Avé à vous, auditeurs frondeurs des heures tout en rondeur.

Autour de l’erreur judiciaire relatée dans Présumé coupable, l’opinion avait fait des gorges chaudes,  essentielles pour le noctambule aux canines atrophiées de Fright night.

 

Après la disparition subite de l’un de ses amis, un adolescent opiniâtre découvre que le nouveau voisin de sa mère cache en réalité un vampire meurtrier et insatiable. Une telle vicissitude voue dès lors le jeune garçon à affronter sans tarder ce visiteur d’une soif que les proies désaltèrent.

 

Sorti en 1985, le sympathique Vampire vous avez dit vampire connaît à son tour une cure de jouvence, grâce au réalisateur Craig Gillespie et à la scénariste Marti Noxon. Leur fiction éclot sur une introduction aussi fiévreuse que flatteuse, apte à concilier soudaineté et âpreté. De plus, l’interprétation retient l’attention, grâce à Imogen Poots, pimpante et probante, Toni Colette, Anton Yolchin et à Colin Farrel, d’une vilenie auguste mais corsée, en moteur à prédations. L’ensemble déploie en outre des effets spéciaux fringants, conçus avec un doigté engageant et un dynamisme ardent.

 

D’autre part, la scène de la fuite en compagnie d’une malheureuse effeuilleuse séduit, en raison d’une saillante surprise ménagée avec une cruelle ironie. Ajoutons qu’une poursuite sur une route enténébrée ravive l’intérêt, grâce à son âpreté affûtée et sa radicalité affirmée. Les rapports tissés entre les protagonistes adolescents se caractérisent quant à eux par leur vraisemblance, car ils mettent l’accent sur l’insouciance, le jeu des apparences et l’intolérance.

 

Au demeurant, le rythme languit, sans doute desservi par l’anémie d’un récit à l’énergie capricieuse et à la refonte fastidieuse. Par ailleurs, la nouvelle version de Fright night a perdu en humour ce qu’elle a gagné en violence et en trivialité. A cet égard, le voisin donjuanesque aux regards et aux penchants assassins n’a plus aucune classe, une virilité mâtinée de rusticité ayant pris le pas sur l’aisance raffinée d’autrefois, le facétieux mais pugnace Peter Vincent voit lui échapper sa prime cocasserie au profit d’un histrion à l’ego bouffi et le meilleur ami du héros, qui abritait jadis une singularité et une vulnérabilité attachantes, se résume vingt-six ans après à un dilettante diligent et incompris, rivé à son écran et ses rêveries.

 

Ajoutons que les figures de Mark et Ben trahissent une redoutable vacuité, handicapés par une rareté allusive et une description à la faux, aussi hâtive que chétive. Dans le même ordre d’idées, le relief se limite à un luxueux pis-aller, car sa dextérité comme ses paroxysmes ne sauraient occulter les errements du scénario, ni le conformisme d’une mise en scène appliquée mais anonyme. La surenchère finale demeure quant à elle stérile, malgré une idée séduisante, faute d’invention et d’intention. Et l’épilogue de conclure benoitement le propos sur un sourire pataud, sourd à une éventuelle relance ou à un changement de niveau.

 

En définitive, une telle production se heurte à un étrange paradoxe : malgré son répondant financier et sa brutalité aux bords de l’animalité, elle demeure singulièrement aseptisée. Son incapacité à faire naître l’épouvante, nonobstant ses efforts réitérés, son refus de tout intimisme – la présente mouture se clôt en effet sur un moment de tendre complicité, là où débutait son modèle – ainsi que ses décors spacieux et froids, y contribuent largement. Finances et frilosité ont donc vidé de leur sens indépendance et anxiétés.

 

A présent, comme le sujet nous y incite, retrouvons Soizic Brassac, qui oeuvre à la « Banque du sang » :

« (ton flûté et didactique) Ecoutez, nous  proposons un prêtre à deux et demi pour cent, choisi en fonction du taux d’escompte, Dracula. De plus, nous travaillons beaucoup sur les succions/acquisitions. Et si, en cas de pâleur, vous souhaitiez solliciter un raidi, il faut savoir que le remboursement des ingérés… »

- (timbre caverneux) Soizic, vous m’apporterez… (admiratif) Oh, mais vous en avez, un bien joli collier, aujourd’hui.

- Monsieur le Directeur, vous me flattez.

- Puis-le voir d’un petit peu plus près ?

- Bien entendu. (A part) Grand fou… Oh, mais que vous avez un sourire carnassier.

- Je vous ai toujours dit que réussir dans la banque exigeait d’avoir les dents longues (ricanement sépulcral).

 

Rutilant mais ronronnant et redondant, Fright night hérite d’un huit et demi. Ainsi donc, rien ne sert d’avoir triplé le budget du film original pour lui soustraire in fine sa fraîcheur et ses frayeurs. De plus, les explosions ne peuvent se substituer aux émotions. Néanmoins, un tel spectacle possède des dehors avantageux, grâce à une technique méticuleuse et des comédiens sérieux. Il voit en outre des personnages féminins sauver la situation à deux reprises, fait assez rare dans les films d’ail et de décès. Souhaitons cependant que la mode vampirique ne sécrète point des redites inutiles. Alors suffirait-il de crier, crier-er, « Canines », pour qu’elles reviennent.

 

A la semaine prochaine ; je vous embrasse.

 

 

 

 

Article rédigé par

Bernard Medioni

De formation littéraire, dont deux années universitaires consacrées aux passions et au mystère chez Alexandre Dumas Père. Bernard Médioni a collaboré à plusieures parutions, parmi lesquelles figurent "L'étudiant"

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