior Ecclesia« , la plus grande église romane jamais construite, les voûtes iront jusqu’à 30m de haut. Cette Maior Ecclesia sera la plus grande église de la chrétienté pendant près de 400 ans. Cluny rayonna également parce qu’elle fut un centre de formation important, le droit y fut enseigné et les arts protégés et encouragés. Mais à cause de la construction de l’abbatiale, les finances furent bientôt à sec, et l’obligation de charité creusa le déficit. La mauvaise gestion des terres, la montée en puissance des cisterciens ou des chartreux continua d’affaiblir l’abbaye.

Endettée, en conflit avec les prieurés, l’autorité du pape discutée, Cluny sombra petit à petit. La fin du Moyen-Âge, les guerres de religion mirent fin au rayonnement de l’abbaye bénédictine. A partir de 1516 et du concordat de Boulogne, ce fut le roi et non plus le pape qui nomma le prieur, mais les moines vivaient dans la débauche et dans le luxe. A partir du XVIème siècle l’abbaye sombra. Déclarée comme bien national en 1789, les révolutionnaires, après avoir vendu les matériel, firent exploser l’abbatiale à coup de mines, construisirent une route qui passait au milieu de l’Ecclesia Maior, il ne resta bientôt qu’une partie du transept. En une quinzaine d’années, les révolutionnaires détruisirent la plus majestueuse abbatiale du monde chrétien. Jusqu’en 1813, l’édifice fut une carrière de pierre, il ne reste aujourd’hui que 8% de l’abbatiale initiale.

Bâtiment XVIIIème de l'abbaye de Cluny. Image : DR : cluny-abbaye.fr
Bâtiment XVIIIème de l’abbaye de Cluny.
Image : DR : cluny-abbaye.fr

Sans présence religieuse jusqu’à aujourd’hui, Cluny fut préservée par la ville. Elle tenta de protéger ce qu’il restait dès 1820. Aujourd’hui, il ne reste que les bâtiment XVIIème et XVIIIème, il reste presque plus rien de ce qui fut la plus grande église du monde jusqu’à la construction de Saint-Pierre de Rome. En 1901, un centre « Arts et Metiers ParisTech » ouvre ses portes. En 1926, Kenneth John Conant commença des recherches sur l’abbatiale, elles se poursuivirent jusqu’en 1950. En 1968, il publia sa monographie de dessins de restitutions, cette maquette est conservée à  la cité de l’architecture et du patrimoine. L’ensemble des bâtiments est un site archéologique inscrit depuis le 25 mars 1941. En 2009, Paris Tech entreprend une numérisation de ce à quoi pouvait ressembler ce chef d’oeuvre.

Cluny, avec son abbatiale, voulait s’élever vers le ciel, elle y parvint. Mais 1106 ans plus tard, rien ne subsiste, si ce n’est le souvenir d’un ordre qui rayonna à travers l’Europe, par la prière, sa richesse, et ses édifices majestueux.