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Le père Hilal, jésuite installé à Homs : "le père Franz est un martyr"

A Homs en Syrie, il a fondé le Centre éducatif Saint-Sauveur. Le père Ziad Hilal vit à 900 mètres du lieu où a été exécuté le père Franz. Très ému, il témoigne en exclusivité.

père Franz van Lugt

« Nous étions en train de travailler sur l’aide humanitaire, lorsque nous avons reçu un appel », raconte le Père Ziad Hilal, l’un des derniers jésuites demeurant encore dans la ville de Homs en Syrie, que nous avons réussi à joindre par téléphone. « On nous a alors annoncé que le père Franz était mort ». Un homme masqué serait rentré la Résidence des Jésuites, à Bustan al-Diwan, demandant à parler au père Franz van Lugt, avant de le rejoindre dans le jardin et de l’abattre d’une seule balle dans la tête. L’assassinat a eu lieu dans la matinée du lundi 7 avril, depuis, le Père Hilal n’a toujours pas pu voir le corps, alors que 900 mètres le sépare des lieux. « Il est impossible d’y accéder à cause de la situation, mais le petite communauté des chrétiens encore présente sur place a lavé le corps du Père Franz, ils lui ont mis ses habits de prêtre, et ils sont en train de prier. De son côté, le chef de la mission de l’ONU essaie de faire sortir le corps ».

« Je ne l’ai pas vu depuis deux ans »

Cela fait près de deux années que le Père Hilal n’a pas vu le père Franz qui a choisi de rester au cœur de la vieille ville, malgré les dangers et la famine. « La dernière fois, c’était le 28 mai 2012 », explique le Père Ziad Hilal avec beaucoup d’émotion, « j’ai beaucoup d’images et de choses dans la tête », ajoute-t-il. Le Père Franz devait célébrer son anniversaire le 10 avril prochain. « Je l’ai eu au téléphone il y a quelques jours », poursuit le Père Hilal, « nous avons beaucoup ri, nous avions prévu de fêter cela ensemble avec un déjeuner ». Il faut savoir que dans la vieille ville de Homs, il n’y a plus de viande, plus des vitamines, plus de médicaments, et plus grand chose à manger depuis le siège. « Le père Franz me disait qu’il avait mal au pieds, qu’il avait du mal à marcher. Il était fatigué, mais ne le disait pas. C’était un homme courageux, qui n’a jamais râlé. Il répétait toujours que les gens ne voyaient que ce qu’il n’y avait pas, jamais ce qu’il y avait ».

Les derniers jours du Père Franz

Jusqu’à la fin, le Père Franz n’aura eu de cesse de visiter les malades, de « mendier de la nourriture à droite à gauche » pour les plus faibles et les plus âgés. « Je sais qu’il lisait et méditait beaucoup », déclare le Père Hilal, « jusqu’au bout il n’a cessé de parler de paix et de donner l’exemple. Il a prêché et vécu l’Evangile. Plus encore, il a donné sa vie, c’est un martyr de la Compagnie de Jésus ». Et le Père Ziad Hilal d’ajouter : « Il n’y avait rien dans sa maison, il n’avait rien à perdre, il n’avait que sa foi et son désir d’être là pour tous ».

Le Père Ziad Hilal est l’un des deux seuls jésuites encore présents aujourd’hui à Homs. « On tient le coup », conclut-il, « on va rester avec notre peuple, notre Eglise, notre pays ».

Source : Radio Notre Dame, interview par téléphone.

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