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L'enquête sur la mort des moines de Tibhirine bloque encore

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Arrivés en Algérie le 12 octobre dernier, les experts français et algériens ont effectué des prélèvements pour tenter d’établir les circonstances de la mort des 7 moines de Tibhirine, enlevés puis massacrés au mois de mars 1996. Mais c’était sans compter sur le nouveau blocage d’Alger, qui a refusé de laisser sortir les prélèvements. Retour sur une affaire sans fin.

18 ans après l’enlèvement et l’assassinat des sept moines de Tibhirine, les juges Marc Trévédic et Nathalie Poux avaient enfin obtenu l’autorisation de se rendre en Algérie pour exhumer les crânes. Il avait fallu 3 ans pour y parvenir, après de longues tractations entre Paris et Alger. Sur place, le juge avait deux objectifs : auditionner des témoins clés de l’affaire, et exhumer et autopsier les têtes des moines pour établir les circonstances de la mort. C’est chose faite le 12 octobre, l’équipe d’experts français arrive sur place et procède à l’exhumation et aux prélèvements les 14, 15 et 16 octobre derniers. Mais une nouvelle fois, les autorités algériennes ont mis un frein à l’enquête.

Un nouveau blocage d’Alger

Prévenus dès leur arrivée, les juges français n’ont pas pu repartir avec les prélèvements. Les autorités algériennes ont refusé que les échantillons prélevés sur les moines soient transférés en France pour y être analysés. Les experts français n’ont pu repartir qu’avec les photos et les radios réalisées sur place. Ce nouveau rebondissement fait partie d’une longue succession de blocages dans cette affaire. L’Algérie dénonce l’ingérence totale des juges français dans les affaires algériennes. En effet, de ce côté de la Méditerranée, l’affaire est classée depuis longtemps. Les 7 moines ont été enlevés et exécutés par le Groupe Islamique Armé (GIA) qui sévissait durant la guerre civile qui a frappée l’Algérie dans les années 1990. Mais cette thèse est loin de faire l’unanimité.

Trois scénarios pour une tragédie

Sept des neuf moines du monastère de Notre Dame de l’Atlas de Tibhirine, Christian de Cherge, Luc Dochier, Paul Favre Miville, Michel Fleury, Christophe Lebreton, Bruno Lemarchand et Céléstin Ringeard, avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996. Deux mois après, le 21 mai 1996, leur exécution est annoncée par le GIA. Mais seules les têtes ont été restituées. Les autorités algériennes ont caché l’absence de corps, découverte macabre faite par le supérieur de l’ordre cisterciens-trappistes, Armand Veilleux. Pour Alger, le seul coupable est le GIA. Mais au fur et à mesure de l’enquête, deux autres scénarios ont été avancés et accrédités par les juges français.

Le premier est une opération des services secrets algériens qui aurait dérapé. Cet enlèvement réalisé par un commando des services algériens aurait été attribué au GIA pour les disqualifier dans une région où ils étaient très influents et proches de la population.

Le second scénario porte les accusations sur l’armée algérienne. Repérant en hélicoptère un bivouac dans une zone interdite au public, les militaires auraient déduit la présence d’un groupe armé et auraient tiré dessus. Ils auraient ensuite cherché à récupérer les corps, et constatant leur erreur, ils auraient décapités les moines et emporté les corps. La bavure aurait ainsi été dissimulée et le GIA accusé de l’assassinat. Cette thèse expliquerait alors la disparition des corps.

Déception et colère des familles des moines de Tibhirine

Dans une conférence de presse tenue ce jeudi 23 octobre, maître Patrick Baudoin, avocat des familles, a dénoncé les agissements d’Alger. Il a accusé les autorités algériennes de confisquer les preuves et de continuer les blocages de ce dossier. L’avocat a exprimé sa déception et la colère des familles, qui attendent depuis 18 ans que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Maître Baudoin a également déclaré lors de cette conférence que si le blocage persistait, ce serait une sorte d’aveu des autorités algériennes, reconnaissant de manière implicite leur implication dans ces assassinats.

Malgré l’absence de ces prélèvements, les experts français pourraient tout de même, à l’aide des radios et des photos, mettre en doute la date de la mort fixée officiellement le 21 mai 1996 (date du communiqué du GIA). Ce serait une avancée significative, qui pourrait discréditer la thèse officielle algérienne, et permettre d’accréditer de nouveaux scénarios dans cette tragédie.