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Portrait du Pape Jean-Paul Ier, élu il y a 35 ans

Son pontificat dura un mois et on le surnommait « le Pape au sourire » : voilà ce que l’on sait le plus souvent d’Albino Luciani, élu pape le 26 août 1978. Il a pourtant marqué l’histoire de l’Église, et partage de nombreux points communs avec le pape François.

J’aurais voulu être jésuite, je suis devenu pape

La maison natale d’Albino Luciani à Forno di Canale

Né le 17 octobre 1912 dans une famille paysanne de la région du Veneto (Italie du Nord), Albino Luciani est ordonné prêtre en 1935, après avoir obtenu un doctorat de théologie à l’Université pontificale grégorienne de Rome. Mais il semble que l’ordre des Jésuites (auquel appartient le Pape François) ait eu sur lui une certaine influence, comme en témoigne sa sœur Antonia Luciani dans un article écrit pour la revue italienne « 30 Giorni » il y a quelques années : « Mon frère, d’une certaine manière, a ressenti le désir de devenir jésuite. […] Peu de temps avant d’être ordonné prêtre.[…] Il m’a dit: « Tu sais que Giuseppe Strim et Roberto Busa [2 amis séminaristes] sont devenus jésuites ? Moi aussi j’aimerais tellement… » « Et si tu veux », lui dis-je, « fais comme ça toi aussi ». « Je ne peux pas », répondit-il. « Demande la permission à l’évêque ». Et lui de me dire : « Je la lui ai demandée, mais il a répondu non. » « 

Cet apparent regret n’empêche pas la progression rapide du père Luciani dans la hiérarchie de l’Église catholique : consacré évêque de Vittorio Veneto en décembre 1958, nommé patriarche de Venise en 1969, créé cardinal par Paul VI en 1973.

Enfin, le 26 août 1978, dès le premier jour du conclave, le cardinal Luciani est élu pape. « Tempestas magna est super me » (« une grande tempête est sur moi ») aurait-il dit en devenant, vingt jours après le décès de Paul VI, le 262e successeur de Pierre.

A voir dans une vidéo commentée (archives INA) : l’annonce de l’élection de Jean-Paul 1er, suivie de sa 1ère bénédiction urbi et orbi

Un pontificat sous le signe de l’ « Humilitas »

Lorsqu’il était Patriarche de Venise, Mgr Luciani avait déjà manifesté son rejet des faveurs que procure une charge : refusant d’utiliser son bateau aux armes épiscopales, il se déplaçait en vaporetto (bateau-bus) et en bicyclette, souvent chaussé de souliers de montagne. Une simplicité à laquelle il reste attaché lors de son pontificat. Sa devise papale ? Humilitas. Un mot qui décrit parfaitement le « style » Luciani : le Saint-Père s’exprime à la première personne, évoque souvent et avec un profond respect les paroles de son prédécesseur, le « grand pape Paul VI », refuse de paraître au milieu de la foule sur la Sedia gestatoria (il y sera finalement contraint). Le jour de son couronnement, il ne coiffe pas la tiare traditionnelle, mais préfère porter le pallium et une simple mitre d’évêque. Comme le pape François, il veut humaniser, adoucir et simplifier la charge pontificale : « je vous dis en toute honnêteté », déclara Jean-Paul 1er à Jean-Marie Villot, le cardinal Secrétaire d’État, « que je suis avant tout un prêtre, ensuite je suis aussi Pape, mais je veux être un pasteur, pas un fonctionnaire de bureau… Je suis d’abord évêque de Rome et ensuite le Pape. Je suis deux choses en une, mais je ne veux pas faire le rôle du figurant devant mes paroissiens et mon peuple ».

Un Pape proche des gens

« Le Pape au sourire », « le Pape catéchiste », « le curé du monde » : autant de surnoms affectueux qui rappellent la douceur et la proximité de Jean Paul 1er avec la foule. Les quatre Audiences générales du mercredi qu’il a données en sont une démonstration concrète. Lors de ces moments dont il voulait faire « une véritable catéchèse adaptée au monde moderne », Jean-Paul 1er reprenait les thèmes évoqués dans ses Miettes de Catéchèse (ouvrage publié en 1949)… des thèmes également récurrents dans les discours du Pape François :

  • l’importance du dialogue : « le catéchiste se soucie non seulement d’agir et de parler, mais surtout de faire agir les autres et de les faire parler »
  • l’engagement et la confiance en un Dieu-Père : « se rendre à Dieu, mais en transformant sa propre vie », Dieu qui a « encore plus de tendresse que celle d’une mère pour ses enfants »
  • l’espérance
  • la charité envers les pauvres, surtout ceux qui ont faim, car la propriété privée « ne constitue pour personne un droit inconditionnel et absolu ».
  • l’amour comme une « course du cœur vers l’objet bien-aimé »
  • … le tout ponctué de références à des théologiens, penseurs et écrivains divers tels que saint Thomas d’Aquin et saint Augustin, Ozanam… ou Jules Verne.

Les textes de ses audiences (même si Jean-Paul 1er ne s’aidait pas de texte écrit), rendus vivants et accessibles par la simplicité des mots et la fraîcheur du style, suscitaient l’enthousiasme du public et favorisaient l’échange : des jeunes étaient appelés par le Pape pour venir répondre à ses questions au cours des Audiences.

Miséricorde et attention aux autres

Telles sont les deux recommandations qui reviennent fréquemment dans les discours de Jean-Paul 1er, comme dans ceux du pape François aujourd’hui.

Aux représentants de la presse internationale, le pape demande d’être attentifs à la justice, à la paix, et la fraternité entre les peuples. Des valeurs citées aussi dans son premier et unique discours urbi et orbi, qui met par ailleurs l’accent sur l’œcuménisme et la charité entre les hommes.

« Aucun péché n’est trop grand », affirmait Jean-Paul 1er, « une misère finie, quand bien même elle serait énorme, pourra toujours être couverte d’une miséricorde infinie ». Il disait encore « le Seigneur aime tant l’humilité que, quelques fois, il permet des péchés graves. Pourquoi ? Parce que ceux qui les ont commis, ces pêchés, se repentent ensuite, ils restent humbles ».

Sur le plan doctrinal, Jean-Paul 1er se montre plutôt conservateur, défendant l’Encyclique de Paul VI Humanae Vitae abordant les questions relatives à la vie humaine.

Ses projets, que sa mort soudaine l’empêcha de mener à bien, rappellent eux aussi le Pape François : écrire une encyclique intitulée « Les pauvres et la pauvreté dans le Monde »… ou enquêter sur des actes supposés répréhensibles à la Banque du Vatican.

33 jours d’un pontificat « lumineux »

Avec le cardinal Wojtyla, futur Jean-Paul II

Au matin du 28 septembre 1978, Jean-Paul 1er est retrouvé inanimé dans son lit. Les rumeurs les plus folles sur les raisons de la mort du pape continuent de circuler… heureusement balayées par de nombreux témoignages d’estime et d’attachement à celui dont le procès en béatification est ouvert depuis novembre 2003.

  • L’importance du pontificat de Jean-Paul 1er fut « inversement proportionnelle à sa durée » d’après son successeur, le bienheureux Jean-Paul II.
  • « Les gens simples savent reconnaître et oublient difficilement ceux qui se tournent vers eux avec l’amour, avec l’affection d’un bon père. Je crois que son pontificat a été comme une bouffée d’oxygène pour la vie de l’Église. Comme l’aube d’une journée lumineuse » (cardinal Aloiso Lorscheider)
  • « Le sourire de Jean-Paul Ier, sa sérénité continuelle n’étaient pas un don naturel : ils étaient le fruit de sa patience, de sa prière et de son intimité avec Dieu. » (don Andrich, curé de Canale d’Agordo)
  • Jean-Paul 1er a su « avant tout transmettre avec des accents de rare efficacité et d’humanité authentique l’amour de Dieu. Il a rendu visible, par ses paroles et par sa vie, la tendresse et la miséricorde dans sa proximité avec tout le monde. […] Je crois que François complète, ou poursuit ce que Luciani avait commencé » relève la journaliste italienne Stefania Falasca, qui soutient la Cause de Béatification et de Canonisation du Pape Jean-Paul 1er.

A regarder : Un documentaire sur les derniers jours du Pape Jean-Paul 1er (en italien, sous-titré anglais)

Sources : Vatican Insider, Radio Vaticana, Wikipédia