le direct Musique sacrée

La famille, "une communion de personnes"

Qu’est-ce qu’une famille ? Comment accompagner les situations de crise, notamment les divorcés-remariés ? Qu’attendre du Synode voulu par le pape François ? Retour sur notre débat organisé à la Conférence des Evêques de France.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Durant une heure et demi, c’est avec beaucoup de tendresse pour les familles que les trois invités ont échangé. Trois regards et trois points de vue avec des sensibilités différentes : celui du père Jacques de Longeaux, président de la Faculté de théologie Notre Dame, celui de Jean-Marie Andrès, responsable national  pour les AFC du secteur Conjugalité et politique familiale et celui d’Anne Lannegrace, psychanalyste et expert auprès du département Famille de la CEF.

De l’amour entre un homme et une femme

Point de départ de la discussion animée par Pierre Moracchini, un micro-trottoir réalisé à la sortie de Saint-Louis d’Antin, à Paris, par Elodie Chapelle. A tous ceux qu’elle a croisé, catholiques, musulmans, athées, concubins, pacsés, mariés, elle a posé la même question: c’est quoi pour vous une famille ?

Première réaction de Jean-Marie Andrès : « Dans tout ce qui est dit, on ne voit pas complètement apparaître la notion d’amour entre un homme et une femme, il faut progresser sur cette politique de l’amour ». Même analyse du côté d’Anne Lannegrace qui a rappelé que la famille, c’est d’abord un couple qui s’aime et s’engage « dans une alliance pour créer une nouvelle cellule de société ». « C’est un lieu où les êtres vivront des expériences qu’ils ne vivront nulle part ailleurs », a-t-elle ajouté, « c’est aussi une structure vivante, une dynamique… La famille est souvent très idéalisée, elle répond à quelque chose de l’ordre de l’inspiration spirituelle ». Le Père Jacques de Longeaux s’est quant à lui réjoui de constater que la famille était une valeur toujours « plébiscitée dans un monde perçu comme difficile » : « On est loin du famille, je vous hais ». Tous les intervenants se sont accordés pour dire que la famille était un « lieu où se vivent des sentiments difficiles à exprimer », des sentiments aussi différents que « le partage, les renoncements, la jalousie, la rivalité, la violence,… ». Difficile donc de définir une famille. Jean-Marie Andrès s’est tout de même lancé, parlant de « communion de personnes » : « c’est précisément sur cette communion que nous enseigne l’Eglise ».

 La famille, lieu d’épanouissement

Pour Jean-Marie Andrès, « le couple se fonde sur le besoin de l’être humain d’épanouir chacune des personnes, c’est bien dans le couple qu’on va se recevoir de l’autre pleinement et devenir ce qu’on est ». La vocation de chaque être humain serait donc de « trouver sa moitié », Jean-Marie Andrès rappelant que dans la Genèse, « l’enfant est présenté comme la bénédiction du couple réussi ». Le défi est donc bien là : « Apprendre à toujours davantage tourner son regard vers l’autre ». Dans la même lignée, le Père de Longeaux a repris les paroles de Jean-Paul II, « Famille, deviens ce que tu es » : « Nous avançons tous cahin-caha sur ce chemin ». Anne Lannegrace, elle, a jugé qu’il serait bon d’apprendre aux enfants « la pédagogie de crise conjugale » : « c’est normal d’avoir des embuches et de tenir dans ces moments-là, car ce sont des moments de maturation et de maturité ». L’Eglise doit donc convertir tous les couples à « cette vérité plus dense à vivre », a conclu Jean-Marie Andrès, notamment à travers la préparation au mariage, « une grâce », a quant à lui ajouté le Père de Longeaux. Dès lors, quelle place pour la société dans les familles aujourd’hui ? « Elle a fait irruption dans l’espace privé de chacun », a regretté Anne Lannegrace, « c’est un élément qui a changé le vécu des familles de l’intérieur ». Jean-Marie Andrès a rappelé qu’il fallait faire ressurgir « les compétences cachées des familles » : « dans une société d’experts, nos familles doivent se rendre compte qu’elles sont capables de faire sans l’aide de l’Etat ou autre… On ne doit pas non plus oublier que les parents sont les principaux éducateurs ».

Le Synode sur la famille : une « conversion des coeurs » ?

Qu’attendez-vous du Synode sur la famille ? C’est la question posée par Elodie Chapelle aux personnes croisées devant Saint-Louis d’Antin.

« L’Eglise est attentive et doit être attentive à son époque », a souligné le Père de Longeaux, « mais la Parole de Dieu est un trésor dont elle est dépositaire ». Parole immuable donc, dont l’Eglise approfondit le sens « en fonction des requêtes de l’époque, pour répondre aux besoins de notre temps », a dit le Père Jacques de Longeaux. « Il faut des normes nous servant de repères, sans pour tant réduire la morale à des permis-défendus ». Pour Anne Lannegrace, ce Synode voulu par le pape François doit faire en sorte qu’il n’y ait « ni oubliés ni exclus ». Évoquant le cas des divorcés-remariés, la psychanalyste a insisté : « Dans le discernement qui nous ait demandé, il y a certainement une conversion des intelligences et des cœurs à avoir pour ces gens hors des clous, qui gardent une foi profonde et qui souffrent ». Pour Jean-Marie Andrès, la question est bien là : « Comment l’Eglise se rend-elle capable d’aller rejoindre ces personnes et toutes les personnes là où elles sont, au-delà de la problématique doctrinale ». « Le défi », a souligné le responsable national  pour les AFC du secteur Conjugalité et politique familiale, « c’est la capacité à voir ce qui fait la vie de l’autre et sa souffrance ». Il reprend ainsi le message du pape François invitant chaque chrétien à « aller aux périphéries ». Il a expliqué également qu’à ses yeux, « tout n’est pas question d’accès aux sacrements » : « Il y a beaucoup de bons mariages dans lesquels on vit de vrais moments de solitude ». Jean-Marie Andrès attend donc de ce Synode qu’il permette à tout couple, à toute famille et à toute personne, quelle que soit leur situation de vie, de « découvrir le plan de Dieu », pour « se mettre en route dans la bonne direction », pour témoigner du « don de Dieu ». « Accompagner, c’est d’abord prendre les gens là où ils sont, comme pour les pèlerins d’Emmaüs », a renchéri Anne Lannegrace. « L’accompagnement permet de dire que les personnes blessés dans le domaine conjugale ont leur place dans l’Eglise », a quant a lui souligné le Père Jacques de Longeaux. Sur l’interdiction de communier pour les divorcés-remariés, il a également rappelé que la communion était « une démarche de conversion » et qu’il fallait s’interroger sur le fait de savoir si certains n’allaient pas, parfois, « communier de manière un peu automatique ».

Mais c’est au porte-parole de la CEF qu’est revenue la mission de conclure ce débat. Pour Mgr Bernard Podvin, la meilleure définition de la famille est la suivante : « La communion de ceux qui sont en manque ». « Nous avons besoin les uns des autres dans cette communion. La famille, c’est ce que nous avons de plus exaltant et de plus eucharistique ». Mgr Podvin qui a par ailleurs interpellé la République : « Nous vivons un clivage grave et profond. Attention », a-t-il alerté, « on ne gagne pas en popularité en touchant de manière irresponsable ce que l’homme et la femme ont de plus cher entre eux ! ». Pour conclure, le porte-parole de la CEF a dit prier beaucoup pour que le Synode « donne guérison ».

Réécouter Réécouter Débat sur les familles 

 >> Un Synode sur la famille

>> Le Grenelle de la famille