Avé à vous, auditoire solaire des horaires prémonitoires.

A la brigade de Polisse succèdent Hergé et ses deux enquêteurs, mis à l’honneur par Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne.

 

L’acquisition d’une maquette de bateau marque le début d’une folle équipée hérissée de péripéties et de dangers pour le journaliste Tintin et son comparse canin, le sympathique Milou. Pourtant, l’intrépide tandem ne regrettera jamais de n’avoir pas laissé le navire aux armateurs.

 

Transposer à l’écran et en trois dimensions l’univers en houppe réglée du dessinateur belge Georges Rémi constituait une lourde gageure, d’autant qu’elle supposait mille millions de mille raccords. Steven Spielberg a néanmoins relevé le défi. Sa réalisation combine comme à l’accoutumée une saillante vitalité à une savante virtuosité, habile à concilier une fertile adresse et une festive hardiesse. Plusieurs séquences brillent ainsi de mille feux, tels la poursuite à motocyclette, la traversée du mur de nuages et le duel à bord d’un vaisseau en péril.

 

Ajoutons que l’adaptation convainc, en raison de raccourcis féconds et d’un compromis de fond entre inventions, transpositions et incrustations. Malgré certaines infidélités au récit original, liées entre autres au télescopage de trois albums et à la disparition de certains personnages, car les frères Loiseau se sont envolés, l’ensemble parvient en outre à conserver l’esprit de la bande dessinée, empreinte de fantaisie et de jovialité.

 

 

A ce propos, les illustres figures de ces aventures sur fond de flibuste conservent ici leur pittoresque comme leur ossature – même si Milou s’appelle désormais Snowie et que Dupond et Dupont ont dorénavant pour nom Thompson et Thomson – grâce au mimétisme consciencieux des graphismes et à la révérencieuse minutie des dialogues. Pareille transposition accommode de surcroît avec un doigté éprouvé et une acuité assurée la fougue du roman-feuilleton aux prodiges du film d’animation. Celle-ci distille du reste un charme coquet et désuet, alimenté par une intelligente ingénuité et une élégante impétuosité.

 

Dans un autre ordre d’idées, Les aventures de Tintin : le secret de la licorne donne à son metteur en scène le loisir d’assouvir simultanément son penchant pour les océans, que reflètent Hook, Amistad ou Les dents de la mer, et ses tendresses aviatrices, incarnées par 1941, Always et Empire du soleil. Sa dernière création s’apparente donc à une tonitruante invitation au voyage. De plus, elle rend l’initiative à la juvénilité, par l’entremise de Tintin, alors que les enfants ou les adolescents ont tendance à subir  l’univers spielbergien, même s’ils triomphent in fine, comme le prouvent E.T., Empire du soleil ou A. I. : intelligence artificielle. Signalons encore que les épreuves endurées s’achèvent par un resserrement du tissu familial, à l’instar d’E.T., de La guerre des mondes et d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, le parcours initiatique promettant un aboutissement généalogique.

 

Pour autant, la technique de la « performance capture », qui octroie à un clone numérique la gestuelle d’un comédien saisie par ordinateur, bride dans un premier temps la narration et accuse un manque cruel de naturel. L’épisode du vol du portefeuille pâtit à cet égard d’un traitement fastidieux : non content de chausser des semelles de plomb, il confond en effet illustration et démonstration. De même, le relief se limite une fois encore à une ornementation stérile, d’autant plus vaine qu’elle s’avère souvent imperceptible. Au rythme claudiquant de la première partie succède par ailleurs une agitation chronique, qui frôle la frénésie et fleure dès lors l’artifice. Aussi, la succession de morceaux de bravoure ménagés à l’approche du dénouement laisse le spectateur au bord de l’épuisement. La musique sature quant à elle l’écoute en raison de sa vorace omniprésence. Enfin, l’humour se fait désirer, comme s’il peinait à émerger de ces tribulations échevelées.

 

A présent, comme le sujet nous y invite, rejoignons la célèbre Castafiore :

« (timbre aigu et lyrique) Ecoutez, je dois faire vite, car je prépare mon rôle du Cardinal de Richelieu, dans une robe conçue pour moi par Paco Rakham. J’espère simplement que mes amis Tintin et le capitaine Chaddock auront la même longévité que Titi et Grosminet ou Tom et Jerry. Jerry, Jerry, (chante) ah, je ris, de me voir si svelte en ce ciboire ».

 

Imposant, intelligent mais inconstant, Les aventures de Tintin : le secret de la licorne draine un treize trois quarts. Certes, une telle transposition n’apporte qu’un tribut modeste à son modèle. Regrettons aussi que l’homogénéité ait raté l’embarquement, tout comme la cocasserie. D’autre part, le long métrage n’échappe pas à une certaine surenchère, flagrante dans la dernière demi-heure. Déplorons également que les Dupondt se réduisent à leur plus simple expression. Du reste, la présente production éclipse les luxueux divertissements du moment, car elle possède autant de classe que de gentillesse. Prestance et allégresse n’excluent pas en la circonstance toute finesse. Par conséquent, l’album à hauteur d’homme du sire Spielberg réussira sans doute à marquer les mémoires, après que ses courageux devanciers des années 60, Tintin et la toison d’or ou Tintin et les oranges bleues, eurent guidé les bulles vers les salles obscures. Chromos d’hier palpitent mais dessins madrés luisent.

 

A la semaine prochaine ; je vous embrasse.

 

 

Article rédigé par

Bernard Medioni

De formation littéraire, dont deux années universitaires consacrées aux passions et au mystère chez Alexandre Dumas Père. Bernard Médioni a collaboré à plusieures parutions, parmi lesquelles figurent "L'étudiant"

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