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Pakistan : la loi anti-blasphème inquiète la communauté chrétienne

Ce ne sont pas des civils que la police pakistanaise a sauvé d’un groupe terroriste le 11 mai, mais des prisonniers chrétiens en attente de la peine capitale. La loi anti-blasphème se fait de plus en plus meurtrière au Pakistan. Les assassinats se multiplient au nom de la désormais surnommée « Black law ».

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C’est le pays qui emprisonne le plus de personnes soupçonnées de porter atteinte à la religion. Quatre chrétiens : Javed Masih, son épouse Nazia, Rose Marry et Cavell David ont été arrêtés le 17 mai sur dénonciation d’un musulman, Hafiz Shah Fahad. Ce dernier a affirmé avoir vu le petit groupe prêcher dans la gare de Mirpur ce qui constitue une offense grave à la communauté musulmane. Ils sont désormais aux mains de la police et subiront des interrogatoires. Autre accusation, sur la chaîne de télévision pakistanaise, Géo TV, dont les images de musique et danses soufi sont considérées comme blasphématoires puisque se référant à Mahomet et à sa famille. Sahibzada Hamid Raza, Président du forum musulman Sunni Ittehad Council a émis une fatwa contre la chaîne. Les meurtres impunis se multiplient également. Le dernier en date est celui de Khalil Ahmad, membre de la communauté ahmadie (chrétiens considérés comme musulmans déviants), assassiné par un adolescent dans un commissariat du Penjab.

La loi anti-blasphème a pour l’instant condamné 14 personnes à la peine capitale et 19 à la perpétuité selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale.

Dimanche 11 mai, quatre des cinq hommes interpellés à la prison centrale de Multan au Pendjab appartenaient au groupe terroriste Tehreek-e-Taliban Pakistan. Ces individus, très renseignés, prévoyaient de commettre un attentat sur la prison afin de supprimer les condamnés qui avaient été soumis à la « Black law ». Parmi eux, Asia Bibi, chrétienne dont la condamnation à la peine capitale a suscité une vive indignation auprès de la communauté internationale. La nouvelle date du procès en appel, reportée pour la quatrième fois, de cette mère de famille en prison depuis 2010, est fixée au 27 mai.

Une loi datant de la colonisation britannique

Le terme en lui-même vient de l’Inde britannique mais le texte a  véritablement été promulgué en 1986 sous la dictature de Muhammad Zia-ul-Haq. La loi est claire: toute remarque de type blasphématoire formulée de manière écrite ou orale à l’encontre du prophète Mahomet est passible soit d’une réclusion à perpétuité soit de la peine de mort ainsi que d’une amende. Le problème? Le recours systématique à cette loi, et son application abusive. Plusieurs groupes extrémistes se sont approprié ces règles pour semer la panique chez les minorités religieuse causant des milliers de morts et de nombreux actes de vandalisme depuis sa promulgation. Résultat: La justice se fait dans la rue.

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Les chrétiens se mobilisent

Les soutiens actifs au sein même du pays sont peu nombreux et s’expose au danger des représailles. L’avocat Rashid Rehman, connu pour son engagement contre la loi anti-blasphème et défendant Junaid Hafeez, condamné à mort, a été assassiné le 6 mai à son cabinet par deux hommes armés. Coordinateur à Multan de la Commission indépendante des droits de l’homme du Pakistan, Mr. Rehman avait un nombre incalculable de menaces de mort pour sa prise de position. Ce n’est pas le seul: concernant l’affaire Asia Bibi, le gouverneur du ­Pendjab est assassiné en janvier 2011 pour lui avoir apporté son soutien. En mars 2011, le ministre fédéral des minorités religieuses, Shahbaz Bhatti qui lui aussi s’était rangé du côté de la mère de famille et avait appelé à amender la loi meurtrière est assassiné. Cependant malgré ce climat de terreur des organisations luttant pour les droits de l’hommes ainsi que des associations chrétiennes se mobilisent pour soutenir la population. L’ONG Life for all a organisé une journée de prière et de jeune pour dénoncer la loi abusive le 2 avril et alimente régulièrement les réseaux sociaux de messages d’espoir et d’appels a la mobilisation.

Sources: Eglise d’Asie, La croix, The Independant, Agence Fides

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