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Le pape François bientôt en Terre Sainte : paix, tolérance et coexistence pacifique

Jordanie, Palestine, Israël : nombreuses sont les attentes quant à la venue du Saint-Père. A J-2 avant l’arrivée du pontife, gros plan sur l’atmosphère et les enjeux de cette visite.

Quelle ambiance règne-t-il en Jordanie, à l’heure des derniers préparatifs pour la visite du pape François ? C’est la question que nous posons, ce jeudi 22 mai 2014, à Adnan Nasrawin, une franco-jordanien. « C’est l’allégresse et le joie à tous niveaux », nous répond-il, rappelant que le Premier ministre jordanien, Abdullah Ensour, voyait lui-même dans le pape François, « un messager de la paix« . « Alors que des centaines de caméras filment la guerre en Syrie, des centaines de caméras et de journalistes seront là pour transmettre un message de tolérance ».

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Les attentes et les enjeux en Jordanie

Il s’agit évidemment là d’un voyage avec une très forte dimension chrétienne, souligne Adnan Nasrawin : « Les chrétiens jordaniens voient cette visite comme la venue du successeur du Christ… Ce sont près de 50 000 personnes qui sont ainsi attendues pour la messe qui sera célébrée, samedi après-midi, à l’International Stadium de Amman. Et parmi elles, il y aura de nombreux musulmans qui veulent participer par solidarité« . Mieux, témoigne Adnan Nasrawin, « une jeune chanteuse musulmane s’est proposée pour chanter un Ave Maria en arabe devant le pape… Un geste qui reflète l’atmosphère de paix, de tolérance et de coexistence pacifique qui règne en Jordanie ». Syrie, Irak, Egypte, Liban : c’est une région entière qui vit actuellement des drames et des guerres.  Ainsi, pas moins de 600 000 réfugiés syriens ont été accueillis sur le territoire, dans des conditions souvent terribles, « même si le régime fait de son mieux, cela reste un grave problème humain ». « Cela fragilise le pays et son économie », reconnaît Adnan Nasrawin. « La Jordanie veut s’inscrire comme un pays de paix », explique-t-il, « le Roi Abdallah II a d’ailleurs bien compris que les Jordaniens souhaitaient promouvoir la démocratie. La liberté d’expression est admise, la liberté religieuse est totale et sacrée, il y a des bonnes relations entre le Roi et le pape François. C’est d’ailleurs le seul chef d’Etat que le Saint-Père a rencontré à deux reprises depuis le début de son pontificat ». Pour Adnan Nasrawin, l’un des enjeux de la visite du Pape François est de « renforcer et de donner un signe de solidarité avec la communauté chrétienne jordanienne ». Mais ce n’est pas le seul. « Le Saint-Père qui vient en pèlerinage sur le lieu de baptême du Christ, c’est aussi une invitation à la communauté internationale à faire de même ». Une invitation à soutenir les chrétiens d’Orient.

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 chrétiens de Gaza

Un signe de réconciliation

Autres regards sur cette visite du pontife, ceux de Mgr Shomali, évêque auxiliaire, vicaire du patriarche latin de Jérusalem, et de Nicolas Kazarian, chargé de cours en histoire de l’Eglise en Occident à l’Institut Saint Serge et enseignant à l’ICP. « Nous sommes dans l’attente », affirme Mgr Shomali. « Il y a beaucoup d’enthousiasme, chaque jour je reçois des demandes pour assister à la rencontre entre le pape François et le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, mais le Saint-Sépulcre ne peut recevoir que 500 places assises ». A trois jours de l’arrivée du Saint-Père, la police israélienne est également sur les dents. « La question de la sécurité est cruciale », souligne le vicaire du patriarche latin de Jérusalem. Pour les chrétiens palestiniens et israéliens, le voyage du pape en Terre Sainte a plusieurs significations. « Il y a d’abord un côté pastoral, le pape en rencontrant ses fidèles, leur apporte force et courage », explique Mgr Shomali, « 500 chrétiens de Gaza ont d’ores et déjà reçu un permis pour venir à Bethléem« . Tout comme en Jordanie, les attentes sont nombreuses concernant le dialogue interreligieux. « Il y a également une attente politique« , souligne Mgr Shomali, « après l’échec total de l’action de l’américain John Kerry, le pape est là pour parler de paix, de réconciliation, car continuer à se battre est une absurdité ». Pour le vicaire du patriarche latin de Jérusalem, « le Saint-Père étant aujourd’hui l’homme le plus écouté dans le monde, incarne une autorité morale… Il saura communiquer une message très fort ».

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Réalisée par un artiste palestinien, la toile qui sera posée derrière l’autel pour la messe papale à Bethléem

« Que tous soit Un »

Rappelons que le cœur de cette visite est la commémoration de la rencontre entre Paul VI et le patriarche orthodoxe Athénagoras de Constantinople. Là aussi, l’attente est immense. « Il s’agit d’ouvrir une fenêtre sur l’avenir de la relation entre catholiques et orthodoxes », affirme Mgr Shomali. Et Nicolas Kazarian de revenir sur cet événement historique. « 1964 fut le début officiel du dialogue entre catholiques et orthodoxes », explique-t-il, « dialogue compliqué et conflictuel depuis 1054, date de l’échec d’une tentative de réunion entre Rome et Constantinople ». Pour Nicolas Kazarian, le pape François et le patriarche Bartholomée Ier vont aller plus loin qu’en 1964 : « Cette fois, ils vont prier ensemble au Saint-Sépulcre, lieu où le Mystère de l’Incarnation divine et du Salut de l’humanité s’est développé ». Pour l’historien des religions, il s’agit donc bien là de « signifier l’unité tout en glorifiant Dieu » : « Le pluralisme à l’intérieur du christianisme ne doit pas pervertir le message du Christ et de l’Évangile qui est que tous soient Un » (devise de ce voyage). Nicolas Kazarian appelle de ses voeux « un dialogue entre catholiques et orthodoxes fait de vérité mais plus encore de charité ».

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