08.10.14 Marion Duchêne Catégorie(s) : Vie de l'Eglise

Sur les pas des premiers missionnaires : l’Eglise de Corée d’hier à aujourd’hui

Exposition aux MEP dès le 14 octobre. Après le voyage du pape en Corée, plongez dans un fonds d’archives rares et exceptionnelles sur la vie quotidienne des premiers vicaires apostoliques et sur l’histoire de cette Église fondée par des laïcs. « Soyez d’authentiques et joyeux témoins de l’Évangile ! Rejetez les modèles économiques inhumains !« . C’est…

Exposition aux MEP dès le 14 octobre. Après le voyage du pape en Corée, plongez dans un fonds d’archives rares et exceptionnelles sur la vie quotidienne des premiers vicaires apostoliques et sur l’histoire de cette Église fondée par des laïcs.

« Soyez d’authentiques et joyeux témoins de l’Évangile ! Rejetez les modèles économiques inhumains !« . C’est le message que le pape François a lancé aux jeunes asiatiques, et en particulier aux Coréens, lors de sa venue à Séoul, du 13 au 18 août 2014. A cette occasion, le Saint-Père a béatifié Yun Ji-Chung et 123 autres martyrs, qui ont mis « le Christ au-dessus de tout ». Parmi ces martyrs, certains prêtres avaient envoyés en Corée par les Missions Étrangères de Paris, dès le début du XVIIIème siècle, alors même qu’une Église fondée par les laïcs existaient déjà. Comment a émergé l’Église en Corée, pays à l’époque fermé ? Comment est-elle devenue indépendante du vicariat de Pékin ? Comment les pères missionnaires ont-ils payé de leur vie pour permettre aux laïcs de poursuivre l’évangélisation dans des circonstances souvent dramatiques ? C’est le fil conducteur de l’exposition qui se tient aux MEP du 14 octobre 2014 au 25 janvier 2015.

20140930_101510

« Bien avant l’annonce de la venue du pape François en Corée du Sud, nous avions le souci de célébrer les 200 ans des martyrs chrétiens », explique le Père Georges Colomb, supérieur général des MEP, « il est vrai que l’on a davantage tendance à parler des pays asiatiques où l’Église a des difficultés d’expression aujourd’hui comme le Vietnam ou la Chine, mais à de nombreux égards, la Corée du Sud est un pays très intéressant : depuis quelques années, les catholiques sont devenus plus nombreux que les évangéliques, c’est une société de consommation comme la nôtre où les vocations se maintiennent« . Un dynamisme mis en exergue lors du récent voyage pontifical : plus de 100 000 baptêmes d’adultes par an en moyenne et une part de catholiques qui dépassent les 10 % de la population. L’Église de Corée représente donc ce laboratoire de l’évangélisation que le pape François appelle de ses vœux. Et le Père Colomb d’ajouter : « C’est aussi l’occasion de rappeler que la Corée, ce sont deux entités mais un seul pays, d’être en communion et en solidarité avec les 24 millions de Coréens du Nord qui souffrent… Nombre d’entre eux payent très cher des passeurs pour fuir vers la Thaïlande, ils ont des lames de rasoir sur eux au cas où ils se feraient prendre. Les jeunes filles sont envoyées dans des maisons closes, il y a des trafics d’organes, et la Chine ferme totalement les yeux… Une situation dramatique à laquelle nous entendons sensibiliser chacun à travers cette exposition ».

D’un pays fermé à l’arrivée des premiers vicaires apostoliques20140930_101531

1791 : l’Église de Corée est rattachée au vicariat de Pékin. « C’est un pays fermé, où il est très difficile de pénétrer », raconte le Père Bernard Jacquel, commissaire de l’exposition. Si l’Église coréenne, fondée par des laïcs, continue à vivre, c’est essentiellement grâce aux ambassades annuelles. « Chaque année, marchands, fils d’ambassadeurs et autres notables pouvaient se rendre à la cour de Chine », explique le Père Jacquel, « à Pékin, ils pouvaient ainsi côtoyer les jésuites, successeurs de Matteo Ricci, qui leur faisaient don de livres de religion… Petit à petit des cercles de lettrés se sont formés et ont fini par se considérer comme chrétiens. Les baptêmes se sont enchaînés et bientôt la Corée a compté 10 mille chrétiens ». Ce sont ces mêmes lettrés qui à la fin du XVIIIème siècle se révoltent contre le confucianisme qu’ils estiment corrompu. En 1828, le pape Léon XII décide donc de confier le territoire de la Corée aux Missions Étrangères de Paris. Le premier vicaire apostolique pour la Corée, Barthélémy Bruguière, mettra trois ans à arriver aux portes du pays. Un voyage qui aura raison de lui. C’est son confrère, Pierre Maubant qui entrera le premier. Viendront le rejoindre Jacques Chastan et Laurent Imbert. Entre 1835 et 1865, 21 missionnaires français entreront en Corée. « Une entrée qui s’est toujours faite dans le secret, une vie dans la clandestinité ou presque », souligne le Père Jacquel.20140930_101546

20140930_101657_2

 

 

 

 

Des temps de persécution

Nombre de Coréens sont morts pour leur foi au cours de cette période. Douze missionnaires français ont aussi perdu la vie, 22 prêtres des MEP en tout. 1839 : trois missionnaires des MEP sont décapités, « ils se sont livrés pour faire cesser les persécutions contre les chrétiens », raconte le Père Bernard Jacquel. 1866 : neuf nouveaux martyrs, et trois missionnaires rescapés. « Il y a d’ailleurs eu par la suite des représailles françaises pour venger leur mise à mort ». Le retour des missionnaires en Corée ne s’est fait que dans les années 1880.

MEP 10

De rares fonds d’archives

« Nous avons des lettres, des photographies d’un certain nombre de martyrs prises avant leur départ, mais aussi des portraits gravés et hagiographiques », souligne le commissaire de l’exposition, « nous avons également les œuvres de deux peintres contemporains qui ont réalisé des rouleaux ». On voit ainsi le portrait cucuronais de Jean Ferréol, portrait réalisé avant son départ pour la Corée. « On a découvert qu’il s’agissait d’une réplique et que l’original était conservé à Paris aux Missions Étrangères », explique le Père Jacquel,« mais on n’a jamais retrouvé l’original, seulement une photo, très différente du tableau ». Jean Ferréol y apparaît vêtu comme un Chinois. Une photo hautement symbolique du charisme des MEP depuis sa fondation : « Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France, l’Espagne, l’Italie ou quel autre pays d’Europe », disait en 1658 le pape Alexandre VII aux quatre premiers vicaires apostoliques, « N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne repousse ni ne blesse les rites ni les usages d’aucun peuple, pourvu qu’ils ne soient pas détestables, mais, bien au contraire, veux qu’on les garde et les protège… Empressez-vous de vous habituer à ces usages ».

>> Du 14 octobre 2014 au 24 janvier 2015 – Corée : 1831-1866, chrétiens coréens et missionnaires français, l’établissement d’une Église

affiche

Le dimanche 12 octobre 2014, l’exposition sera inaugurée en présence de son Excellence Mgr Luigi Ventura, Nonce apostolique en France qui célébrera une messe dès 10h00, au 128 rue de Bac à Paris.

Le samedi 17 janvier, un colloque avec le P. Charles Lee (Prêtre coréen fidei donum dans le diocèse du Mans, Charles Lee est l’auteur de L’Eglise de Corée fondée par des laïcs. L’héritage ecclésiologique des premiers fidèles laïcs coréens, publiée aux Daekeon Press, 2007), avec Mme Françoise Fauconnet-Buzelin (Docteur en histoire de l’art, conservateur du patrimoine, chargée de recherche aux Missions étrangères de Paris depuis 1996, Mme Fauconnet-Buzelin a publié en 1996 Mourir pour la Corée – Jacques Chastan, missionnaire apostolique du diocèse de Digne 1803-1839, chez L’Harmattan, et en 2013 Marignane-Séoul, le voyage sans retour. Saint Laurent Imbert 1796-1839, aux éditions Fémur) avec Mgr René Dupont, MEP, évêque du diocèse d’Andong de 1969 à 1990, avecMgr Olivier de Berranger, évêque émérite de Saint-Denis (1996-2009), missionnaire  fidei donum en Corée du Sud de 1976 à 1993. Seront également présents le P. Andrew KIM Yong-jae, supérieur général de la Société des Missions Etrangères de Corée, et le P. John-Baptist SUK Mo-Hwang, supérieur général de la Congrégation des Martyrs de Corée.

A 15h30 : messe à Notre-Dame célébrée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux.

Partagez sur les réseaux sociaux :