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"Une Révolution des Roseaux"

Au lendemain du vote de la loi Taubira à l’Assemblée nationale, dans le Blog-Notes, Sylvie Carnoy (lespiritueldabord.com) évoque une « Révolution des Roseaux » contre le « chêne » gouvernemental.

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Le Billet de Sylvie Carnoy:

Quelques jours après la Manif pour tous du 24 mars, je suis tombée par hasard en sortant du studio de Radio Notre-Dame sur la Ministre Michèle Delaunay (vous savez, la plus riche du gouvernement). J’en ai profité pour lui glisser qu’à force de ne pas être entendus, les Français allaient de plus en plus se crisper et de nouveau manifester, dix fois s’il le fallait (ce qui d’ailleurs n’a pas loupé). J’ai terminé par la phrase de Kennedy :  » A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes ». Ce à quoi elle a rétorqué « on n’étouffe pas ! »
J’ai été étonnée qu’elle réagisse sur la première partie de la phrase et non pas sur « révolution pacifique », sous-entendu qu’elle ne contestait pas le terme « révolution ». Se trouve-t-on réellement face à une révolution ? On commence largement à le dire. Pour moi, il est clair que oui, mais une révolution en douceur, une révolution latente, une révolution pacifique presque invisible. Prenant les devants, je me suis dit qu’il fallait lui trouver un nom : à la fois une métaphore pour caractériser la France et un symbole de fragilité qui surprend par sa durée et son obstination. J’ai donc pensé à la Révolution des roseaux, en référence à La Fontaine et à Pascal*. Oui mais encore ?
Le roseau est discret : un roseau seul, le passant ne le voit pas. Mais un roseau n’est jamais seul, les roseaux poussent par centaines.
Le roseau est une plante vivace . Il  » se multiplie par rejets issus de tiges souterraines rampantes « . Pour faire bref, l’éradiquer est une mission quasi impossible. En refusant la pétition du CESE, en interdisant les Champs Elysées, en accélérant le processus, en se disant qu’une fois la loi votée, ça allait se calmer, je pense que le gouvernement n’a fait que renforcer le mouvement en lui donnant plus d’ampleur (Cf. Ce mariage forcé nous renforce). 
Le roseau est fragile . Dans l’ordre naturel, il n’est pas grand chose. Ceux qui sont dans la rue sont de simples citoyens, qui pour la plupart n’avaient jamais manifesté. Ah oui, ils ne sont pas sur Twitter, mais ils ont conscience qu’en ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, la suite logique sera la PMA et la GPA. Même si le gouvernement promet le contraire, c’est inéluctable en raison de la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui ne pourra permettre une discrimination entre les couples mariés. 
Le roseau plie, mais ne rompt pas. Il résiste aux vents contraires, à la tempête, aux éléments qui se déchaînent. Les opposants au mariage pour tous ont une conviction : ce projet de loi va créer une profonde inégalité entre les enfants, qui pour certains n’auront pas de père ou pas de mère. Et ça, quoi qu’il arrive, les manifestants continueront à le crier. 
Il est vrai qu’au milieu d’une mer de roseaux, il peut y avoir des mauvaises herbes. Et bizarrement, ce sont elles qui attirent le feu des projecteurs, comme si le mouvement se réduisait à une minorité d’extrémistes, qui en effet, n’ont rien à faire là.
Je crois profondément à la non-violence de la Révolution des roseaux, et les veilleurs ont sont le meilleur exemple. La voie de la paix, même si elle n’est pas évidente à suivre, surtout si on ne l’entend pas, est à mon avis la seule qui vaille. Alors peut-être que lors de la prochaine manifestation, un geste symbolique de paix pourrait être posé : pourquoi pas tous un roseau à la main ? Bon c’est moche et pas écolo. Mais le roseau n’est-il pas le sceptre du Pauvre ? Entre nous, cela pourrait servir de message subliminal pour rappeler pacifiquement que le peuple est souverain. J’imaginerais bien également un parterre de fleurs sur le Champ de Mars le 26 mai, en signe de non-violence et de profonde volonté d’apaisement.
Le gouvernement se prend sans doute pour le chêne de la fable de la Fontaine, hautain et méprisant. Indirectement, c’est lui qui a rendu ce mouvement aussi déterminé, inaltérable et inarrêtable. Droit dans ses bottes, il ignore les roseaux autour de lui. Sauf que face à la tempête, c’est lui qui se retrouvera probablement déraciné, alors que les roseaux, eux, garderont les pieds sur terre.
Mais comme dirait Jean  » attendons la fin . »
Sylvie Carnoy, LSD ( Le Spirituel D’abord)

* »L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien » Pascal

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