Chaque mois, Edith Walter partage, avec vous, ses coups de coeur et ses envies musicales
Un récit passionnant: Le philharmonique de Berlin dans la tourmente de l’après guerre
1945. La guerre est finie, mais la vie musicale à Berlin continue, or la plupart des grands noms dignes de diriger l’orchestre le plus célèbre: « le Philarmonique de Berlin » sont compromis ou ont fui… pour le moment, ce poste prestigieux est vacant. Un étudiant roumain: Sergiu Celibidache, âgé de trente trois ans prend la situation en main. Artiste brillant, au tempérament ardent, il s’impose rapidement. Le grand Wilhem Furtwangler retiré en Suisse, salue le jeune talentueux musicien avant de le retrouver dans une situation de concurrence, lorsque dénazifié, il revient à Berlin. Les relations alors se détériorent vite, puis plus tard se profile un autre jeune redoutable : Herbert Karajan. C’est le récit de ces trois géants, dans la tourmente de l’après guerre, que les éditions « Buchet Chastel » nous propose.
« Célibidache et Furtwangler » écrit par Klaus Lang (traduit par Hélène Boisson)
Médée de Luigi Cherubini: Suite et fin du célèbre mythe, aux théâtre des champs Elysées
Cette célèbre production de Médée mise en scène par Krzysztof Warlikowski, dirigée par Christophe Rousset, vient du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Elle arrive précédée d’une réputation de violence, de tension et de cruauté tragique. Fidèle à la tragédie antique d’Euripide, Cherubini écrit en 1797, une oeuvre sauvage et puissante. Elle retrace la vengeance cruelle d’une femme blessée, qui n’hésite pas à sacrifier ses deux enfants dans sa rage d’humiliation amoureuse. Cette musique raffinée et terrifiante a en son temps fait l’admiration de Beethoven, Brahms et Wagner.
L’oeuvre de Cherubini est créé en 1797 ; elle a trois actes. Les dialogues parlés sont ici modernisés par le metteur en scène polonais. Le livret met en scène Médée quand elle apprend que le roi de Corinthe promet à Jason la main de sa fille Glauce. On assiste ainsi au dépit amoureux et à la vengeance de Médée qui offre à la future épouse son cadeau empoisonné, tue ses propres enfants et met le feu au temple de Junon.
Lundi 10, mercredi 12, vendredi 14 décembre 2012 à 19h30 et dimanche 16 décembre, à 17h
Ecouter un extrait de Médée avec Maria Callas
Carmen à la Bastille
L’opéra le plus célébré dans le monde affiché avec une distribution somptueuse.
Carmen de la Bastille au cinéma UGC
On se réjouissait de voir une nouvelle production, très prometteuse sur l’affiche, de cet opéra le plus populaire, le plus jouer dans le monde. Notre déception et notre déconvenue furent d’autant plus grandes. Quelles sont les raisons de ce désappointement ? Essentiellement l’idée ou l’absence d’idées du metteur en scène : Yves Beaunesne. Quand on raconte une histoire il faut que le récit ait une cohérence à tous les niveaux pour que les spectateurs puissent, grâce à leur émotion, participer à l’action, vivre le drame en même temps que les chanteurs. Le soir de la première de Carmen, à l’opéra bastille, nous nous demandions, au lever du rideau, pourquoi nous étions face à un hangar délabré, gris, vilain, qui pouvait être un marché alimentaire, ou je ne sais quoi, mais pas une caserne, et encore moins une montagne…..pourquoi Carmen apparaissait avec une perruque blonde platine, frisée comme une poupée Barbie, pourquoi les enfants se livraient à une séance de gymnastique….. ? Bref dès les premières scènes nous restions assis dans notre fauteuil, constatant que l’envoûtement souhaité n’opérait pas. Pourtant cette mise en scène hybride n’est pas sans prétention. Elle tente de compenser l’absence de conception originale et personnelle par un plagiat des atmosphères d’Almadovar, à grand renfort de transsexuels entourés d’éléments hétéroclites, graveleux, d’un mauvais goût certain. Sortis de leur contexte, injectés dans une histoire toute différente, ces éléments inspirés les films d’Almadovar errent comme un radeau fantôme sur une mer de confusion… Et on se demande bien ce que Carmen vient faire dans cette galère…….Carmen, c’est la délicate, la raffinée Anna Caterina Antonacci, mezzo soprane capable du meilleur dans d’autres mises en scène de la même œuvre. Ici, la voix se perd dans cette immense scène de Bastille sous l’éclat du somptueux orchestre de Bizet. La bohémienne qui doit capter tous les regards, tous les espoirs, est enfouie, noyée, cachée par un nombre considérable de figurants qui semblent égarés….. Elle devient une femme presque banale au milieu de cette foule bigarrée. Son amoureux éperdu, Don José, Nikolai Schukoff, ténor autrichien, pourtant grand habitué du rôle semble gêné lui même par son manque de présence. Souffrant le soir de la première, il peine à finir le quatrième acte. Escamillo – Ludovic Tézier - égal à lui même, avec Morales -Alexandre Duhamel- démontre la bonne santé du chant français !. Mais le seul véritable moment de grand bonheur, vient de Michaëla -Gêna Kûhmeieur- le timbre satiné, la conduite de la phrase musicale, l’aisance vocale, nous transporte dans un autre univers : celui de la beauté pure. S’ajoute à ces moments de grâce la somptueuse musique de l’orchestre placé sous la direction du dorénavant très grand chef : Philippe Jordan.
Carmen, de la Bastille au cinéma
Malgré mes réticences et mes désillusions je souhaitais assister à la diffusion en directe de cette nouvelle production de Carmen au cinéma. J’ai donc fais la queue avec un nombreux public pour entrer dans une salle UGC. Cette expérience vaut la peine d’être vécue, deux jours après la première représentée à l’opéra de Paris j’ai eu l’impression que les gens ne voyaient pas le même spectacle au cinéma. A l’opposé du public de la Bastille manifestant sa désapprobation et sa colère, des familles entières enfants, parents, grands parents, jubilaient ne cachant pas leur plaisir. Certes, l’écran met une distance entre le spectateur et le plateau et le réalisateur de talent peut choisir de mettre en valeur la ravissante Carmen de Catarina Antonacci en la détachant de cette horde insupportable. On découvre alors la beauté féline et sensuelle de cette cantatrice, la grâce d’un corps finement dessiné qui évolue sans l’ombre de vulgarité. Carmen nous est rendue. François Roussillon, le producteur-réalisateur, modèle, redécoupe, améliore le spectacle visuel … on se surprend a partager une émotion musicale inexistante dans le cadre de la grande scène de la Bastille. Des milliers d’hommes, de femmes, de tous âges découvrent l’histoire d’une des plus belles héroïnes du théâtre lyrique pendant près de trois heures, Bizet a bien embelli le cours de leur vie.
Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris
Nikolai Schukoff (Don José), Ludovic Tézier (Escamillo), Anna Caterina Antonacci (du 4 au 16déc) / Karine Deshayes (du 20 au 29 déc : Carmen), Genia Kühmeier (Micaela) / Philippe Jordan, chef et directeur musical de l’orchestre de l’Opéra de Paris
Décembre 2012 : mardi 4, vendredi 7, lundi 10, jeudi 13, jeudi 20, samedi 22, mardi 25, jeudi 27, samedi 29 à 19h30 et dimanche 16, à 14h30
L’événement discographique du mois
Lucia Popp nous enchante dans un coffret de 4 CD, ou on peut, entre autre, admirer l’air « d’Agathe » (du Freischutz), « Dove sono » (des Noces de Figaro), l’air de Rusalka (Dvorak), « la Fiancée vendue » (Smetana)… Le coffret « Lucia Popp, l’inoubliable », Acanta, ne vous coutera pas plus de 20 €.
Article rédigé par Marion Duchêne
Journaliste et reporter radio depuis 11 ans, Marion Duchêne dresse chaque matin le portrait du Grand Témoin. Elle est rédacteur en chef web, responsable du site internet.

0 commentaires