Avé à vous, amis d’esprit épris d’avis hardis émis avec envie.
Dans la maison rapprochait intrusion, intuition et instruction alors qu’incursion, insoumission et destructions escortent Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté.
Dépêchés par l’impavide Jolitorax auprès de la Reine des Bretons afin d’aider son peuple à lutter contre César et ses légions, Astérix et Obélix, auxquels Goudurix, le volatile neveu d’Abraracourcix, a emboîté le pas, vont devoir de braies ou de force se familiariser avec cette île singulière aux grotesques bruines.
Le quatrième épisode cinématographique du célèbre tandem gaulois a de la ferveur et de la fraîcheur. Force est de constater également que la greffe entre les deux albums « Astérix chez les Bretons » et « Astérix et les Normands » prend, comme l’attestent l’unité de ton, la fluidité narrative et la cohérence scénaristique, une trame authentique remplaçant cette fois la juxtaposition de tribulations propre aux segments précédents. Le tandem principal satisfait enfin les attentes, quant à lui, en raison d’une complémentarité accentuée et d’une psyché affinée. Edouard Baer, d’une nonchalance émérite, et Gérard Depardieu, à l’innocence explicite, parviennent donc ici à substituer des personnages à des archétypes.
L’interprétation s’impose du reste comme la carte maîtresse de ce périple sur l’Albion traîtresse, car elle lui octroie panache, pittoresque et hardiesse. A cet égard, Valérie Lemercier, tout en dignité courroucée et en dextérité corsetée, ainsi que Guillaume Gallienne, entre flegme éclairé et verve éthérée, forcent la sympathie. La mise en scène coiffée par Laurent Tirard, qui avait déjà oeuvré sur la transposition à l’écran du « Petit Nicolas », possède en outre autant d’aplomb que d’entrain, nonobstant quelques ralentis nigauds et vains. Ajoutons que la musique laissée aux bons soins de Klaus Badelt apparie avec aisance l’éloquence à l’effervescence.
De surcroît, les décors charment l’oeil, grâce à une aménité bigarrée et une altérité distinguée, appelées à culminer dans le salon aux bibelots de Madame Macintosh ou le village anglais, jovial mais coquet. Le prologue en Grande-Bretagne constitue à ce sujet une encourageante entrée en matière, car elle scelle avec doigté l’union entre extravagance châtiée et contenance crépusculaire. Dans le même ordre d’idées, la séquence du cours de maintien, agrémentée d’un clin d’oeil poivré à Orange mécanique, déploie une avantageuse cocasserie, soucieuse d’accommoder une imperturbable loufoquerie à un non-sens épanoui.
Par ailleurs, Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté oppose avec adresse les figures du pouvoir. Debout et agitées, tels Jules César et Grossebaf, elles se trouvent vouées à l’échec, mais assises et sereines, à l’instar d’Abraracourcix ou dela Reine Cordelia, elles finissent par triompher. Et d’accorder ainsi la primauté à la raison contre la passion. Notons également que la confrontation des Bretons avec leurs visiteurs successifs illustre l’ancestral duel entre tradition et intrusion, comme l’indiquent le sort réservé aux canidés royaux, la tapisserie familiale anéantie par inadvertance ou la chute d’un menhir fatale à des brimborions immémoriaux.
De plus, le langage revêt un statut particulier : la parole profuse débouche sur la solitude, ainsi qu’en témoignent Astérix et Goudurix, alors qu’un logos rare mais sûr et juste, ou pur et fruste profitent à Jolitorax et Obélix. Le coeur a ses opacités que la loquacité n’entend guère. Pondération, perpétuation et précision évoquent au demeurant l’idéal stoïcien, comme si Toutatis et ses fruits de la potion avaient une parenté avec Zénon de Cition.
Pour autant, les rires se font rares, faute d’esprit, de fantaisie et d’énergie. A cet égard, le rythme pèche par irrégularité, comme le prouvent ses valses-hésitations entre embellies et paralysies, déploiements et ronronnements, ardeurs et torpeurs. La réalisation en trois dimensions se limite pour sa part à une parure visuelle aussi dispendieuse qu’inutile, d’autant que le récit avait tout le relief requis pour en faire l’économie. Déplorons aussi que l’adaptation souffre de dialogues maussades comme une fin de semaine londonienne.
La dernière partie, alimentée notamment par le combat homérique entre les Romains et leurs adversaires britanniques ou gaulois, tombe elle aussi à plat, desservie par une vitalité sans éclat et une vis comica dans l’embarras. Dans un autre registre, les mercenaires pâtissent d’une description cavalière et sommaire, Tête de Piaf excepté, au risque d’apparaître comme des figures de complément, des rôles hâtifs et décoratifs, des reîtres auxiliaires, voire des Normands d’ornement. Enfin, l’allusion à La guerre des étoiles, référence ô combien galvaudée déjà exploitée par le futile Mission Cléopâtre, cumule lourdeur et conformisme.
A présent, comme le sujet nous y invite, rejoignons Jane Austen : « (voix stridente mais châtiée marquée par un accent britannique appuyé) En lâchant la proie pour Londres, nos Gaulois ont réussi à associer Astérix et périls. Ces sympathiques étrangers exportent en vérité la malice au pays des verveines. A leur manière, ils vont dévoiler les candeurs et mystères des fous de tisanes. »
Elancé, éduqué mais émacié, Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté récolte un neuf et demi. Certes, la présente adaptation ne brille ni par sa drôlerie, ni par sa densité. Déconvenue supplémentaire, elle n’apporte rien à la bande dessinée de Goscinny et d’Uderzo. Le final cède en outre à la mode actuelle et inflige au spectateur un numéro musical aussi poussif que pataud, rythmé par une liesse fastidieuse aux ficelles fragiles et factices. Un tel film s’impose néanmoins comme l’épisode cinématographique le plus convaincant du célèbre tandem gaulois, en raison d’un scénario probant, d’un ton avenant et d’interprètes pétillants. La satire de la société anglaise, chère à l’album d’origine, bénéficie pour sa part d’une heureuse représentation et conserve dès lors son alacrité colorée. Pareille comédie a par ailleurs le mérite d’associer le tact, le non-sens et le raffinement. Et d’accommoder avec acuité l’Albion, l’absurde et le ruban.
A la semaine prochaine ; je vous embrasse.
Article rédigé par Bernard Medioni
De formation littéraire, dont deux années universitaires consacrées aux passions et au mystère chez Alexandre Dumas Père. Bernard Médioni a collaboré à plusieures parutions, parmi lesquelles figurent "L'étudiant"

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