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Cuba vaut bien une messe

Juliette Loiseau reçoit, demain dans Rencontre, Don Thibault, prêtre de la paroisse de Placetas, à Cuba. L’occasion de revenir sur l’histoire de l’Église depuis Fidel Castro. 

C’est la visite de Jean-Paul II en 1998 qui va permettre à la Foi de faire son retour sur l’Île de Cuba après des années de régime communiste. Pourtant, dans les années 60,  les responsables catholiques voient, dans celui que les Cubains surnomment « El Commandante » une alternative à la dictature de Fulgencio Batista. Archevêque de Santiago, Mgr Serantes déclarera même « la divine Providence a écrit dans le ciel le mot triomphe grâce auquel le chef suprême du mouvement a pu emporter de l’est à l’ouest le laurier d’une victoire extraordinaire »Il déchantera assez rapidement et condamnera peu de temps après le communisme.

Fidel Castro fait de l’athéisme une « religion » nationale juste après son coup d’État de 1959.  Mgr Serantes finit par demander aux fidèles, dans une circulaire, de choisir entre « Rome et Moscou ». Les prêtres ne sont plus que 200 (470 expulsés) ainsi que 17 religieux (30 expulsés) et 43 religieuses (115 expulsées). Les hôpitaux et les universités ferment, l’Église cubaine entre alors dans un « temps de silence ».

En 1977, Fidel Castro consent toutefois une union avec les chrétiens, les appelant à rallier la cause marxiste. Il modifie même la constitution cubaine pour prouver sa volonté de rapprochement, du moins dans les textes,  » l’État reconnaît, respecte et garantit la liberté religieuse » mais ce n’est que dix ans plus tard que l’Église cubaine va pouvoir retrouver un peu de vitalité. Lorsque le bloc soviétique s’écroule, Fidel Castro compte sur la charité des églises pour aider à soutenir financièrement le pays.

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En 1998, le cardinal français Roger Etchegaray, alors envoyé spécial de Jean-Paul II, joue également un grand rôle dans le rapprochement entre Cuba et le Vatican. Après 8 heures d’échanges avec Fidel Castro, il obtient la promesse d’une visite du pape à Cuba. Mais l’échange le plus inattendu aura lieu entre Joaquim Navarro-Valls, porte-parole du pape polonais et le « Lider Maximo ». Quand ce dernier demande à l’émissaire de lui parler du pape, Joaquim Navarro-Valls dira : « Monsieur le président, je vous envie (…) parce que le pape prie pour vous tous les jours. Il prie pour qu’un homme de votre expérience trouve comment revenir à Dieu »,  laissant, paraît-il, le leader communiste abasourdi.

Lorsque le pape Jean-Paul II débarque à l’aéroport José-Marti de la Havane, le 21 janvier 1998, il sera acclamé par la foule au son de « libertad » après avoir déclaré « la liberté de chaque individu, celle des familles et de tous les groupes sociaux qui ont droit à leur propre sphère d’autonomie et de souveraineté ». Le Saint Père profite même de l’occasion pour dénoncer toutes les dérives du régime communiste.  Le changement est alors lancé pour l’île de Cuba.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Raùl Castro en 2006, les chrétiens ont le droit de s’afficher, même au travail. En 2011, le pèlerinage de la Vierge de la Charité obtient l’autorisation de traverser toute l’île, permettant aux catholiques de pouvoir afficher librement leur foi. La visite de Benoît XVI n’a pas eu la même popularité que celle de Jean Paul II, néanmoins, elle scelle « la normalisation des relations » entre Cuba et le Vatican. Enfin la visite du pape François a été acclamée. Présent pour « embrasser le peuple cubain », Jorge Bergoglio a joué un rôle primordial dans le rapprochement entre Cuba et les États-Unis. Il a appelé Raul Castro à laisser plus de libertés à l’Église pour agir auprès des jeunes notamment.  L’Église cubaine compte aujourd’hui près de 6 700 000 catholiques dont 2% seulement de pratiquants pour 300 prêtres, dont Don Thibault, de la communauté St Martin.

La Rencontre à découvrir demain sur nos ondes à 10h15.