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Synode sur la famille : le Vatican publie l'Instrumentum Laboris

Présentation, ce 26 juin 2014 au Saint-Siège, du document préparant le Synode sur la famille d’octobre prochain. Une synthèse des 38 questions envoyées aux Conférences épiscopales du monde entier. Parmi les intervenants : le cardinal André Vingt-Trois.

Réécouter Réécouter Ecclesia Magazine avec le Père Denis METZINGER, responsable de la Pastorale de la Famille du diocèse de Paris

 

La présentation de l’Instrumentum Laboris a eu lieu ce jeudi 26 juin 2014, en fin de matinée, sous la houlette du cardinal Baldisseri, Secrétaire du Synode, du cardinal Erdö, Rapporteur général, du cardinal André Vingt-Trois, Président délégué et de Mgr Forte, Secrétaire spécial. Il s’agit du document qui servira de base de travail, du 5 au 19 octobre prochains, au Synode sur les défis pastoraux de la famille dans le contexte d’évangélisation. 80 pages divisées en 3 parties, abordant la connaissance des données bibliques et du Magistère dans ce domaine, mais aussi les situations pastorales difficiles et enfin l’importance de l’éducation en la matière.

synode famille

De légitimité de la parole de l’Eglise sur la famille

Comme l’a rappelé Mgr André Vingt-Trois, « la réalité de la vie familiale est importante pour l’Eglise… La famille est une expérience commune dans l’humanité, nous parlons donc de quelque chose que tout le monde connaît et sur lequel tout le monde a un avis ». L’objectif du Synode pour son Président délégué est don bien de lancer « une réflexion éclairée par la foi et la Révélation ». Dans ce contexte, le message de l’Eglise n’est en aucun cas « un message théorique », a souligné Mgr Vingt-Trois, mais bien « une expérience vécue par de nombreuses familles », une expérience, qui, malgré les épreuves, « épanouit les personnes et les met dans une situation de progrès humains ». Et pour tous ceux qui dénonceraient l’illégitimité de ce qu’a à dire l’Eglise en la matière, l’archevêque de Paris a rappelé que « la doctrine ecclésiale sur la famille n’est pas une fabrication de clercs célibataires, mais d’abord quelque chose de vécu que tout le monde peut voir en regardant autour de lui ». La réflexion fondamentale est donc la suivante : savoir en quoi la fidélité de l’engagement entre époux et la responsabilité envers les enfants de la famille sont des illustrations de « la fidélité de l’amour de Dieu ».Mgr André Vingt-Trois

La responsabilité éducative

S’il ne s’agit pas de préparer un Synode sur le couple mais bien sur la famille, a souligné Mgr André Vingt-Trois, la question du mariage sera évidemment au cœur de la réflexion. « En France, un mariage sur deux est religieux », a-t-il rappelé. Un fait qui soulève toute une série de questions : quelles sont les motivations réelles du mariage à l’Eglise ? Comment ceux qui ne recourent pas au mariage chrétien se préparent-ils ? Quelle est la réalité de la vie chrétienne de ceux qui se marient à l’Eglise ? « Le sacrement du mariage est un moment de la grâce qu’il faut préparer, développer et accompagner », a déclaré le Président délégué du Synode. Plus largement et profondément, les Pères synodaux doivent réfléchir à la prise ne charge des enfants, dans le cadre de « la responsabilité éducative ».

 Accompagner « ceux qui souffrent des accidents du mariage »

Dans le contexte d’une « culture hédoniste et individualiste se développant à grande vitesse », il sera également question, pour le cardinal Vingt-Trois, d’être attentif à toutes les situations qui se présentent dans le monde actuel. Réfléchir donc à l’accompagnement que l’Eglise peut offrir à « ceux qui souffrent des accidents du mariage » : mères célibataires, personnes abandonnées et divorcées, divorcés-remariés, concubins, unions de fait,… Un accompagnement souvent « positif, stimulant et curatif », a estimé l’archevêque de Paris, qui reconnaît aussi que « quantité d’hommes et de femmes peuvent se sentir rejetés dans l’ombre, vivant une situation de rupture malgré leur volonté de rester fidèles à leur alliance ». Mais attention, a martelé le cardinal André Vingt-Trois, « il ne s’agit pas d’un Synode des Eglises occidentales fatiguées, mais d’un Synode de l’Eglise universelle… Il ne faut pas suspendre le monde entier à nos problématiques et à nos questionnements ».

 

Quelques termes repris par l’Instrumentum Laboris (I.Media) à partir des résultats des questionnaires envoyés aux Conférences épiscopales

Avortement : De nombreux épiscopats soulignent avec une grande préoccupation la diffusion massive de la pratique de l’avortement. La culture dominante semble par bien des aspects favoriser une culture de la mort par rapport à la vie naissante. (65)

Concubinage : Parmi les motivations sociales qui conduisent au concubinage, on enregistre: des politiques familiales inadéquates pour soutenir la famille; des problèmes financiers; le chômage des jeunes; le manque de logement. (…) Pour beaucoup d’autres encore, le concubinage représente la possibilité de vivre ensemble sans aucune décision définitive ou qui engage au niveau institutionnel. (81, 82)

Dépendances : Parmi les diverses situations critiques internes à la famille, les dépendances à l’alcool et aux drogues sont constamment mentionnées, mais aussi la dépendance par rapport à la pornographie, parfois utilisée et partagée en famille, de même que par rapport aux jeux de hasard, aux jeux vidéo, à internet et aux réseaux sociaux. (68)

“Divorce catholique“ : La simplification de la pratique canonique des procès matrimoniaux est largement demandée. (…) Certains invitent à la prudence, en signalant le risque que cette simplification et la réduction des étapes prévues entrainent des injustices et des erreurs; donnent l’impression de ne pas respecter l’indissolubilité du sacrement; favorisent les abus et nuisent à la formation des jeunes au mariage comme engagement pour toute la vie; alimentent l’idée d’un “divorce catholique”. (98, 99)

Divorcés remariés : La souffrance causée par le fait de ne pas recevoir les sacrements est clairement présente chez les baptisés qui sont conscients de leur situation. Beaucoup ressentent une certaine frustration et se sentent exclus. D’autres se demandent pourquoi les autres péchés sont pardonnés et pas celui-là; ou encore pourquoi les religieux et les prêtres qui ont été dispensés de leurs vœux et de leurs devoirs sacerdotaux peuvent se marier et recevoir la communion, mais pas les divorcés remariés. Tout cela met en évidence la nécessité d’une formation et d’une information opportunes. (92)

Doctrine : Même quand l’enseignement de l’Eglise sur le mariage et la famille est connu, beaucoup de chrétiens manifestent des difficultés à l’accepter intégralement. En général, il est fait mention d’éléments partiels, bien qu’importants, de la doctrine chrétienne, pour lesquels on dénote une résistance, à différents degrés, comme par exemple à propos du contrôle des naissances, du divorce et du remariage, de l’homosexualité, du concubinage, de la fidélité, des relations avant le mariage, de la fécondation in vitro, etc. Beaucoup de réponses attestent, par contre, que l’enseignement de l’Eglise sur la dignité et sur le respect de la vie humaine est plus largement et plus facilement accepté, au moins dans son principe. (13)

Formation continue : L’accompagnement du couple ne doit pas se limiter à la préparation au mariage, pour lequel on signale – d’ailleurs – la nécessité de revoir les parcours. On met plutôt en lumière le besoin d’une formation plus constante et structurée : biblique, théologique, spirituelle, mais aussi humaine et existentielle. (49)

Gender : Dans certaines régions, (cette idéologie) tend à influencer jusque le milieu éducatif primaire, diffusant une mentalité qui, derrière l’idée de faire disparaître l’homophobie, propose en réalité une subversion de l’identité sexuelle. (114)

Homosexuels : Pour ce qui a trait aux unions entre des personnes du même sexe, beaucoup de Conférences épiscopales fournissent diverses informations. Dans les pays où il existe une législation des unions civiles, de nombreux fidèles s’expriment en faveur d’une attitude respectueuse, qui ne juge pas, à l’égard de ces personnes, et en faveur d’une pastorale qui cherche à les accueillir. Cela ne signifie cependant pas que les fidèles doivent être en faveur d’une égalité entre le mariage hétérosexuel et les unions civiles entre personnes du même sexe. Plusieurs réponses et observations expriment la préoccupation de voir l’accueil dans la vie ecclésiale des personnes qui vivent dans ces unions être compris comme une reconnaissance de leur union. (115)

Humanae Vitae : Dans la très grande majorité des réponses parvenues, on met en évidence que l’évaluation morale des différentes méthodes de régulation des naissances est aujourd’hui perçue par la mentalité commune comme une ingérence dans la vie intime du couple et comme une limitation de l’autonomie de la conscience. (123)

Loi naturelle : Pour une immense majorité des réponses et des observations, le concept de “loi naturelle” apparaît, en tant que tel, aujourd’hui, dans les différents contextes culturels, très problématique, sinon même incompréhensible. Il s’agit d’une expression qui est perçue différemment ou tout simplement pas comprise. (21)

Mères célibataires : Leur condition est souvent le résultat d’histoires très douloureuses, souvent même d’abandon. Elles méritent l’admiration avant tout pour l’amour et le courage avec lesquels elles ont accueilli la vie conçue dans leurs entrailles (…). Elles méritent de recevoir un soutien spécial de la société (…) (et) faire l’objet d’une sollicitude de la part de la communauté chrétienne. (88)

Méthodes naturelles : Les méthodes naturelles pour la régulation de la fertilité ne sont pas des “techniques” naturelles qui s’appliquent à un problème pour le résoudre : elles respectent l’“écologie humaine”, la dignité de la relation sexuelle entre les époux et s’insèrent dans une vision de la conjugalité ouverte à la vie. En ce sens, elles se différencient de la contraception et l’expérience démontre leur efficacité. (124)

Magistère : Le peuple de Dieu semble avoir généralement une faible connaissance des documents conciliaires et postconciliaires du Magistère sur la famille. Certes, ceux qui sont impliqués dans le milieu théologique en ont une certaine connaissance. Cependant, ces textes ne semblent pas imprégner profondément la mentalité des fidèles. (11)

Nullité : Dans de nombreux cas, signalés en particulier en Europe et en Amérique du Nord, on demande d’alléger la procédure de nullité du mariage; à cet égard, on signale qu’il est nécessaire d’approfondir la question du rapport entre la foi et le sacrement du mariage – comme Benoît XVI l’a suggéré à plusieurs reprises. (96)

Polygamie : Une situation différente est signalée en Afrique, non pas tant vis-à-vis des divorcés en nouvelle union, mais plutôt à l’égard de la pratique de la polygamie. Il existe des cas de convertis pour lesquels il est difficile d’abandonner la deuxième ou la troisième femme, avec lesquelles ils ont d’ailleurs des enfants, et qui veulent participer à la vie ecclésiale. (90)

Préparation au mariage : Plusieurs réponses relèvent la faible attention accordée bien souvent par les futurs époux aux préparations au mariage. On tend donc, selon les contextes, à organiser des catéchèses différenciées: pour les jeunes avant même les fiançailles; pour les parents des fiancés; pour les couples déjà mariés; pour les personnes séparées; pour la préparation au baptême; pour la connaissance des documents pastoraux des évêques et du Magistère de l’Eglise. (52)

Prêtres : Les pasteurs sont parfois inadaptés et impréparés à traiter des problématiques qui concernent la sexualité, la fécondité et la procréation, de sorte qu’ils préfèrent souvent ne pas affronter ces thèmes. Dans plusieurs réponses, nous trouvons également une certaine insatisfaction à l’égard de certains prêtres qui apparaissent indifférents par rapport à certains enseignements moraux. Leur désaccord avec la doctrine de l’Eglise engendre de la confusion au sein du Peuple de Dieu. (12)

Pédophilie : Très fréquemment et de façon très largement répandue au niveau géographique, les réponses mentionnent fortement les scandales sexuels à l’intérieur de l’Eglise (pédophilie, en particulier), mais aussi, en général, des expériences négatives avec le clergé ou avec certaines autres personnes. Surtout en Amérique du Nord et en Europe Septentrionale, on dénonce une perte importante de crédibilité morale à cause des scandales sexuels. (75)

Transmission de la foi : Aujourd’hui, notamment peut-être à cause du conditionnement dû à ces expériences, les parents apparaissent beaucoup plus prudents pour pousser leurs enfants à la pratique religieuse. Dans ce domaine, précisément, on cherche à éviter les conflits, plutôt que de les affronter. En outre, sur les thèmes religieux, les parents eux- mêmes se sentent souvent peu sûrs, de sorte que pour transmettre la foi ils restent souvent sans paroles et délèguent cette tâche, même s’ils la considèrent importante, à des institutions religieuses. (135)

Unions de fait : Liée au mode de vie de l’Occident, mais répandue aussi dans d’autres pays, on voit apparaître une idée de liberté qui considère le lien conjugal comme une perte de la liberté de la personne; cela est influencé par le manque de formation des jeunes, qui ne pensent pas qu’un amour pour toute la vie soit possible; en outre, les médias favorisent amplement ce style de vie chez les jeunes. (84)

Sources : I.Media, News.Va, Conférence de presse au Saint-Siège