Avé à vous, auditeurs éprouvés des heures époussetées. Le voisin vorace de Fright night traversait les décennies avec hardiesse alors qu’une jeune malade compte ses jours de survie dans Restless.
Alors qu’elle se sait condamnée par un cancer, Annabel, une post-adolescente rêveuse et allègre, fait la connaissance d’Enoch, un orphelin solitaire et singulier. Des liens privilégiés ne tardent pas à se nouer entre eux, mais leurs coeurs épris se savent en sursis, car nul n’octroiera à leur amour des tissus de secours.
Le quatorzième long métrage de Gus van Sant évolue entre nature et hôpital, comme s’il entendait réconcilier l’analyse et le cerfeuil. Il s’appuie sur une mise en scène pudique mais plastique, friande de vagabondages évanescents et d’éclairages frémissants. Ceux-ci transfigurent des extérieurs apaisants quoique épurés, que traverse un duo d’interprètes funambulesques, à la fois sémillants, séraphiques et sophistiqués. Mia Wasikowska distille ainsi une délicatesse anisée et une excentricité irisée, tandis que Henry Hopper apparie avec fraîcheur une distinction lunaire à une prestance primesautière. La figure du spectre nippon, incarnée de manière élégante et piquante par Ryo Kase, force pour sa part la sympathie, grâce à son ardente incongruité nimbée d’une attachante humanité.
Restless compose par ailleurs une ode dépouillée à la contemplation, en parfaite inadéquation avec l’esthétique et la dynamique des temps présents, épris de surcharge et de frénésie. Et de faire opportunément l’apologie d’une oisiveté imaginative et avenante, à contre-courant de notre époque suractive et aliénante. Ajoutons que la séquence du faux trépas déjoue toutes les attentes, en raison de sa malice et de son aplomb. A ce propos, l’une des thématiques fétiches du réalisateur resurgit ici : le tandem en déséquilibre – avec un être solidaire, tantôt sédentaire, tantôt sursitaire, et un autre, solaire mais solitaire – déjà formé par Harvey Milk, Will Huntig, Drugstore cow-boy, voire My own private Idaho. Derrière une vision sereine et adulte du néant, assimilé à une interruption sans rémission, palpite dès lors un discours en faveur d’une tendresse azurée, atypique et absolue.
Pour autant, l’irréprochable actrice principale pétille de santé, au risque d’offenser toute vraisemblance. Les échanges entre Annabel et Enoch offrent quant à eux une allure attractive mais répétitive, car ils se limitent généralement à des conversations de grands enfants ingénus et fantasques. Dans le même ordre d’idées, l’ubiquité de la musique lasse l’écoute, malgré sa douceur et sa diversité. Signalons de surcroît que le récit semble parfois tourner en rond, surtout dans la dernière partie. A ce sujet, l’épilogue déçoit les attentes, en raison de ses ellipses cavalières et d’une tonalité hésitante, à tâtons entre élégie et légèreté. Enfin, l’empreint à Harold et Maude frise l’appropriation abusive, car l’hommage ressemble ici davantage à un recyclage.
A présent, nous avons rendez-vous avec l’horoscope de Valentine Podzu :
« (timbre aigu et alerte) Béliers : attention, vous verrez toutes les portes se fermer devant vous. Balances : qu’attendez-vous pour faire une réponse directe aux verseaux ? Cancers… »
- (ton réprobateur) Valentine !
- Ah oui, pardon. (Reprend énergiquement) Avec cette fin de semaine chaotique, les gémeaux sont fatigués et les vierges s’en trouvent fort marries.
Vaporeux, valeureux, mais vétilleux, Restless recueille un quatorze. Certes, la fiction parvient à éviter les facilités lacrymales, en dépit de la gravité de son propos, mais à force de tenir le mélodrame à distance, celle-ci en oublie d’émouvoir. Aussi, un tel spectacle attendrit mais jamais ne touche. Notons également qu’il a parfois tendance à s’éparpiller. De plus, le cliché du médecin amateur de golf réapparaît ici sans le moindre complexe. Néanmoins, pareille oeuvre traite – si l’on ose dire – un sujet ardu avec tact et joliesse. Elle produit en outre une noble illustration du rousseauisme du réalisateur, fidèle au triptyque déambulations, contemplation, réflexion. Et de célébrer une curiosité crépusculaire, dont les assauts chérissent nature, espèces ou évolution et dont les salves adorent Darwin.
A la semaine prochaine ; je vous embrasse.
Article rédigé par Bernard Medioni
De formation littéraire, dont deux années universitaires consacrées aux passions et au mystère chez Alexandre Dumas Père. Bernard Médioni a collaboré à plusieures parutions, parmi lesquelles figurent "L'étudiant"

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